‹ Histoire des croisadesChapitre 34 sur 213 · LIVRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIEME

le monarque français de ménager une trêve enlre la Porte et l’empereur d’Allemagne, et de rappeler de la Hongrie le duc de Mercœur, dont la valeur et l’hubileté retenaient la victoire sous les drapeaux des Allemands.

Henri IV interrogea l’ambassadeur ottoman, et lui demanda pourquoi les Turcs craignaient ainsi le duc de Mercœur. L’ambassadeur répondit qu’une prophétie accréditée parmi les Turcs annonçait qnc l’épée des Français les chasserait de l’Europe et renverserait leur empire. Henri IV ne rappela jioint le duc de Mercœur : cet habile capitaine continua de battre les Ottomans, et, s’étant couvert de gloire dans la guerre contre les infidèles, il fut surpris , en revenant en France, par une fièvre jwMirpréc , laquelle, dit Mézerai, l'envoya triompher dans le ciel.

■\près la mort de Rodolphe II, qui avait arrêté les armées des Turcs, on vit éclater cette gricrrc qui désola r,\llemagne pendant trente années. Ce fut un grand bonheur pour la chrétienté que, dans ce long période de temps, la Porte Ottomane se trouvât tantôt occu- [)ée de ses guerres contre la Perse, tantôt troublée par les révolutions du sérail , par les séditions populaires et les révoltes des pachas. L’empire germanique, le DanemaiTk et la Suède, les luthériens et les catholi(|iies, levèrent plus d’années et répandirent plus de sang dans les combats qu’il n’en fallait pour arracher Byzance à la domination des musulmans. Mais, au milieu des passions religieuses et politiques qui divisaient et troublaient l’Occident, personne ne pouvait avoir la pensée d’attaquer les Turcs. Le pape, sollicité par l’empereur Ferdinand U, publia un jubilé pour le succès des armes impériales, et peu s’en fallut qu’on ne prêchât une croisade contn> Gustave Adolphe et ses alliés. Lorsque cette guerre de trente ans allait finir par un traité qui fut comme une loi générale de l’Europe, le ciel permit que les Ottomans reprissent leurs hostilités contre les peuples chrétiens. Ils atta(|uèrcnt d’abord la Dalmatie, province vénitienne, et nie de Candie ou ancienne Crète, inqiortantc colonie de Venise. Bientôt après, une armée formidable entra dans la Hongrie, et s’avança sur les frontières de la Moravie et de l’Autriche.

Le pape Alexandre VII s'occupa de former une ligue entre le.s princes et États de la chrétienté, et s’adressa au roi de Pologne, au roi d’Espjigne et surtout au roi de France, pour implorer leurs sccom's contre les Turcs.

HISTOinE DES CROISADES.

Louis XIV, quoiqu’il fût l’allié de la Porte, se rendit aux prières du souverain pontife, et fit partir pour Rome un ambassadeur chargé d’annoncer à Sa Sainteté qu’il était prêt à entrer dans la confédérîition des princes chrétiens. D’un autre côté, les États de l’empire germanique, qui étaient les alliés de b France, se rassemblaient à Francfort, et s’engageaient h lever de l’argent et des troupes, promettant d’unir leurs efforts à ceux du monarque français pour la défense de la chrétienté

Ce généreux empressement méritait sans doute la reconnaissance de Léopold ; mais l’empereur n’a\ ait pu voir sans jalousie que les États gennaniques se concertassent avec un monarque étranger plutôt qu’avec le chef de l’Empire ; il n’avait point oublié la conduite de la France dans la guerre de trente ans et dans les négociations qui avaient précédé le traité de Westphalie. Le zèle que Louis XIV et ses alliés montraient pour la cause commtine, et qui allait beaucoup plus loin qu’il ne l’espérait, ne fit qu’exciter ses défiances. On doit croire que Léopold communiqua ses craintes à la cour de Rome, qui avait vu de mauvais œil les alliances récentes du royaume très-chrétien avec les princes luthériens de l’Allemagne. Alexandre A’II accueillit froidement les propositions du roi France, et dit à son ambassadeur qu’il n’y avait rien à faire; que le roi d’Espagne avait de grands démêlés avec le Portugal, que le roi de Pologne n'était pas en état d’entrer dans la ligue, que l’empereur n'était pas pressé, et enfin qu’il fallait tenir les ehoses en suspens. I>orsqu’on apprit à Rome la décision unanime de la diète de Francfort, qui offrait de lever vingt ou vingt-quatre mille hommes pour la cause de la chrétienté, la cour pontificale reçut avec indifférence et refusa même de publier cette heureuse nouvelle, pour laquelle le pape, dans tout autre temps, n’aurait pas manqué d’aller rendre des actions de grâces solennelles dans l’église de Saint-Pierre ou de Saint-Jean-de-Latrau. Le roi de France ne put dissimuler sa sufprise, et dans une lettre écrite à l’ambassadeur français on trouve ce passage remarquable : b C’est, au a reste, plus l’affaire de Sa Sainteté que la nôtre. Il suffira a Sa Ma- « jesté, pour sa satisfaction et sa décharge envers Dieu , d’avoir fait » toutes les avances par rapport à cette ligue, qu’un roi, fils aîné de

* Tous les (ails rapportés ici font beaucoup plus développés dans un mémoire Irés^nrieus rédipé d'après les pièces diptomaiiques qui se Iruuveiil aux archives du roinisiérc dci alTaires élrappères. Ce Diéiuoire esl imprimé à )a liu de ce voiume comme pièce jusliflcaiive.

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