‹ Histoire des croisadesChapitre 23 sur 213 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

Ce plan était gigantesque , et jamais l’empire ottoman n'aurait couru de plus grands dangers , si d’aussi vastes desseins avaient pu être mis ii exécution. Mais les monarques chrétiens purent à peine observer pendant quelques mois la trêve proclamée par le pape et qu’ils avaient acceptée : chacun d’eux s’était engagé à fournir pour la croisade des troupes qui leur devenaient chaque jour plus nécessaires dans leurs propres États, qu’ils voulaient agrandir ou défendre. La vieillesse de Maximilien, la vacance prochaine du trône impérial, tenaient alors toutes les ambitions dans l’attente de quelques grands changements; bientôt la rivalité de Charles-Quint et de François I ralluma la guerre en Europe , et la chrétienté , troublée par les querelles des princes , ne songea plus qu’elle pouvait être envahie par les Turcs.

Âu reste, ces dissensions politiques ne furent pas le seul obstacle à l’exécution des projets de Léon X. Une autre difliciilté naissait de la levée des décimes. Partout le clergé paraissait avoir la mémo indifférence que les princes pour des guerres qui le ruinaient. Les peuples craignaient de voir leurs aumônes employées à des entreprises qui n’avaient point pour objet le triomphe de la religion. Le légat du pape en Espagne s’adressa d’abord aux Aragonais, qui répondirent par un refus formel exprimé dans un synode national. Le cardinal Ximenès déclara au nom du roi de Castille que les Espagnols ne croyaient point aux menaces des Turcs, et qu’ils ne donneraient point d’argent avant que le pape eût positivement annoncé l’emploi qu’il en voulait faire. Si les dispositions et les volontés de la cour de Rome trouvèrent moins de résistance et n’occasionncrcnt point de troubles en France et en Angleterre, c’est que le cardinal Wolsey, ministre de Henri VOI , fut associé à la mission du légat apostolique, et que Léon X abandonna à François I la levée des décimes dans son royaume.

Nous avons sous les yeux plusieurs pièces historiques qui n’ont jamais été imprimées et qui nous servent à jeter un grand jour sur les circonstances dont nous parlons. La première est une lettre de François I, datée d’Amboise le 16 décembre 1516, par laquelle maistre Jossc ' de hagarde, docteur en théologie, vicaire general de l'eglise cathédrale de Toulouse, est nommé commissaire, touchant le fai -t

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de la croisadCf dans le diocese. Le roi de France expose dans une autre lettre le but du jubilé qui allait s’ouvrir : c’était pour implorer à faire la guerre aux infideles^et conquérir la terre saincteet V empire de Grece^ détenus et usurpés par lesdicts infidèles, A ces lettres patentes se trouvent jointes des instructions données par le roi de concert avec le légat du pape pour l’exécution de la bulle qui ordonne la prédication de la croisade dans le royaume de France pendant les deux années 1517 et 1518. Ces instructions recommandent d’abord de choisir de bons prédicateurs, chargés de faire de beaux et dévots sermons au peuple^ et d’expliquer les facultés et dispenses qui se trouvent dans la bulhy ainsi que les justes et les sainctes causes et raisons pour lesquelles il est ordonné que pendant deux ans toutes aultres indulgences^ tous aultres pardons generaulx et particuliers^ sont suspendus et revoqites.

Après avoir parlé du choix des prédicateurs et de la manière dont ils doivent prêcher, les lettres patentes du roi donnent quelques instructions sur le choix des confesseurs. Le commissaire général de la croisade pouvait en choisir autant qu’il le jugerait convenable pour chaque église où se trouvaient les troncs et questes du jubilé. Il lui était recommandé d’en nommer six pour la cathédrale du diocèse, gens de bonne conscience^ hors de suspicion. Les ecclésiastiques choisis ainsi par le commissaire avaient la mission de confesser ceux qui voudraient gagner les indulgences; et, pour éviter toute espèce de désordres qui auraient pu naître de l’esprit de rivalité, ils avoientj à V exclusion de tous aultres^ puissance de faire des compositions et restitutions f et bailler V absolution d* icelles j etc.

Enfin, l’ordonnance royale n’oublie rien des circonstances qui accompagnaient la prédication d’une croisade, des formes dans lesquelles on devait procéder à la distribution des indulgences. Elle va jiisqu’à régler la construction des troncs placés dans les églises pour recevoir les offrandes des fidèles, et les cérémonies religieuses qui doivent être observées pendant le jubilé. Entre autres dispositions, celte ordonnance portait qu’il serait fait une grande quantité de confessionnaulx ou billets d’absolution et d’indulgences; que ces billets, signés par un notaire, seraient envoyés au commissaire général, qui les scelleroit du scbl envoyé par le roy^ et qu’on y laisserait une lace en blanc pour écrire le nom de celui ou de celle qui voudrait se procurer. L’instruction royale ajoutait que le commissaire /eroiV

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