‹ Histoire des croisadesChapitre 37 sur 213 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

<s l’Afrique et de l’Asie , et , plus que tout cola , à la vue de Dieu et « de scs anges, b

Tant de bravoure, tant de sacrifices, ne piu-ent sauver la ville de Candie, qui tomba au pouvoir des Turcs après un siège de vingt-huit mois. Cotte conquête rendit à la nation ottomane son fanatique orgueil ; dès lors on répéta plus souvent dans les mosquées les préceptes du Coran qui ordonnent de conquérir les pays infidèles. Une grande partie de 1a noblesse hongroise, qui ne pouvait supporter la domination de l’empereur Léopold , implora les armes de .Mahomet IV, et le pressa d’envoyer une armée contre des Allemands. Enfin les janissaires demandèrent à grands cris qu’on port&t la guerre sur les rives du Danube , et l’uléma déclara que le temps était venu de soumettre aux lois de l’islamisme les contrées les plus reculées de l’Occident.

Le souverain pontife, averti des nouveaux périls de la chrétienté, sollicita les secours de tous les États catholiques : il s’adressa surtout à Jean Sobieski , que sa gloire militaire et surtout ses victoires remportées sur les Turcs avaient fait monter sur le trône de Pologne. Bientôt une armée levée à la hâte sur la Vistule et le Dnieper accourut à la défense de l'Allemagne menacée; la capitale de l’Empire était assiégée par trois cent mille musulmans. L’empereur et sa famille, cherchant une retraite dans la ville de Lintz, avaient échappé comme par miracle à la poursuite de quelques cavaliers tartares. L’Allemagne n’avait plus pour sa défense qu’une armée décomagée, que la valeur du duc de Lorraine et le zèle patriotique des électeurs de Saxe et de Bavière. La présence de Sohieski et des Polonais changea tout à coup la face des affaires. A leur approche, les Allemands sentirent se ranimer leur bravoure, et le découragement passa dans l’armée des Turcs. Toute la province d’Autriche était remplie de bataillons ottomans; cent mille tentes couvraient les rives du Danube; celle du grand visir, au rapport de Sobieski, occupait plus d’espace que la ville de Varsovie ou de Léopold. Le présomptueux ministre de la Porte Ottomane se confiait à cet appareil de guerre, il mettait son espoir dans l’innombrable multitude de ses soldats; et ce fut cet appareil incommode, ce fut cette multitude si difficile à conduire qui donna la victoire aux chrétiens. L’armée de Sobieski , celle du duc de Lorraine, auxquelles s’étaient réunies les troupes de plusieurs princes de l’Empire, comptaient à peine soixante et quinze mille combattants. Les deux années en vinrent aux mains le 43 septembre 1683. La victoire

ne resta pas longtemps indécise, a Dieu .soit béni , écrivait le roi de O Pologne apr’ s la batailla ' ; Dieu a donné la victoire à notre nation ; « il Iiii a don.né un triomphe tel , que les sièeles passés n'en virent a jamais de semblable. Toute rarlillcrie , tout le camp des musulis mans , des richesses inlinics , nous sont tombés dans les mains ; les «approches de Vienne, les champs d’alentour, sont couverts des « morts de l'armée infidèle , et le reste fuit dans la consternation. » Le père d’Aviano, envoyé par le pape, prétendait avoir vu une colombe blanche planer sur l’armée chrétienne pendant la bataille; le roi de Pologne lui-même , quelques jours auparavant , avait aperçu dans le ciel ne phénomène extraordinaire Mais toutes ces apparitions célestes ne frappaient plus l’esprit des guerriers chrétiens , et la défaite des musulmans ne fut attribuée qu'aux prodiges de la bravoure. Le lendemain de la victoire , le clergé chanta le Te Deutn dans les églises de Vienne , qui auraient été changées en mosquées si l’arrivée des Polonais eût été seulement retardée de quelques jours. On envoya le grand étendard des musulmans au souverain pontife ; et , ce qu’il y eut de glorieux pour la France , le libérateur de l’Allemagne crut devoir adresser à Louis XIV, comme au roi très-chrétien , son rapport de la bataille gagnée et du salut de la chrétienté^. Les Turcs furent poursuivis jusque dans la Hongrie, où les débris de leurs armées ne purent défendre les villes et les provinces qu’ils avaient conquises. La renommée publia les victoires des chrétiens, et de tous les pays de l'Europe on vit accourir une foule de nobles guerriers qui brûlaient de combattre les Turcs. Parmi ces guerriers qu’animait le zèle de la religion et de la gloire, nous devons citer le jeune duc de Bcrwick *, que le malheureux Jacques II envoya deux fois à la défense

* Ce récit de la bataille de Vienoe se uouve dans les lettres de Jean Sobleski ) la reine Marie* Casiniire Ces lettres, écrites en polonais cl traduites eu français, ont Clé pobliées, il y a peu de temps , par les soins de M. de Saitaudy ; elles sont un monament trcs*prccieoi poor l’époque doat nous parlons ici.

^ Sobieski raconte lai-méme ces appariiloos, vraies oo fausses, dans ses lettres à la reine Marie* Hasimire.

^ U est ï croire qoe Sobieski adressa son rapi>orl ii Louis XIV, parce qu'il était niéconlcnl de femivercur d'Allemagne : le service qu'il rendait était trop grand pour qu'il n'<ût pas 0 se plaindre de riiigratitude de ceux qu'il avait sauvés. 11 faut voir dans ses lettres k la reine Maric-Casimire la manière simple et naïve avec laquelle il exprime son mccontealemcnt et le flegme jaloux des Impériaux qui, la veille de la bataille, le portaient aux nua, et plu* haut, c't/ e*t pottible.

* Daus l’éloge du maréchal de Berwick par Montesquieu on trouve ce qui suit : ■ Le duc d'Yorck

• étant parvenu k la couronne le « février 1683. il l'envoya l'année suivanic en Hongrie; U se trouva ■ au siège de Hude. Il passa l’biver en Angleterre, et le roi le créa duc de Beiwick. 11 retourna tu t printemps en Hongrie, od rempereur loi donna une commission de colonel pour commander le

• réfimeot des cuirassiers de TrelT. H lit la campagne de 1687, ok le due de Lorraine remporta ta

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