‹ Histoire des croisadesChapitre 56 sur 213 · LIVRE VINGT-ÜNIÈMK · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-ÜNIÈMK

Le bien du pécheur est réservé à l'homme juste. Attachés exclusivenicnt aux pratiques les plus minutieuses de la dévotion, ils les mettaient beaucoup au-dessus de la morale évangélique. Aussi Albert «l’Aix , en parlant de quelques croisés qui se livraient au brigandage dans la Hongrie, les accuse sans amertume d’avoir enlevé les bœufs elles moutons des habitants; mais ce qu’il ne leur pardonne {>oint, c’est d’avoir mangé de la chair de ces animaux dans les jours que l’Église a consacrés à l’abstinence Dans cette guerre d’extermination , l’histoire a trop souvent à déplorer l’oubli du droit des gens, le mépris des lois de la justice et de la foi jurée. Les chroniques contemporaines ne nous parlent de Phirous, qui livra Antioche aux chrétiens, qu’en appelant sa trahison une trahison brave, et luimême un brave trailre. La haine qui animait les croisés contre les musulmans , jointe au sentiment des maux qu’ils avaient soufferts , ensanglanta souvent leurs triomphes. Us oubliaient tellement la morale du Sauveur des hommes, que le sang de leurs ennemis leur paraissait une offrande agréable à Dieu; au milieu des scènes du carnage, ils se croyaient à l’abri de tout reproche, en appelant les musulmans des chiens immondes; et, lorsque le glaive avait moissonné la population désarmée des villes musulmanes , ils répétaient avec joie : ont été purifiées les demeures des infidèles^.

Les Grecs, qui avaient vu si souvent les croisés traverser leur territoire et qui eurent tant à souffrir de leurs violences, ne les épargnent pas dans leurs chroniques, a Que de maux, disaient-ils, nous a ont faits ces Latins avec leur collier d’airain, leur sourcil élevé, leur a barbe rase, leur esprit superbe, leur caractère inhumain, leurs na- « rincs où respire la colère, leur parole brève et animée! » Les Grecs jugeaient ainsi les Latins avec sévérité non-seulement parce qu’ils avaient été en butte ù leurs excès, mais encore parce qu’ils se croyaient beaucoup au-dessus d’eux par leurs lumières. Les Turcs, qui ne croyaient point à leur propre supériorité, ne jugeaient ni la conduite, ni le caracli-re des pèlerins de l’Occident : comme tous les barbares, ils ne méprisaient que la faiblesse qu’ils pouvaient opprimer, et n’estimaient que la force qui pouvait les vaincre ; ils n’éprouvaient d’autre sentiment que la haine des chrétiens, la crainte du péril ou l’orgueil de la victoire.

' Albert d’Alx {Bi^Octhè^ue de* Croisades),

* Ilobcrt le Moine [BUiHoilUgue de* Croisades),

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Lorsque, dans la première croisade, les musulmans, vaincus et dispersés par les Francs, n'avaient plus, selon l’expression orientale, d’autre asile que le ventre des vautours et le dos de leurs chameaux, ils déploraient ainsi leurs défaites : a Quel peuple pourra résister à (( une nation si opiniâtre et si cruelle, qui n’a pu être détournée de a ses entreprises ni par la famine, ni par le glaire, ni par la présence a de la mort, et qui se nourrit maintenant de chair humaine? ' n

Ce qui peut excuser la barbarie des croisés, c’est qu’elle se trouve souvent jointe à des qualités sociales qui promettent un âge meilleur; aux scènes les plus révoltantes se mêlent sans cesse des tableaux sur lesquels l'imagination aime à s’arrêter. Si les croisés se montraient barbares envers leurs ennemis, ils furent souvent admirables dans leurs rapports entre eux, et l’histoire contemporaine se plaît à nous rappeler l’esprit de justice, la charité évangélique, les nobles sentiments qui animaient les pèlerins sous les drapeaux de la croix. « Si « un des croisés, dit Foulcher de Chartres, perdait quelque chose, « celui qui l’avait trouvé le portait avec lui pendant plusieurs jours, « jusqu’à ce qu’il l’eût rendu de son plein gré, comme il convient à « des hommes qui ont entrepris le saint pèlerinage » C’est ainsi que se montrèrent les armées de la croix aux sièges de Kicée, d’Antioche et de Jérusalem. La troisième croisade offrit souvent le même spectacle; le chroniqueur Ansberg, qui accompagnait Frédéric l, parle ainsi des croisés allemands : a On ne peut dire assez de quelle « manière admirable régnaient dans cette armée la paix et la bonne a foi. Si quelqu'un, ce qui arrivait souvent, avait laissé tomber ou a perdu par négligence une bourse pleine d’or et d'argent, celui qui « l’avait trouvée la montrait partout , cherchant à qui elle apparte- « nait, et la rendait aussitôt, sans que le nombre des pièces ou le « ]H>ids de la monnaie fût en rien diminué » Ce respect de la propriété, cette probité scrupuleuse qui dirigeaient la multitude confuse et misérable des pèlerins, doivent exciter quelque surprise dans nos sociétés modernes. Nous avons fait remarquer qu’au milieu des plus affreuses disettes, le peuple des croisés, vivant de racines et de l’herbe des champs, ne portait point envie a ceux qui avaient des vivres, et qu’il resta toujours calme et soumis aux lois, à l’aspcctdes

I Raynoml d'Agiles [BibliofhtqHe det Creisadet),

* Foulcher de C\\2rircs[Di!fliotiiéqHC des Crdsadis).

* KoiheTi [Biblioik^qiu dei Croitades)*

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