‹ Histoire des croisadesChapitre 32 sur 213 · LIVRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIEME

justifié en accusant l’ambition et la perfidie de Charles-Qiiiiit'. Son exemple ne taixla pas à être suivi par Charlcs-Quint lui-méme et par d’autres États chrétiens. La politique , se dégageant de plus en plus de ce qu’elle avait de religieux , fit voir à la fin dans la Porte Ottomane, non plus un ennemi qu’il fallait toujours combattre , mais une grande puissance qu’il fallait quelquefois ménager, et dont on pouvait rechercher l’appui sans outrager Dieu et sans nuire aux intérêts de l’Église.

Comme on ne s’armait contre les infidèles qu’à la voix du souverain jxmtife, l’esprit des croisades dut s’affaiblir à mesure que l’autorité des papes déclina. Il faut ajouter que le système politique de l’Europe prenait son développement, et que les liens et les rapports qui devaient fonder l’équilibre de la république chrétienne tendaient plus que jamais h s’établir. Chaque État avait son plan de défense et d’agrandissement qu’il suivait avec une activité constante; tous s’occupaient d'atteindre le degré de puissance et de force auquel les appelaient leur position et la fortune de leurs armes. De là ces ambitions inquiètes, ces défiances mutuelles, cet esprit de rivalité toujours agissant, qui ne permettaient guère aux souverains de porter leur attention vers des guerres lointaines.

Tandis que l’ambition et le besoin d’agrandir ou de défendre leur puissance retenaient les princes dans leurs États, les peuples sc trouvaient retenus dans leurs foyers par les avantages ou plutôt par les promesses d’une civilisation naissante. Dans le douzième siècle , les Francs, les Normands et les autres Barbares venus du Nord n’avaient pas tout à fuit perdu le caractère et les habitudes des peuples nomades, ce qui favorisa l’essor et les progrès de cet enthousiasme belliqueux qui avait précipité les croisés en Orient. Dans le seizième siècle, les progrès des lumières, de l’industrie et de l’agriculture’, les souvenirs de chaque cité, de chaque famille, les traditions de chaque peuple, de chaque contrée; les titres, les privilèges, les droits qu’on avait acquis, le besoin d’en jouir, la nécessité de les

' Le t. ni de U collection de Strnve contient on recneîl de lettres écrites par François I on CQ son nom, au sujet de scs démêlés avec Cbarlcs-Oiiinl. Dans les unes te rot cherebe b jostiûcr sa conduite i l'égard des Turcs; ibos les autres il uüre ses secours et son InterTeulion pour apaiser les troubles que la réformatlon a fait naître dans l'ÉgUse. (Yojez le t. Il de la Btéliofkéque dea CroitoiUs^p. 3i.)

* On pourra toir dans nos Considératloos générales quel était Téiat des mœurs et de U eivUis^ üon b cette époque.

défendre, l’espoir de les accroître, avaient changé le caractère des Francs, diminué leur penchant pour la vie errante, et devenaient autant de liens qui les attachaient à la patrie.

Dans le siècle précédent, le génie de la navigation avait découvert l’Aiiiérique et le passage du cap de Bonne-Espérance. Les résultats de cette découverte opérèrent une grande révolution dans le commerce, fixèrent l’attention de tous les peuples, et donnèrent aux esprits une direction nouvelle. Toutes les spéculations de l’industrie, longtemps fondées sur les croisades, se dirigèrent vers l’Amérique et vers les Indes Orientales. De grands empires, de riches climats s’offrirent tout à coup à l’ambition, à la cupidité de ceux qui cherchaient la gloire, la fortune ou des aventures; et les merveilles d’un monde nouveau firent oublier celles de l’Orient.

A cette époque si mémorable, on remarquait en Europe une émulation générale pour la culture des arts et des lettres. Le siècle de Léon X avait produit des chefs-d’œuvre dans tous les genres. La France , l’Espagne et surtout l’Italie faisaient tourner au profit des lumières l’invention récente de l’imprimerie. Partout commencèrent à revivre les beaux génies de l’ancienne Grèce et de l’ancienne Rome. A mesure que les esprits s’éclairaient, une nouvelle carrière s’ouvrait devant eux. Un autre enthousiasme succédait à celui des entreprises religieuses; les exploits des temps héroïques de notre histoire inspiraient bien moins le désir de les imiter, qu’ils n’excitaient l’admiration des romanciers et des poètes. Alors la musc de l’épopée, dont la voix ne célèbre que des événements éloignés, chantait les héros des guerres saintes; et les croisades, par la raison même que le Tasse pouvait en orner le récit de toutes les richesses de son imagination, les croisades, disons-nous, n’étaient plus pour l’Europe qu’un souvenir poétique.

Une circonstance heureuse pour la chrétienté , c’est que dans le temps même oü les croisades , qui avaient pour objet la défense de l’Europe, touchaient à leur déclin, les Turcs commencèrent à perdre quelque chose de cette puissance militaire qu’ils avaient déployée contre les peuples chrétiens. Les Ottomans avaient d’abord été, comme nous l’avons déjà dit, la seule nation qui eût sur pied une armée régulière et permanente, ce qui lui donnait une grande supériorité 8»ir les peuples qu’elle voulait soumettre à ses armes Dans le sei-

* Le vifomte de Tavannes assigne dans ses mémoires dco\ cau5«s aox progrès des Tores : U

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