‹ Histoire des croisadesChapitre 57 sur 213 · LIVRE VINGT-UNIËME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIËME

provisions entassées par l’avarice. Il y avait des changeurs de monnaie à la suite des armées : Odon do Deuil, qui suivit Louis VII en ■Asie, nous apprend que les tables des changeure furent livrées au pillage sous les murs de Constantinople ; mais nous ne voyons point que ce désox’dre se soit renouvelé dans les autres expéditions. Nous ne trouvons pas dans les chroniques le moindre indice d’une insubordination ou d’une révolte occasionnée par l’excès de la misère, et ce fut là un des prodiges de la guerre sainte*.

Les croisés ne surent pas aussi bien se préserver de la débauche et des vices enfantés par le climat d’Orient. On sait que tous ceux qui prenaient la croix n’allaient pas à Jérusalem pour faire pénitence et sanctifier leur vie. Un grand nombre de cénobites, malgré les défenses du pape, avaient déserté leur cloître, et les vertus de la solitude ne les suivaient pas toujours dans leur pèlerinage en Orient. On se rappelle l’exemple de ce moine qui, pendant le siège d’Antioche, fut surpris avec une religieuse , marqué d’un fer chaud et pi-omené dans tout le camp en punition de son crime. Albert d’Aix nous parle d’une religieuse de Trêves qu’on accusait d’avoir eu un commerce infâme et abominable avec vn Turc, et qui, après être revenue air camp des chrétiens, retourna chez les infidèles, entraînée par sa honteuse passion -.

Si les moines avaient pris le chemin de Jérusalem pour s’affranchir de la discipline, beaucoup de laïques s’enrôlaient sous les bannières de la croix dans l’unique dessein de se dérober aux devoirs et à l’uniformité de la vie domestique. Dès le premier temps des guerres saintes, les docteurs de l’Église condamnaient le mari qui partait pour l’Orient sans le consentement de sa femme, ou l’épouse sans le consentement de son mari. Mais on ne tarda pas à se relâcher de cette morale sévère, et le saint-siège lui-même, dans la crainte de voir diminuer le nombre des pèlerins, laissa toute liberté aux époux qui prenaient la croix. Ainsi les mœurs de la famille ne furent point défendues contre les séductions d'une longue absence et les dangers d’un voyage lointain.

La présence des femmes dans les croisades fut une des causes de la corruption qui régna souvent parmi les soldats chrétiens. Gauthier

' Le sent exemple d’an désordre ocrasloDBé (<ar la famine entlleo aailégc de Piolémals. noire cxlrait de GaoUiier Violsaor, BiHMhiqut

* Albert ie$ CraÎMifet).

Vinisauf regarde les femmes, dans ces expéditions lointaines, comme la source de tous les crimes, fontes detictorum On lit dans une lettre écrite par 1e frère Louis Marcilli à une demoiselle nommée Domicilia, que le diable n’avait jamais entendu prêcher une chose qui lui fit plus de plaisir qu’une croisade; «car dans le pèlerinage de « la croix une foule de nobles dames allaient devenir courtisanes, et « des milliers de jeunes filles allaient perdre leur innocence » Les chroniques attribuent presque toujours les malheurs des croisés à la justice de Dieu, qu’avait irrité la licence des mœurs. Plusieurs fois les évêques défendirent le pèlerinage aux femmes de leurs diocèses, à cause des péchés qui se commettaient sur la route d’Orient. Un roman en vers du treizième siècle nous apprend que le chevalier de Coucy se décida à prendre la croix, parc» que la bella Gabrielle. de Vergy devait aller dans la Palestine. «Quand vous serez en Orient, « disait l’écuyer Gobert à son maître, vous verrez votre dame plus « facilement que dans le comté de Faycl’. »

Nous ajouterons que la corniption ne venait pas toujours des femmes (|ui suivaient les armées. Dans les incursions des croisés les femmes des ennemis devenaient une partie du butin; les vainqueurs les gardaient avec eux ou les vendaient comme esclaves. Si nous en croyons les auteurs arabes, trois cents femmes achetées dans les lies voisines, débarquèrent tout à coup au camp de Ptolémaïs. On doit croire que Louis IX ne laissa pas embarquer sur sa Hotte des femmes de mauvaise vie; mais il faut se rappeler que Guillaume Longue-Épée avait surpris dans un ch&tcau près d’Alexandrie un grand nombre de dames musulmanes qu’il emmena en triomphe à l’armée chrétienne, et ce fut sans doute avec cette espèce de butin qu’on remplit les lieux de prostitution établis, selon Joinville, à un jet de pierre de la tente du roi *.

Cependant les armées de la croix nous offi«nt souvent le modèle des mœurs chrétiennes. Dans cette multitude de pèlerins où le crime et la vertu étaient également accueillis, il devait se trouver de trèsgrands contrastes. Nous ferons remarquer d'ailleurs que les croisés, comme tous les hommes qu’animent des passions vives, passaient

* Csulliier VInisaaf {Bibliotki^iudei Crotssdu),

* Eilraii d'une lellre du Tasse.

* Eiinil di roman du cUlelaln de Code; {BiUUkipu des CnUaduï.

* Vojci le XVla iiere de noire Ulsulre.

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