‹ Histoire des croisadesChapitre 20 sur 213 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

« ambition, avait trahi la cause de la chrétienté, et qui paraissait O s’entendre avec les Turcs pour régner avec eux sur l’Orient et sur O l’Occident. »

Hélian, en terminant son discours, invitait les États et les princes à réunir leurs efforts pour exécuter les décrets de la justice divine et consommer la ruine de la république de Venise.

Ce discours, dans lequel on invoquait le nom du christianisme et qui ne respirait que la vengetmee et la haine, fit une vive impression sur l’assemblée. Les passions qui s’allumèrent dans la diète d’Augsbourg et qui ne permettaient point de songer à la guerre contre les Turcs , ne montrent que trop l’état d'agitation et de discorde où se trouvait alors la chrétienté. Nous ne parlerons point de la ligue furmée d’abord contre Venise, de la ligue formée ensuite contre ■ Louis XII, ni des événements qui portèrent le trouble dans l'Ilalie et Jusque dans le sein de l'Église, menacée d’un schisme.

Au concile de Latran, convoqué par le successeur d’Alexandre VI et de Pie III, on déplora les désordres de la chrétienté sans y porter remède'; on revint sur la guerre contre les Turcs, sans s’occuper des moyens de la poursuivre. Le pape Jules II, que Voltaire nous représente comme un mauvais prêtre et comme un grand prince, était entré d’une manière active dans les guerres entre les princes chréti(?iis. Depuis qu’il faisait la guerre en son nom , il ne pouvait remplir le rôle honorable de conciliateur et n’avait plus la considération attachée au titre de père des fidèles. 11 ne put rétablir la paix, qu’il avait lui-méme troublée, et se trouvait dans f impossibilité de diriger une entreprise contre les ennemis de la foi.

Au reste, les prédications de la croisade, si souvent répétées, ne frap[>aient plus les esprits. On avait tant de fois annoncé aux peuples des malheurs qui n’étaient point arrivés, qu’on ne pouvait plus réveiller leurs alarmes. Depuis la mort de Mahomet II , les Turcs semblaient avoir renoncé à conquérir l’Europe. Bajazet avait d’abord attaqué sans succès les mameluks d’Égyqitc ; il s’était endormi ensuite dans la mollesse et dans les plaisirs du sérail, ce qui avait donné aux chrétiens quelques années de repos et de sécurité. Mais,

> Ce fut daus U sixième session du confllc de Lalnn qa*an nommé Simon Dengnios . dont les domaines venaient (Tètrc ravagés par les Turc.s, fit le premier la proposition d’une croisade contre eux. Il 0i le récit de leurs progrès continuels daus nilvrie, cl pria les pères du eoncilc de faire eesser les guerres civiles des chrétiens, afin qu’on pftt délivrer POrienl dn joag des OUuinans (Ray* naldi, ad anu. i3fS. n<>St)

comme un prince indolent et cflféminé ne remplissait point la première condition du despotisme ottoman, qui était la guerre, il irrita rarmée contre lui, et ses goûts pacifiques le firent tomber du tréne. Sélim, qui lui succéda, plus ambitieux et plus cruel que Mahomet, accusé d’avoir empoisonné son père, couvert du sang de sa famille, fut à peine parvenu à l’empire, qu’il promit aux janissaires la conquête du monde, et qu’il menaça toi»t la fois l’Ilalie et l’Allemagne, la Perse et l’iilgypte.

Dans la douzième et dernière session du cinquième concile de Latran , Léon X s’occupa de prêcher une croisade contre le redoutable empereur des Ottomans. Il fit lire devant les pères du concile une lettre de l’empereur Maximilien * , qui témoignait sa douleur de voir la chrétienté toujours en butte aux invasions d’une nation barbare.

Dans le môme temps, l’empereur d’Allemagne, écrivant à son conseiller à la diète de Nuremberg, lui exprimait le désir qu’il avait toujours eu de rétablir l’empire de Constantin et de délivrer la Grèce de la domination des Turcs, a Nous aurions volontiers, disait-il, O employé à celte entreprise notre puissance et môme notre personne, a si les autres chels de la chrétienté nous avaient assisté. » En lisant ces lettres de Maximilien , on pourrait croire que ce prince était plus touché que tous les autres du malheur des Grecs et des. périls de la chrétienté. Mais l’inconstance et la légèreté de son caractère ne lui permirent point de pousser avec ardeur une entreprise à laquelle il paraissait mettre tant d’importance. H passa sa vie à former des projets contre les Turcs , h faire la guerre à des puissances chrétiennes, et dans sa vieillesse il se consola en pensant que la gloire de sauver l’Europe appartiendrait peut-être un jour à un prince de sa famille.

Tandis que les princes chrétiens s’exhortaient ainsi réciproquement à prendre les armes , sans qu’aucun d’eux renonçât aux intérêts de son ambition et donnât l’exemple d’un généreux dévouement, Sélim , après avoir vaincu le roi de Perse, attaquait l’armée des mameluks *, détrônait le sultan du Caire et réunissait à ses vastes États tous les

' Oaire la lettre de Maximilien , on lut dans cette dernière session celles des rois d'Espagne et de France, qni promettaient d’envoyer des secours. Le 46 mars )517, Jour de la clôture du concile, le pape publia un décret qni annonçait solennellement la croisade et les résolutions prises pour l'entreprendre. La levée des décimes pendant trois ans était nu des premiers moyens d'exéention. Le pontife convoqua aussitôt nnc assemblée de personnages iinpuriaiiis pour traiter de tout ce qni concernait la guerre sainte { Raynaldi , ad ann. 4517. n» 40 et seqq.).

* Sur ces conquêtes de Sélim on peut lire Sabellio • «vw/u. Itizaro, llv. X, Surit., in commcil,

ann. 4547; et Bosio, p. s, liv. WHI.

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