‹ Histoire des croisadesChapitre 62 sur 213 · CHAPITRE Vr · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vr

DIVERTIS8EIIF.XT8 DES CBOIStS.

iBciLB s’arrête dans son cinquième livre pour décrire les jeux et les solennités qui rappelaient aux Troyens, errants sur les mers, les souvenirs touchants de la patrie. .\insi l'histoire nous représente les croisés conservant dans leur pieux exil les mœurs, les coutumes, les chagrins, les joies et jusqu’aux amusements des foyers domestiques. Les chroniques nous disent que les barons et les chevaliers de l’Occident s’étaient fait suivre en Asie du luxe et des plaisirs de leurs châteaux'. On se rappelle que leurs chiens et leurs faucons moururent de soif et de chaleur dans la Phrygie brûlée ; et cette perte, au milieu des malheurs de la guerre sainte, n'élait pas ce (|ui affligeait le moins les nobles pèlerins. Les relations contemporaines sont aussi fidèles â décrire les combats livrés aux bêtes fauves que les batailles contre les musulmans. Tanlût c'est Godefroy qui triomphe d’un ours formidable dans

’ L’anonyinc de HabUlOB, Albert d'Aii, eic. ( ie» Crw'mlee).

les Iwis de la Cilicie ' ; tantôt c’est Richard Cœur-de-Lion qui dans les montagnes de la Judée soutient un combat contre un sanglier plus terrible que celui de Calydon*. Les daims et les gazelles du Carmel, du Silo, du Liban, furent souvent effrayés dans leurs retraites par 1* bruit des armes, et tombèrent sous les coups des guerriers venus de la France, de l’Allemagne ou de la Norwége*. Ni les fatigues du pèlerinage, ni les périls de la guerre, ne pouvaient détourner les chevaliers et les princes de leur passion favorite. Nous avons vu que le roi d’Angleterre fut sur le point d’étre pris par les infidèles , lorsqu’il chassait avec plusieurs croisés dans la forêt d’.\rsur ou de Sichem *. Un auteur allemand. Mutins, prétend que Frédéric Barberousse voulut connaître les bêtes fauves de l’Arménie, et que, s’étant fatigué à les poursuivre à travers les montagnes de Séleucie, il se baigna dam le fleuve S»ilcf,oîi il trouva la mort. Une chronique rapporte qu’avant le combat où il fut tué, Roger, prince d’.Antioche, parcourut les plaines et les montagnes voisines d’Apamée, prenant des oise-aux avec ses faucons et formant des quadrupèdes avec ses chiens’.

La chasse n’était juis le seul amusement des croisés ; la passion du jeu n’avait pas moins d’attraits pour les chevaliers de la croix, et celte passion était commune aux Francs et aux musulmans. On sait que le prince de AIossoul jouait aux échecs quand les croisés sortirent d’Antioche pour lui livrer la bataille où son armée fut détruite. Les chroniques du temps nous apprennent qu’après la prise d’.Vntiochn par les chrétiens, on ne trouva dans la place que de la ciguë, du cumin , des jeux de dés et d’autres jeux de hasard °. Pour connaître jusqu’à quel point les croisés portèrent souvent la passion du jeu, il suffira de lire les règlements publiés dans différentes croisades. » Nul, « dans toute l’armée, dit un de ces règlements rapporté par Bromp- « ton, ne pourra jouer de l’argent à aucune espèce de jeu, excepté « les chevaliers et les clercs, qui ne pourront perdre que vingt sous « dans tout le jour et dans toute la nuit. » Les ecclésiastiques et les chevaliers qui perdaient plus de vingt sous d-ins un jour, devaient payer une amende. Il n’y avait que les rois qui pussent jouer selon

' Albert d'AU, Gaillaoine de Tfr. Collection de Bongan da Croisêda),

’ Gsulhier U ebrooique anglaise {Dültoihiquc de* Cr9i*êde$),

* Albert d’Aix {Biyiioihique de* CroUade*),

* Gaolbier ViniMof {Bibliotkèqve de* Crtiatuie*).

^ Gaiitbicr le cbancelicr [BiMiolhègne des Croitedes).

* Albert d'Aix {Bibliothèque de* Croiséde*),

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