‹ Histoire des croisadesChapitre 27 sur 213 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

groise qui , d'après l’avis des évêques , présenta la bataille aux infidèles. Ce qu’il y a de remarquable dans les guerres saintes, c’est qu'on peut rcconnatlre presque toujours l’ascendant du clergé à la témérité des entreprises. La persuasion où étaient les ecclésiastiques qu’ils combattaient pour la cause de Dieu, leur ignorance de la guerre, les empêchaient de voir les périls , ne leur permettaient poic/t de douter de la victoire, et leur faisaient souvent négliger les moyens de la prudence humaine. Ce fut dans la confiance d’un succès miraculeux que l’archevêque de Colocza n’hésita point à livrer le combat décisif de. Mohacs. Le clergé qui l’accompagnait anima les combattants par ses discours , et donna l’exemple de la bravoure. Mais l’enthousiasme religieux et guerrier ne put triompher du nombre : la plupart des prélats reçurent dans la mêlée la palme du martyre; dixhuit mille chrétiens restèrent sur le champ de bataille. Ce qu’il y eut de plus malheureux, Louis II disparut et périt dans la déroute générale, laissant son royaume livTé aux factions et ravagé par les Turcs.

La défaite des Hongrois porta le désespoir dans l’àme de Clément VU. Le pontife écrivit à tous les souverains de l’Europe; il avait formé le projet de les visiter en personne et de les engager par ses prières et par ses larmes à défendre la chrétienté. Les touchantes exhortations du pape et son attitude suppliante ne purent émouvoir les princes; et c’est ici qu’on aperçoit la rapide décadence du pouvoir pontifical , naguère si formidable avec les foudres de l’Église, et dont les décisions étaient regardées comme des arrêts du ciel. Comme l’empereur troublait l’Italie, par son ambition et refusait de s’associer aux desseins du pontife , la cour de Rome essaya de prêcher contre lui une espèce de croisade , et le pape se mit ù la tête d’une ligue qu'on appela une ligue sainte ; mais cette coalition, moitié religieuse, moitié politique, se dissipa comme d’elle-même, cl Clément ne tarda pas à être victime d’une vaine hostilité. Les troupes impériales entrèrent dans Rome, comme dans une ville ennemie. L’empereur, qui prenait le titre de chef temporel de l’Église , ne craignit point de donner à l’Europe le scandale de la captivité d’un pontife. Quoique l’autorité des papes n’excrçftt plus la même influence, qu’on fût bien loin alors du siècle d’innocent IV et de Grégoire IX, qui avaient accablé l’empereur Frédéric II, néanmoins les violences de Charlcs- Quint excitèrent une indignation générale. L’Angleterre et la France coururent aux armes. Toute l’Europe fut troublée : les uns voulaient

venger les outrages faits au vicaire de Jésus-Christ , les autres profiter du désordre. On ne s'occupait plus de défendre la chrétienté de l’invasion des Ottomans.

Cependant Clément VH, du fond de la prison oü le retenait l’empereur, veillait encore à la défense de l’Europe chrétienne : ses légats exhortaient les Hongrois il continuer de combattre pour leur Dieu et pour leur patrie. L’active sollicitude du pape allait chercher des ennemis aux Turcs jusque dans l'Orient et parmi les infidèles. Acomat, ipii avait secoué en liigypte le joug de la Porte, reçut des encouragements de la cour de Home. Un légat du pape fut chargé de lui promettre l'appui des chrétiens de l’Occident. Le souverain pontife entretenait de continuelles relations sur toutes les frontières et dans toutes les provinces de l’empire turc, pour connaître les desseins et les préparatifs des sultans de Constantinople. D n’est pas inutile de dire ici que la plupart des prédécesseurs de Qément avaient mis comme lui les plus grands soins à surveiller les projets des infidèles. Ainsi les chefs de l’Eglise ne se bornaient point à exciter les clu-étiens à se défendre sur leur propre territoire ; mais, comme des sentinelles vigilantes, ils tenaient sans cesse les yeux attachés sur les ennemis de la chrétienté, pour avertir l’Europe des périls qui la menaçaient.

Lorsque l’empereur eut brisé les fers de Clément VU, le saint pontife oublia les outrages qu’il avait reçus, pour ne songer qu'au danger de l’empire germanique, qui allait être attaqué par les Turcs. Dans les diètes d'AugsiKturg et de Spire, le légat du pape s’efforça, au nom de la religion, de réve'iller l’ardeur des peuples de l’Allemagne pour leur propre défense. Un député de l’empereur ' joignit ses exhortations à celles de légat apostolique ; il fit un appel à l’antique vertu des Germains, et rappela à scs auditeurs l’exemple de leurs ancêtres, qui n’avaient jamais souffert une domination étrangère. 11 invita les princes, les magistrats et les peuples à combattre pour leur indépendance et pour leur propre salut. Ferdinand, roi de Bohême et de Hongrie, proposa aux |>rinccs et aux États de l’Empire de prendre des mesures promptes et efficaces contre les Turcs. Ces exhortations et ces conseils obtinrent peu de succès et trouvèrent une forte opposition dans l’esprit toujours plus actif des doctrines nouvelles.

' Riceios, juif couvert! et devetia médede du cardinal de Goriu. Le dUcoors qu’U prooooca à la dieie de Spire, (enae en 1538 ou 1539, se trouve dans te i. III de la CoUecUoo de Stnive. (Vo)ca BAlMhique iti Crolaadea, 1. lU. )

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