‹ Histoire des croisadesChapitre 55 sur 213 · LIVRE VINGT-ÜNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-ÜNIÈME

Nos chroniques latines invoquent quelquefois le témoignage des prisonniers musulmans, lorsqu’elles racontent l’apparition des saints et des habitants du ciel ; mais il est évident que les captifs livrés à la merci des chrétiens voulaient flatter la crédulité de leurs vainqueurs. Ainsi , après la bataille de Dorylée, les Turcs qui étaient au pouvoir des Francs disaient avoir vu la milice céleste combattre avec les soldats de la croix. Au siège de Damiette, les infidèles faits prisonniers à la tour du Nil demandèrent à voir les hommes vêtus de blanc et do rouge qui les avaient combattus avec un courage surnaturel et des armes inconnues. Les assiégeants jugèrent par là que la milice du ciel s’était mêlée aux soldats chrétiens, et celte pensée les remplissait de joie*. Le traître Phirous, qui livra Antioche aux croisés, cherchant à obtenir la confiance de Bohémond , lui demanda un jour où était campée cette troupe miraculeuse qu'on voyait souvent combattre avec les Francs. Si on en croit le moine Robert , le prince de Tarente fut embarrassé de ces questions, et renvoya Phirous à son chapelain, qui lui expliqua comment les saints et les anges descendaient du ciel pour secourir les soldats de Jésus-Christ Toutefois quelques-uns de nos chroniqueurs reprochent aux musulmans leur incrédulité. Peu de jouis avant la bataille d'Antioche, une flamme céleste étant tombée dans le camp des Turcs , les chrétiens y virent un signe miraculeux de la puissance divine qui se déclarait en leur faveur, a Si les a païens , dit à ce sujet l'abbé Guibert , avaient eu la moindre intelliagcnce des choses de la terre et des choses du ciel, ils auraient (< compris que Dieu leur annonçait sa colère, d Un autre chroniqueur , Robert le Moine, qui se trouvait au siège d'Antioche, ajoute qu’un grand nombre de musulmans furent véritablement frappés du sinistre présage, mais qu'il y avait parmi eux une foule d’insensés qui s’obstinaient à ne point voir le miracle. Ainsi les croisés croyaient à tous les prodiges, et leur superstition naïve ne s'étonnait que d'une chose, c’est qu’on ne partageât point ses illusions et qu’on ne se laissât pas persuader comme elle.

Au reste, la crédulité des pèlerins les rendit quelquefois plus faciles à gouverner et à conduire; elle aida les chefs à maintenir la discipline, elle servit à relever le courage abattu des soldats. Lorsque les croisés

* Mémorial dos podesUU de Reggio [BihUothéquê iti Croiudti ).

’ Voyea ce dialogue Idrt eaiieiix entre PUroos et Bobétnond, dans Robert le Mirine. iis Croisêdes.

eurent perdu l’évéque du Puy , qui les conduisait comme un autre Moïse, leur dévotion superstitieuse crut souvent le revoir au milieu des pénis. Les chroniques rapportent qu’il apparut au siège de Marab, au siège d’Archas, et que dans le dernier assaut livTé à Jérusalem l’ombre du pontife animait du haut des remparts la bravoure des guerriers de la croix *. Pour avoir une idée des prodiges que pouvait enfanter la crédulité passionnée des pèlerins, on n’a qu’à se rappeler la situation désastreuse des croisés enfermés dans Antioche ; ils se persuadèrent que les puissances du ciel venaient à leur secours; une lance découverte miraculeusement leur parut une arme invincible que Dieu lui-méme leur envoyait pour disperser leurs ennemis; fortifiés par cette croyance, ils triomphèrent à la fin de la famine, du désespoir et de la multitude innombrable des musulmans. Que le sort de la guerre place dans la même position une armée composée de soldats plus éclairés et moins crédules, ils ne seront frappés que de l'impossibilité de se sauver, ils ne croiront qu’à la nécessité de mourir, et ils périront tous misérablement. Celle considération ne doit-elle pas faire pardonner aux soldats de la croix leur excessive crédulité ?

CUAPITRE IV.

SABBABie DES FDA1ICS DAM LES CBOUAOBS; MOeOBS BT MOBALE DES CBOIsis.

i-ri.s que soient le but et l’esprit d’une guerre, c’est * rarement au milieu des camps et dans une multitude

sons les armes que les hommes deviennent meilleurs ' ^ et que la morale voit triompher ses étemelles maximes, fcîï. -2^) î.e.s croisés étaient si [lersuadés que la guerre sainte pouvait leur tenir lieu de toutes les vertus, qu’ils se livrèrent souvent aux plus grands excès, dans la pensée que Dieu devait tout leur pardonner ou tout leur permettre. Nous avons vu plusieurs fois des bandes de pèlerins dévaster les pays qu’elles traversaient, et, chargés de dépouilles , poursuivre leur route, en répétant le provetite de Salomon :

< {Ujmoed d'AeUes du Crouaitt).

Digilir'"

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