LIVRE VINGTIÈME. M
d’Hunyad a pu quelquefois encore réprimer et punir les subites agressions des Ottomans.
Pendant que les Hongrois battaient les Turcs devant Belgrade, la Hotte du pape remportait quelques avantages dans l’Archipel. Cali.xte ne négligea point de rappeler à tous les fidèles les exploits et les triomphes du patriarche d’Aquilée, persuadé que la nouvelle des victoires remportées sur les musulmans rendrait l’espérance et le courage à tous ceux que les revers des chrétiens avaient abattus et consternés. On prêcha une nouvelle guerre sainte en France, en Angleterre, en Allemagne, et jusque dans les royaumes de Castille, d’Aragon et de Portugal. Partout le peuple écouta avec un pieux recueillement les prédications de la croisade, mais des murmures s'élevèrent généralement contre la levée des décimes.
Le clergé de Rouen, l’université et le parlement de Paris, plusieurs évêques, s’opposèrent ouvertement à cet impôt. En Allemagne, les plaintes furent plus violentes que partout ailleurs. A mesure que l’esprit des guerres saintes se refroidissait, on jugeait avec plus de sévérité les moyens employés par les papes pour renouveler ces expéditions lointaines. Il faut d’ailleurs avouer qu’il y avait alors de grands abus dans la perception et l’emploi des décimes. On faisait un trafic des indulgences de la cour de Rome pour la croisade, et le tribunal de la pénitence ne semblait plus en certaines occasions qu’un moyeu de lever des impôts sur les fidèles. Ce n’était plus qu’à prix d’argent que s’obtenaient les grâces de l’Églian et les miséricordes du ciel ; les péchés des chrétiens avaient en quelque sorte un tarif, et nous trouvons dans l’histoire d’Aragon que la désobéissance même aux décrets du pape était devenue la source d’un tribut nouveau. On se rappelle que plusieurs fois les souverains pontifes avaient défendu aux chrétiens de porter des munitions et des armes aux infidèles. Le commerce des villes maritimes bravait souvent les menaces du saint-siège, et l’avarice portait les marchands à transgresser sur ce point les ordres les plus sévères : on exigeait alors au nom du pape une somme d’argent de tous ceux qui s’accusaient de ce péché * ; on les condamnait à payer le quart ou le cinquième des bénéfices provenants d’un commerce illicite. D y avait des commissaires chargés de lever cet impôt, et des décrets en réglaient la perception comme celle de tous les autres revenus publics.
* Ce fait est tiré de U Dissertation espagnole qoe nous tvoQS déjà dtè«>
Ce qui acliève de faire connaître l’esprit de cette époque et surtout l'esprit de la cour de Rome, c’est que dans les prédications des croisades on exhortait moins les fidèles à prendre les armes qu’à payer un tribut en argent. On appelait les deniers levés au nom du saint-siège des secours pour les Hongrois; et, comme les Hongrois avaient toujours besoin d’étre secourus, la levée des décimes devenait comme un état de choses permanent, que le peuple et le clergé supportaient chaque jour avec moins de patience et de résignation.
Nous devons ajouter aussi que le saint-siège ne rtîcevait jtas ;oujours les produits du tribut qu’il avait imposé aux chrétiens. I.es princes, sous prétexte de faire la guerre aux Turcs, s’en emparaient quelquefois, et trop souvent les décimes pour la guerre sainte furent employées à soutenir les (|uerelles de l'ambition.
Cependant les réclamations des Allemands contre les commissaires et les agents de la cour de Rome devinretit si vives et si nombreuses que le pape, se crut obligé d’y répondre. Dans son apologie, rédigée par Ænéas Sylvius, il déclarait que Scanderherg et le roi de Hongrie avaient reçu de nombreux secoursj (ju’on avait armé des flottes contre les musulmans; qu’on avait envoyé des vaisseaux et des muuilions de guerre à Rhodes, en Chypre, à Mitylène; qu’en un mot l'argent levé sur les fidèles n’avait été envployé que pour la défense de la foi et de la chrétienté.
Cette apologie, dans laquelle Calixte se félicitait d'avoir sauvé l’Europe, ressemble trop peut-être à celle de cet ancien Romain qui, accusé d’avoir mal employé les deniers publics, proposa pour toute ré[K)nse de monter au Capitole afin de remercier les dieux des victoires qu’il avait remportées. Il faut avouer néanmoins que ce que disait l’apologiste de la cour pontificale n’était point dépourvu de vérité, et l'histoire doit louer le zèle que déploya le père des chrétiens pour arrêter les progrès de Mahomet et dérober une foule de victimes à la tyrannie des Ottomans.
Calixte ne cessait de solliciter les princes chrétiens de se réunir à lui ; il cherchait surtout à exciter contre les Turcs l’enthousiasme belliqueux de la France, a Si je suis secondé par les Français, disait-il a souvent, nous détruirons la race des infidèles. » Il n’épargna ni les prières, ni les promesses, pour engager Charles VII à secourir la Hongrie et à défendre les barrières de l’Europe. Il lui envoya cette rose d’or que les papes bénissaient au quatrième dimanche de carême