‹ Histoire des croisadesChapitre 35 sur 213 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

« l’Église et principal défenseur de la religion, pouvoit faire dans U le péril imminent des préjudices que la chrétienté peut appré- « liender. »

Bientôt on apprit que les Turcs s’avançaient sur le territoire de la Moravie. On proposa de reprendre les négociations ; mais les préoccupations de la jalousie ne permirent point qu’on s'en occupât sérieusement, et tout était subordonné aux nouvelles qu’on recevait des progrès de l'armée ottomane. Le timide Léopold négociait tour à tour avec le divan et avec le pape, redoutant l’invasion des Turcs, mais ne redoutant pas moins de devoir son salut à des alliés trop empressés de le défendre. Avant de parler des conditions de la ligue qu’on devait former, il fallut d’abord examiner les pouvoirs des ambassadeurs. L’empereur, dans les lettres de créance données à son ministre, prenait les titres de duc de Bourgogne, de landgrave d’Alsace, et, fidèle aux anciennes prétentions de la maison impériale, il SC présentait comme le chef temporel de l’Église, caput populi chrisliani. Le roi d’Espagne, qui montrait également peu d’ardeur pour la ligue sainte, prenait le titre de roi de Navarre, et ne rappelait le roi de France que par ces mots où respirait l'orgueil castillan, otros reyes, les autres rois. La république de Venise, de son côté, semblait avoir affecté de no point parler de Louis XIV ni du monarque espagnol, et ne les désignait l’un et l'autre que par ces mots : elle due corone. Nous n’entrons ici dans tous ces détails que pour montrer comment on traitait alors des affaires où se trouvait intéressé le monde chrétien. Tant de vaines difficultés n’annonçaient que trop qu’on ne voulait prendre aucun parti. On demanda de nouveaux pouvoirs, et, lorsque ces pouvoirs furent reçus à Rome , le pape ne les communiqua point. Peu de temps après, une insulte faite à l’ambassadeur de France fit interrompre toute négociation. Telle fut l’issue de cette affaire, qui occupa plusieurs puissances chrétiennes durant près de deux années et dans laquelle il serait bien difficile de retrouver quelque chose de l’esprit qui présidait aux anciennes croisades.

Cependant les Turcs s’avançaient toujours. L’empereur d’Allemagne effi'ayé avait quitté sa capitale. L’approche du péril tit taire les vaines prétentions. Ne pouvant obtenir la paix des Ottomans, Léopold consentit à être secouru par les princes chrétiens. Louis XIV, pour ménager l’esprit inquiet de l’empereur, se contenta d'envoyer

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