‹ Histoire des croisadesChapitre 24 sur 213 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

bien et honnestement accoustrer son tronc j au milieu duquel seroit une belle et grande croix en laquelle on escriroit en grosses et belles lettres^ in hoc signo vinces... Pour que rien ne manquât de ce qui pouvait émouvoir le peuple à devotiouj il était, en outre, ordonné de faire des processions solennelles, et d’y porter une belle bannière où seraient, d’un côté, les portraits du pape et du roi de France, de l’autre, peinctures pleines de Turcs et aultres infidèles.

Une circonstance qui devait animer le zèle des fidèles et que rapportent les lettres missives du roi, c’est une incursion de quelques musulmans d’Afrique dans les îles d’Hyères et sur les côtes voisines de Toulon et de Marseille. Nous vous adverlissons, disaient les lettrespatentes adressées aux commissaires de la croisade, nous vous advertissonsy pour le faire sçavoir et preschery que puis nagueres les Maures et les barbares, infidèles et ennemis de nostre divine fotj, ont couru et sont venus à grosse puissance jusques en isles de notre conté de Provence, où ils ont prins, ravi et emmené plusieurs chrestiens pour les tourmenter et livrer à martyre.

On ne se borna point sans doute à prêcher la guerre sainte dans le diocèse de Toulouse; nous n’avons aucun document ni aucune tradition écrite sur la prédication qui dut se faire en môme temps dans les autres provinces du royaume ; mais tout nous porte à penser que la crainte d’une invasion, l’éloquence des prédicateurs, l’exemple et les avertissements du roi, la pompe des cérémonies religieuses, n’excitèrent que faiblement la pieuse bbéralité des peuples. Si nous en croyons les procès-verbaux et les comptes-rendus qui nous restent, les dépenses qu’occasionnèrent la prédication de la guerre sainte et la distribution des indulgences pontifîcalcs, n’étaient pas loin d’égaler la somme à laquelle se montaient les offrandes des fidèles. Rien ne prouve mieux que la dévotion des croisades s’affaiblissait chaque jour davantage ; et c’est ce qui peut aussi nous faire voir l’exagération de beaucoup de plaintes qui s’élevaient alors sur l’emploi des deniers amassés au nom des chefs de l’Église et pour les frais de la guerre sainte. Comme on faisait toujours beaucoup de bruit de ces sortes de prédications et que les troncs des églises restaient souvent vides, on s’en prenait aux prédicateurs; on les accusait d’avoir dissipé l’argent qu’ils n’avaient pas reçu. Au reste, plus les peuples étaient portés à la défiance , plus on doit applaudir aux précautions qui avaient été prises : les dépenses de la prédication ou du jubilé pou-

vaienl être quelquefois augmentées par ces précautions mêmes ; mais on avait calmé les esprits, et c'était beaucoup. Pour tout ce qui concernait la perception et l'emploi des deniers de la croisade, comme pour beaucoup d'autres choses, l’autorité du roi avait d'autant plus besoin d’exercer une surveillance sévère, que ceux qui recevaient les offrandes des chrétiens n’avaient pas toujours été gcn$ de bonne conscience et hors de suspicion , et que parmi les orateurs de la terre sainte il s’en trouvait toujours quelques-uns qui montraient plus de zèle que de prudence et dont les prédications étaient un véritable sujet de scandale. Comme la plupart d’entre eux recevaient un salaire proportionné it la quantité d'argent versée dans les troncs des églises, plusieurs ne manquaient pas d’exagérer les promesses du souverain pontife et les privilèges accordés aux dons de la charité '. Ainsi, pour nous résumer, nous dirons que cette prédication, ordonnée par le pape et par le roi , n'avança pas de beaucoup les affaires de la croisade, mais que du moins la sagesse prévoyante du gouvernement et la prudence des chefs de l’Église gallicane prévinrent de grands désordres dans le royaume. 11 n'en fut pas de même en Allemagne, oü les esprits étaient portés au plus haut point d’irritation et de mécontentement; où des semences de trouble et d’hérésie commençaient h se développer jusque dans le sein du clergé.

On a pu voir jusqu’ici combien la cour de Rome se montrait chaque jour plus facile à ouvrir le trésor des indulgences pontificales. Dans les premières expéditions d’Orient, ces indulgences n’étaient accordées qu’aux pèlerins de la terre sainte; on les accorda ensuite ù ceux qui fournissaient à l’entretien des croisés; plus tard, on les accorda aux fidèles qui écoutaient les sermons des prédicateurs de la croisade, quelquefois même à ceux qui assistaient à la messe des légats du pape. Léon X imagina de les accorder non-seulement à ceux qui par leurs aumônes ’ fourniraient aux frais de la guerre contre les Turcs, mais encore à tous les fidèles dont la pieuse libéralité contribuerait aux dépenses nécessaires pour achever la construction de l’église de Saint-Pierre, commencée par son prédécesseur Jules H.

> LMii^iotre DOQ$ rapporte l'excinple d’on prédicaicor qui Oi cn(cBdre dans la cbalre êvangéiiq;;e relie proposition condamnable : Lor»^u'k»e pt^ce de moHwie e*i rem'»e eu Irouc de la croisade pour la dUhrance d*nne Ùme du ^rgatoire^ eussllôl celte àme se trouve dilivrte et 9*cnrole vers le ciel. U {acuité de ibéotoglc de Paris censura roue proposUiou comme cootralre aux dogmes de rEglise.

a JJistoire eccUsiasHque de Fleury*

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