‹ Histoire des croisadesChapitre 26 sur 213 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

contre les Turcs, qu’il avait annoncée dans tout le monde chrétien et qui pouvait, au moins dans les premiers moments, ofiiir une utile distraction aux esprits dominés par les idées de la réforme. L’entreprise d'une guerre sainte, qu’il avait suivie avec tant de chaleur au commencement de son pontificat et pour laquelle les poêles lui promettaient une gloire étemelle, cette entreprise, lorsqu’il mourut, n’occupait plus sa pensée ni celle de ses contemporains.

Cependant le successeur de Sélim , Soliman , venait de s’emparer de Belgrade ' et menaçait l’ile de Rhodes. Cette lie était la dernière colonie des chrétiens en Asie. Tant que les chevaliers do Saint-Jean en restaient les maîtres, le sultan des Turcs pouvait craindre qu’on ne fm-mât en Occident quelque grande expédition pour le recouvrement do la Palestine et de la Syrie, et môme pour la conquête de l’Égypte, qui venait d’étre réunie à l’empire ottoman.

Le grand maître des hospitaliers envoya solliciter les secours de l’Europe chrétienne. Charics-Quint venait de réunir sur sa tête la couronne impériale et celle des Espagnes. Tout occupé d’abatire la puissance de la France et cherchant à entraîner le pape Adrien VI dans une guerre contre le roi très-chrétien, l’empereur fut peu touché du danger qui menaçait les chevaliers de Rhodes Le souverain pontife n’osa les secourir et solliciter pour eux l’appui de la chrétienté. François I montra des sentiments plus généreux, mais, dans la situation où se trouvait le royaume, il ne put envoyer les secours qu’il avait promis.

Les chevaliers de Rhodes restèrent réduits h leurs propres forces. L’histoire a redit les travaux et les prodiges d’héroïsme par lesquels l’ordre des hospitaliers illustra sa défense. Après plusieurs mois de combats, Rhodes tomba au [xiuvoir de Soliman Ce fut un spectacle bien touchant que celui du grand maître risle-.\dam , le père de ses chevaliers et de ses sujets , entraînant avec lui les tristes débris de l’ordre et tout le peuple de Rhodes, qui avait voulu le suivre. Il aborda sur les côtes du royaume de Naples , non loin des lieux où Virgile fait débarquer le pieux Énée avec les glorieux restes de Troie. Si l’esprit des croisades avait pu se ranimer, quels cœurs seraient restés

' SoUmaii s’empara de Beigrade en IS9t , raniiée m^me où le pape Uon X moQrat.

* Le pape Adriefli aa Uea d’envoyer U floue (TEsfitiiie aa secours de Hliodes, la laissa partir contre les FraiKals. t>e lear cdlè les Vénitiens refusèrent de secourir les Rliodieos.

* Snivant Dclcaire, le siège de Rhodes coûta aux iuÛJèles près de soixante mille boihiues.

sans émotion, en voyant ce vénérable vieillard, suivi de ses Fidèles compagnons d’infortune, cherchant un asile, implorant la compassion, et sollicitant pour prix de ses services passés un coin de terre où lui et scs guerriers pussent encore déployer l’étendard de la religion et combattre les inFidèlcs.

Lorsque le grand mailre se mit en marche pour Rome , Adrien VI déclarait la guerre au roi de France : une ligue s’était formée entre la souverain pontife, l’empereur, le roi d’Angleterre et le duc de Milan. Dans cet état de choses, les chrétiens d’Orient ne pouvaient espérer aucun secours. Après la mort d’Adrien , le pape Clément VII se montra plus favorable à l'ordre des hospitaliers. Il accueillit Iç grand maître avec toutes les démonstrations d'une tendresse paternelle. Lorsque dans le consistoire le chancelier de l’ordre raconta les exploits et les revers des chevaliers, le souverain pontife et les prélats de Rome versèrent des larmes et promirent d’intéresser à de si nobles infortunes tous les royaumes du monde chrétien. Malheureusement pour l’ordre de SaintrJean , les puissances de l’Europe étaient plus que jamais divisées entre elles. François I fut fait prLsonniec à la bataille de Pavie. Le pape, qui avait voulu reprendre le titre de conciliateur, ne ht qu’exciter contre lui-même la haine et la colère de Charles-Quint. Au milieu de ces divisions ou oublia les chevaliers de Rhodes, et ce ne fut que dix ans après la conquête de Soliman que ces nobles guerriers purent obtenir de l’empereur le rocher de Malte où ils devinrent encore la terreur des musulmans.

Tandis que l'Europe était ainsi troublée, le conquérant de Rhodes et de Belgrade reparaissait menaçant sur les rives du Danube. Louis II chercha à ranimer le patriotisme des Hongrois, et ht revivre l'ancien usage d’exposer en public un sabre ensanglanté, signal de la guerre et des périls de la patrie. Les exhortations du monarque , celles du cleigé, l'approche de l’ennemi , ne purent apaiser les discordes nées de l’anarchie féodale et des longs malheurs de la Hongrie. Le monarque hongrois ne put rassembler que vingt-deux mille hommes sous l'étendard de la croix.

Ces vingt-deux mille chrétiens, commandés par un prélat, avaient à combattre une armée de cent mille Ottomans; ce fut l’armée hon-

< L'ile de Malte fut ofleue aos bospiuHere en I5i7 par le pape Clénent VII et rempereor Chartea-QuiDi, iu.il» ce ne fut qu’en I5P0 qn'ila U poisédèrent. (Voyez 1a note dn P. Manii. Annat. tcclitiaHiqMtt, t. XXX, p. 5S5.}

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