‹ Histoire des croisadesChapitre 63 sur 213 · LIVRE VINGT-ÜNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-ÜNIÈME

leur bon plaisir. Les simples croisés qu’on surprenait jouant entre eux, étaient dépouillés de leurs vêtements, battus de verges au milieu de l’armée pendant trois jours. Si les coupables appartenaient au service de la mer, on les précipitait trois fois du haut d’un navire dans les flots*.

On se rappelle qu’après la conquête de Constantinople, les simples chevaliers jouaient aux dés les cités et les provinces de l’empire grec Les compagnons de saint Louis, pendant leur séjoiir h Damiette, jouaient jusqu’à leurs chevaux, jusqu’à leurs armes. 11 n’était point de misère que le jeu ne fit oublier aux croisés. Après la captivité du roi de France en Égypte, et pendant que les débris de l'année chrétienne revenaient par mer à Ptolémaïs, le comte d’Anjou et le comte de Poitiers jouaient aux dés dans le vaisseau du roi. Joinville, qui était présent, nous rapporte que Louis IX , plein de colère, renversa la table du jeu, s’empara des dés et jeta tout à la mer.

Parmi les divertissements des soldats de la croix lorsqu’ils marchaient à la conquête de l’Asie, nous ne pouvons oublier les réjouissances tumultuenses et quelquefois immodérées de la victoire. Quand ils furent maîtres de la capitale de la Syrie, les croisés, si l’on en croit l'histoire contemporaine, passèrent trois jours et trois nuits au milieu des festins et des danses avec les femmes des musulmans’.

On sait qti’après la prise de Ptolémaïs les pèlerins se décidèrent avec peine à suivre Richard s’avançant vers Juppé, parce que la ville conquise renfermait du vin en abondance et qu’il s’y trouvait beaucoup de belles femmes Lorsque Richard eut pris une caravane venant du Caire, on célébra cette riche conquête par des feux de joie, par des hymnes et par de nombreux banquets où la chair blanche du chameau paraissait délicieuse aux soldats de la croix. Dans le même temps, les croisés français ne quittaient point la ville deTyr, et se livraient aux plaisirs de la paix, se couronnant de fleurs, étalant en public leurs colliers dorés, leurs manteaux retenus par des agrafes d’argent, et passant les nuits dans la joie bniyante des tavernes

Les tournois, quoiqu’ils eussent été défendus à plusieurs reprises par les papes, devaient surtout occuper les loisirs des guerriers de la

' Broapton ( Bihliotkiqne Croitédes ).

’ NicéUs, Coilect. des chroniqoes greeqoes ( Bikiiolkique dftCroiiêdeê)^

* RapDond d’ Agiles ( it» CroiftiHei),

* Gaalbier Vinisaof {BiMotkfqëedisCnisûâeê),

* Gaolbier Vinisaaf ( BiUMk^tte dtt

croix. Nous .^vo^s vu, .lu milieu des misères du siège d'.Antioche, les elievaliei-s et les barons donner aux ambassadeurs du Caire le spec- (acle de leur adresse et de leur force dans des joules et des courses cbcvaleres(iues. Ils faisaient voltiger en tournoyant leurs chevaux agiles; ils représentaient l’image des combats en courant avec leurs lances les uns sur les autres. Leur exercice favori était la quintaine : on plaçait sur des pieux fortement plantés en teiTO tm mannequin couvert de l'armure et des vêtements d'un guerrier; sa main droite étendue tenait un bouclier, sa main gauche une épée ou un bâton. Les c<ivaliers, dans leur course rapide, devaient frapper le mannequin à la poitrine; si le coup portait à droite ou à gauche, l'image du guerrier, lournanl sur elle-même, frappait de son bouclier ou de son épée le cavalier maladroit, que poursuivaient les huées de la multitude '.

Pour les pèlerins, qui n’avaient jamais quitté leur pays, tout devait être un sujet de curiosité et de surprise. L’histoire du temps a pris .soin de nous dire avec quel étonnement, avec quelle joie ils contemplaient la ville de Byzance et les riches cités de l’Orient’*. S’ils offrirent (|uelquefois aux nations étrangères le spectacle de leurs jeux et de leurs fêtes, ils partagèrent quelquefois aussi les plaisirs et les divertissements des Orientaux. Lorsque le roi tle Norwégc, Sigurd, revenait de la terre sainte, l'empereur de Constantinople fit représenter devant lui des jeux que les Grecs appelaient pndrémiques, et dans lesquels les guerriers du Nord virent les dieux et les héros d’Homère SC mêlant ensemble sur le champ de bataille. Des feux semblables aux feux du tonnerre tombaient du haut des airs, éclataient avec fracas dans l’arène di’S combattants, tandis qu’on entendait au loin les sons harmonieux des lyres et des cithares. L’historien qui décrit ces jeux héroïques ajoute que des gueiTiers soutenus par une divinité tutélaire défendaient dans la mêlée la gloire de la nation grecque, et que la multitude qui assistait à ce spectacle y voyait les destinées futures de l’empire”.

Les chroniques arabes nous parlent de certaines femmes musulmanes qu’on élevait pour danser et se donner en spectacle à la cour

' Robert le Moine. >a d'Aniiocbe.

’ Foulcbcr de Chartres. Odon de Deuil {BiHioikè^ue àt* Cr^ta»Ui],

> Torlccus. Cet historien de Norwé^e. en parlant do pèlerinage de Sigord, dit qne ee prince, b aoQ retour de la terre sainte, passa è Consuntlnople, o<i Temperear grec lui proposa six talents d'or ou le spectacle du jeu padrèmiqne. U même offre avait été faite au roi Eric, de Daneniarck, lors* qu'il alla visiter les saints lieux. Rric préféra les talents d*or ; Sigurd aima mieux voir le )ea padee • nuque dont Torferus donne une description qui aurait besoin de commentaires.

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