LIVRE VINGTIEME
zième siècle , la plupart des grands États de l’Europe avaient aussi des armées qu’ils pouvaient toujours opposer à leurs ennemis. La discipline et la tactique militaire avaient fait de rapides progrès parmi les peuples de la chrétienté ; l’artillerie et la marine se perfectionnaient chaque jour en Occident , tandis que les Turcs , pour tout ce qui tient à ! art de la guerre et à celui de la navigation , repoussaient les leçons de l’expérience, et ne profitaient point des lumières répandues chez leurs- ennemis et chez leurs voisins.
Nous devons ajouter que l’esprit de superstition et d’intolérance que les Turcs portaient dans la guerre, nuisit beaucoup à la conservation et au progrès de leurs conquêtes. Quand ils s’emparaient d’une province , ils voulaient y faire régner leurs lois , leurs usages et jeur culte. Il leur fallait tout changer, tout détruire dans le pays où ils s’établissaient; il fallait qu’ils en exterminassent la population ou qu’ils la réduisissent à l’impossibilité de troubler une domination étrangère ; aussi a-t-on pu remarquer que , maîtres plusieurs fois de la Hongrie, les Turcs se retiraient néanmoins après chaque campagne, et qu’ils ne purent jamais, au milieu de toutes leurs victoires, y fonder une colonie ou un établissement durable. La population ottomane , qui avait suffi pour occuper et pour asservir les provinces de l’empire grec, ne pouvait sufiirc pour peupler et pour conserver des contrées plus éloignées. Ce fut là surtout ce qui sauva l’Allemagne et l’Italie de l’invasion des Turcs. Les Ottomans auraient peut-être conquis le monde , s’ils avaient pu lui imposer leurs mœurs ou lui fournir des habitants.
Après la bataille de Lépanio, quoiqu’ils eussent conservé l’île de Chypre et dicté des lois à la république de Venise , les Turcs n’en perdirent pas moins l’idée qu’ils étaient invincibles et que le monde devait être soumis à leurs armes. On remarque que, depuis cette époque, la plupart des chefs des armées et des flottes turques furent plus timides, et s’abandonnèrent moins à l’assurance de la victoire en présence de l’ennemi. Les astrologues, qui avaient vu jusque-là dans tous les phénomènes du ciel , l’accroissement et la gloire de l’empire ottoman , ne virent plus , sous le règne de Sélim et sous les règnes-
premiète, leor obéissaucc aveogle aox ordres du sultan; la deuxième, que toutes leurs foreet sent commandées d’un seul chef; el an contraire les chtesliens sont coulraincts d'en avoir plusieurs déni l'union dure si peu, que lorsqu'il y a apparence de victoire et recevoir les fruicts icelle. Ut se rompent, enlrenl en souspeçan jaloux de la gloire l'un de l'aullre, ete. ( Mémoires de Gaspard de TiTaones, dans la Nouvelle colleclion des Mémoires pour servir ii rUisioirc de France. )
suivants, que des augures sinistres dans les aspects des corps célestes. Nous parlons aussi des astrologues, parce que leurs prédictions entraient pMjur beaucoup dans la politique des Turcs. Il est probable que ces prétendus devins ne se contentaient pas d’observer les corps célestes, mais qu’ils observaient aussi les mœurs et les opinions du peuple, la marche des événements et des affaires. C’est pour cela que leurs prophéties se sont trouvées justes et qu’elles appartiennent en quelque sorte à l’histoire.
Cependant l’esprit de conquêtes qui avait longtemps animé la nation subsistait encore , et quelquefois la fortune ramena la victoire sous les drapeaux ottomans. Vers la fin du seizième siècle, les Turcs portèrent la guerre sur les bords du Danube et sur les frontières de la Perse. Parmi les guerriers chrétiens qui volèrent au secours de l’Allemagne, on doit distinguer le duc de Mercœur, frère du duc de Mayenne : il était suivi d’une foule de soldats français qui avaient combattu contre Henri IV et qui allaient expier les crimes de la guerre civile en combattant les infidèles. Le duc de Mercœur', à qui l’empereur Rodolphe II avait donné le commandement de l’armée impériale, remporta plusieurs avantages sur les Ottomans.
Pendant qu’on se battait en Hongrie, le roi de Perse avait envoyé une ambassade à l’empereur d’Allemagne et aux princes de l’Occident, pour les engager à faire une alliance avec lui contre les Turcs. Les ambassadeurs persans s’étaient rendus auprès du pape, auprès de plusieurs puissances chrétiennes, les conjurant de déclarer la guerre aux Ottomans. Cette ambassade du roi de Perse et les exploits des Français sur le Danube donnèrent de vives inquiétudes au divan, qui envoya un ambassadeur au roi de France ; le divan le redoutait plus que tous les a\itres princes chrétiens. Les lettres de créance de l’envoyé turc portaient ce titre : « Au plus glorieux, magnanime et plus « grand seigneur de la croyance de Jéstts, pacificateur des différends a gui surviennent entre les princes chrétiens, seigneur de grandeur, B majesté et richesse, et glorieux guide des plus grands, Henri IV, U empereur de France. » Dans sa lettre, le sultan des Turcs conjurait
' Le vicoulc de Tavaiines auriboc les soccH do duc de Merræar en Hongrie à la manière dont il sat ae conduire romre lc$ Turcs. Après avoir rappelé U ddaite de Jean, roi de Hongrie, celle de Jean, duc de Boui^ogue, et la mort de Ladislas tV ï Varna, caosées par la lémérilè ou le défaot de discipline des chrétiens, U ajouter • Sage par les ranltes d'autmy, le duc de Morc<cor fit ta € rrtnùcte de devant Cauise, par Tobservaiiou de ne se desbander ne suivre la victoire incousi- « dcrcciucnt- «