CHAPITRE III
DC I.A «CPCRSTITIOX ET DB LA MAGIE DAÜS LES CROISADES; DE LA CRÉDULITÉ DES CROISÉS.
ous avons souvent parlé dans notre Histoire des visions et dos miracles qui cnllauimaient à la fuis la dévotion et ^5 lit bravoure des croisés. Leur crédulité était excessive sans doute , mais il faut avouer qu’elle n'avait rien de vulgaire. Un tremblement de terre, une aurore boréale, une comète chevelue, une éclipse de lune ou de soleil , étaient à Icin's yeux des avertissements ou des signes par lesquels Dieu leur manifestait sa volonté. Dans les périls de la guerre , souvent ils croyaient voir les saints et les anges descendre du ciel et se mêler dans leurs rangs pour combattre les ennemis de Jésus-Christ. Les pèlerins s’étaient persuadé, comme nous l’avons dit , que la puissance divine devait sans cesse inten'enir pour la cause qu’ils défendaient ou qu’ils croyaient défendre, et cette persuasion suffit pour nous montrer ce qu’il y avait de noble et d'élevé dans leur superstition.
Lorsqu’on a lu avec attention l'histoire des croisades, on s’étonne que la magie occupe une si grande place dans la Jcritsalem délivrée. Nous allons rappeler ici tous les faits qui peuvent avoir donné au Tasse la pensée d’employer ce genre de merA’cilleux. La plupart des chroniqueurs et même les romanciers du douzième siècle ' , s’accordent à nous parler de la mère de Kerbogath, sultan de Mossoul. Cette princesse, nous disent-ils , qui avait vécu plus d’un siècle, se vantait de connaître l’avenir; elle vint annoncer à son fils les malheurs qui le menaçaient s’il combattait les croisés. Celui-ci lui demanda comment elle savait qu’il allait être vaincu et qu’il devait mourir dans
■ Tmlctmdc, tlijmiand d'Agilci, Robert It Moine, l'onlcur di Ronua de Codtfrof, etc. [Biili». lUqiu éet Crtluida).
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l’année : a J’ai contemplé , répondit-elle , le cours des astres , j’ai « interrogé les entrailles des animaux, et j’ai pratiqué des sortilèges. » Comme elle insistait sur sa prédiction : a Ma mère, répliqua le fa- « roiiche Kerbogath , ne me parle plus ainsi , car les Francs ne sont Il point des dieux , et je veux les combattre. » Le signal d'une bataille fut donné, et la princesse rtiusulmanc alla cacher son désespoir prophétique dans les murs d’Alep. Plusieurs historiens rapportent un autre fait de la même époque. Pendant le siège de Jérusalem, deux femmes se montrèrent sur les remparts de la ville , et par des signes mystérieux elles entreprirent de détruire l’effet terrible d’une machine des chrétiens, o Lorstiu’elles commençaient leur profane conjuration, « dit une chronique, une énorme pierre lancée par la machine les O renversa à terre, et leurs âmes furent renvoyées aux enfers, d’où « elles étaient sorties » Le dernier exemple que nous offre l’histoire se rapporte aux jours qui précédèrent la bataille de Tibériade. Une esclave syrienne , montée sur une ânessc , fut surprise invoquant contre l’armée chrétienne la puissance des sortilèges et des malétices. Interrogée, elle ne dissimula point son projet criminel : on la jeta au milieu d’un bflcher, d’où elle sortit sans être atteinte par les flammes ; on finit par la tuer à coups de hache’*. Voilà les seuls exemples de magie qui nous aient été rapportés par les historiens des croisades. Nous laissons à nos lecteurs le soin déjuger si le chantre de Godefroy a passé les bornes de la vraisemblance dans la peinture, si poétique d’ailleurs, qu’il fait des charmes d’Isniène et des enchantements d’Armide.
Nous lisons dans Odon de Deuil que les croisés allemands, ayant vu à Nicopolis un homme qui jouait avec des serpents, le prirent pour un magicien et le mirent en pièces ’ , ce qui prouve au moins que les soldats de la croix ne respectaient guère la magie ni ceux qui l’exerçaient. Gilon, auteur d’un poème historique sur la première croisade , nous apprend qu’au siège de Nicée les croisés firent une procession autour de la ville en jetant de Teau bénite sur les remparts. Les musulmans cnirent que les assiégeants voulaient s’emparer de la place par la magie , et firent une sortie pour arrêter les effets du sortilège. Le poème ajoute que les chrétiens furent très-
* nafmoDd d' Agiles {Dibliothèqitc des Croisades),
* Bernard le Trésorier {BihlMIUque des Croisades^
* Odeu de Deoli [DibUothigae des Croisades),