LIVRE VINGTIÈME
enti« deux ennemis également intéressés à leur ruine, également animés par les passions religieuses.
Les Turcs avaient apporté avec eux, comme tous les Barbares venus du nord de l’Asie, le gouvernement féodal. La première chos* à faire pour tous ces peuples nomades qui s’établissaient dans les pays conquis, c'était le partage des terres avec certaines conditions de protection et d’obéissance. De ce partage devait naître le régime de la féodalité. La différence qui existait néanmoins entre les Turcs et les autres Barbares qui avaient conquis l’Occident , c’est que le despotime jaloux des sultans ne permit jamais que les fiefs devinssent héréditaires et qu’il s’élevât à côté de lui une aristocratie, comme dans les monarchies de la chrétienté. Ainsi on ne vit dans l’cmpiro turc, d'un côté, que l’autorité d’un maître absolu, de l’autre, qu’une démocratie militaire '.
On a comparé les Turcs aux Romains. Les deux peuples ont commencé de même. Rien ne ressemble plus aux compagnons de Romulus que les compagnons d’Othman ; mais ce qui distingue dans l'histoire les deux nations, c’est que la dernière est restée, ce qu’elle était à son origine. Les Romains dans leurs conquêtes ne repoussaient ni les lumières, ni les usages, ni même les dieux des peuples vaincus ; les Turcs, au contraire, ne prenaient rien aux autres peuples, et mettaient tout leur orgueil à rester barbares.
Nous avons dit plus haut que l’aristocratie héréditaire n’avait jamais pu s’étalilir à côté du despotisme : c’est peut-être une des causes pour iesqucllos la nation ottomane était restée dans l’état de barbarie. Ceux qui ont étudié la marche des sociétés, savent que c'est par l’aristocratie que se forment les mœurs et les manières d’un peuple, que c’est par la classe intermédiaire que les lumières arrivent et que la civilisation commence. L’absence de l’aristocratie dans les gouvernements orientaux, non-seulement nous explique la fragilité de ces gouvernements, mais sert aussi à nous expliquer comment l’esprit humain, dans ces sortes de gouvernements, ne fait point de progrès. Sous le mortel niveau d’une égalité absolue , sous une domination jalouse de tout éclat qui ne vient point d’elle, il ne peut y avoir ni émulation, ni modèle â suivre, ni amour de la gloire, conditions sans lesquelles toute sotiété est condamnée à rester dans l’ignorance grossière où elle se
' U manarchie ollonane ae Iroanli de la sorte api>n;ée sur ce qa'il y a de ptos faible daaa Ica loriéléa politiques, la volonté d'un seul et celle de la tnaliilode.
trouvait à son origine et à perdre ainsi la plupart de ses avantages
Par suite de l’indifférence des Turcs pour les sciences et les arts, les travaux de l'industrie, de l’agriculture, de la navigation, furent condés à leurs esclaves, qui étaient leurs ennemis. Comme ils avaient en horreur tout ce qui était nouveau , tout ce qu’ils n’avaient point apporté d’Asie , il leur fallait avoir recours aux étrangers pour tout ce qu’on avait inventé ou perfectionné en Europe. Ainsi les sources de la prospérité et de la puissance, la force de leurs armées et de ' , leurs flottes, ne se trouvaient pmint entre leurs mains. On sait tout ce que les Turcs ont perdu pour avoir négligé de connaître et de suivre les progrès de la tactique militaire des Européens. Tant (|u'il ne s’agissait que de rassembler et de retenir sous les drapeaux une inultude de soldats animés par le fanatisme, l’avanlagc fut pour les Ottomans; mais cet avantage disparut quand la guerre appela le concours des sciences humaines, et que le génie, avec ses découvertes, devint le redoutable auxiliaire de la valeur.
Quelques écrivains modernes , cherchant partout des rapprochements, ont comparé les janissaires aux cohortes prétoriennes : cette comparaison n'a rien d’exact. Chez les Romains, l’empire se trouvait électif ; les prétoriens s’en étaient emparés pour le mettre à l’encan. Chez les Turcs, la pensée de choisir leur prince ne se présenta jamais à l'esprit du peuple et des armées. Les janissaires se contentaient de troubler le gouvernement, et de le maintenir dans un tel état de désordre, qu’on ne p(U jamais les renvoyer et qu'ils pussent toujours demeurer les maîtres. Toute leur opposition consistait à empêcher une amélioration quelconque dans la discipline et les usages militaires. Les abus et les préjugés les plus difficiles à détruire chez une nation sont ceux qui tiennent à un corps ou à une classe où se trouve placée la force. Le despotisme tout-puissant ne put jamais vaincre l’opposition des janissaires et des spahis; ces corps redoutables, qui avaient si efficacement contribué aux anciennes conquêtes, devinrent le plus grand obstacle à ce qu'on en fit de nouvelles.
Les Turcs, établis dans la Grèce, avaient plus de respect pour d’nncicns usages, pour d’anciens préjugés, que d’amour pour le pays qu’ils habitaient. Aisltres de Stamboul, ils tenaient sans cesse leurs regards attachés sur les lieux de leur origine, et scinblsient n’élre
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