LIVRE VINGT-UNIEME
dos sultans et des émirs * : Thistoire nous dit que ce genre de spectacle ne trouva pas tous les croisés indifférents. Richard de Cornouailles, frère de Henri III , ramena avec lui en Angleterre plusieurs de ces femmes musulmanes, dont on admirait la souplesse élégante, et qui, sans perdre leur équilibre, s’accompagnant de la cymbale, dansaient sur les boules d’acier avec la légèreté des vents
Dans la troisième croisade, où les Francs et les musulmans restèrent si longtemps en présence, les guerriers chrétiens étalèrent souvent devant leurs ennemis la pompe et les solennilés des fêtes militaires de l’Europe. Les musulmans et Saladin lui-méme prirent quelque part à ces jeux de la chevalerie chrétienne; un neveu du sultan fut reçu chevalier par Richard, en présence mémo de l'armée des croisés, qui campait près d’Ascalon. Dans les jours consacrés à célébrer la gloire de la chevalerie, on dut voir tout à la fois les cérémonies et les exercices belliqueux de l’Orient et de l’Occident =‘.
Si nous en croyons un passage de l’historien Brompton , les compagnons de Richard ne se livraient pas toujours à des exercices aussi nobles que les tournois. Plusieurs seigneurs anglais et français étaient sortis de Messine pour se livrer à leurs jeux accoutumés, et, rentrant dans la ville , ils rencontrèrent la voiture d’un paysan qui portait au marché des cannes et des roseaux. Tout à coup les plus nobles chevaliers de la France et de l’Angleterre s’emparèrent de cette voiture de paysan. Les cannes qu’ils y trouvent deviennent comme des lances, avec lesquelles ils s’attaquent et se poursuivent dans les mes et sur les places publiques ainsi tout ce qui ressemblait à un combat plaisait à des guerriers venus de si loin pour montrer leur valeur. Dans ce combat, qui eut toute la ville de Messine pour témoin, on s’attaqua d’abord en se jouant, on se disputa ensuite très-sérieusement la victoire. Le roi d’Angleterre eut la honte d’étre vaincu par Guillaume des Barres; et tel fut le dépit de Richard Cœur-de-Lion, que le roi do France et tous les barons français le sollicitèrent en vain de pardonner à celui qui l’avait désarmé dans ce singulier exercice , grossière et misérable image de la guerre.
• Extraiis desaotenrs arabes, g 77 {Bibllolhèque des Croisades). Il nous reste des vases musulmans, coniCDiporains des croisades, où des courtisanes d'Orient sont représentées au milieu de leurs danses voluptueuses. (Voyez la Description des monuments musulmans du cabinet de M. le duc de Bîaeas. par M. Rcinand, t. !J, p. *37.)
• Mathieu Piris ( Bibliolhtque des Croisades ).
• Gauthier Vinisanf {Dibliolhèque des Croisades).
‘ Brompton, Collection des chroniques anglaises [Bibllotkiqne des Croisades).
Dans la croisade de Frédéric II, l’histoire nous représente des amusements plus graves, plus dignes des rois et des princes. Le sultan d’Ëgj'pte et l’empereur d’Allemagne, tous deux cultivant la poésie, tous deux avides de savoir, employaient leurs loisirs et leur temps à étudier les mœurs et le caractère de leurs peuples divers; et, tandis que 1a guerre menaçait d’éclater autour d’eux, ils s’informaient, dans leurs messages pacifiques, des lois, de l’industrie, des productions de l’Asie et de l’Eui-opc. On lit dans les historiens arabes que ces deux princes s’adressaient, tour h tour, des problèmes de géométrie h résoudre ' , comme au temps de Salomon les rois d’Orieiit s’envoyaient des énigmes ou des allégories dont ils devaient chercher le sens et la morale.
Des troubadours et des ménestrels se mêlèrent quelquefois à la multitude qui partait pour les croisades. Les chroniques nous disent i
que dans la première guerre sainte on fit des chansons sur le chaix:- |
lain du duc de Normandie et sur scs deux nièces qu’il avait amenées avec lui en Orient Guillaume, duc de Poitou, célébra scs déplorables aventures en Asie , dans des vers inspirés pai’ le génie du gai savoir. Après la prise de Ptolémaïs, Ilichai-d avait composé des vers satiriques contre le duc de Bourgogne ; celui-ci , qui se piquait aussi d’ôtre poète, répliqua par une chanson où la reine Bérengère et les princesses qui accompagnaient Itichurd n'étaient point épargnées’.
Nous n'avons pas besoin de dire qu’on ne perdit jamais l’habitude de ]
chanter dans les croisades où se trouvèrent des Français. Le roi de Navarre, qui avait lui-même j)rôché dans ses vers l’expédition dont il était le chef, fut suivi en Palestine par un grand nombre de chevaliers, troubadours* comme lui. Quol(|ues-uncs des chansons qu’ils composèrent dans la croisade, sont arrivées jusqu’à nous. Il y règne en général un sentiment do tristesse et de mélancolie qui prouve que j
ces chants étaient moins faits pour amuser que pour consoler les I
pèlerins’. Plusieurs des compagnons de Thibaut tombés aux mains des musulmans à la bataille de Gaza, chantaient, dans les prisons du
» Extraits des aoteoi^ arabes, § 78 {BihlMhèifuc des Croisedet).
* ItiTmond iTAgUes {nUfliothèçue àti Croisades).
* Gauthier VîDi&iuf Croisades),
* Noos emptojons le moi de irouhadours, parce qu'on désigne ainsi tous ceux qui faisaient alors des vers ou des chansons : les poètes dont il est ici qaesiion éiaieut, à proprement parler, de» trouvères.
* CuiitinaatioQ de GuUlaamede Tjrr, CoUecUun de Martcone {Bi^lioïkique des Croisadss),