‹ Histoire des croisadesChapitre 65 sur 213 · DES FF.IHMES DASS LES CROISADES · texte numérisé non relu

DES FF.IHMES DASS LES CROISADES

l'.vM) les peuples sc levaient tout entiers pour aller à la gueire sainte , les femmes devaient se trouver en grand nombre dans les camps. Il est bien difficile néanmoins de les suivre dans ce lointain pèlerinage ; car la plupart du temps liiistoii-e sc borne à dire qu’elles sont parties sous les bannières de la croix, les chroniqueurs n’en parlent que dans des circonstances extraordinaires , ou bien lorsqu’ils ont è décrire la coiTuption qui régnait parmi les pèlerins.

La première fois que nous trouvons les femmes sur le champ de bataille, c’est à Dorylée , où les épouses et les filles des chevaliers et dos barons, craignant de tomber entre les mains de l’ennemi, sc couvrirent de leurs diamants et se revêtirent de leur parure la plus brillante , avec l’intention de toucher et d’amollir le cœur dos barbares '. L’historien qui nous rapporte ce fait ajoute que, lorsque le danger fut passé, les femmes se jetèrent dans la méléc, apportant des vivres, de l’eau , des armes , sans doute pour faire oublier un moment de faiblesse et pour expier le tort qu’elles avaient eu de se parer pour les Turcs. Le trait qu’on vient de lire offre un grand contraste avec l’héroïque pudeur de ces religieuses de Sainte-Claire qui, lors de la prise et de la ruine de Ptolémaïs , se meurtrirent le fixint, ensanglantèrent leur visage, et se présentèrent ainsi au glaive des vainqueurs*.

Nous ne parlerons point ici de Florine, fille du duc de Bourgogne, qui mourut avec Suénon sur la route d’Antioche , ni de Marguerite de Ilainaut , qui parcourut l’Orient en cherchant son époux tombé sous les coups des Turcs, ni de la princesse Ida , qui disparut dans le tumulte d’une bataille et qui finit ses jours dans les harems du calife

‘ Alberl d’Aix. Vorn U) ODilime livre de noire Histoire.

’ Viito Darand, ColleclloR des etirooi^ods aUenaiides (BüllollUtiu iu Croieod» ).

<ie Bagdad*. Après la sixième croisade , la reine de Hongrie , épouse de Bêla, se voua au ser\’ice de Jésus-Christ, et resta dans la terre sainte. La femme de Thierri, comte de Flandre, ayant suivi son mari on Orient, voulut y mourir, et prit le voile à Béthanie

Lorsque après la prise de Jérusalem Guillaume de Poitou partait pow l’Orient , il fut suivi d’un grand nombre de femmes et de jeunes tilles. Albert d’Aix nous dit que les nobles dames de la France , de l’Allemagne et de l’Italie qui avaient pris la croix périrent misérablement dans l’Asie Mineure , abandonnées par leurs chevaliers , et tombées entre les mains des Turcs , que leur chevelure hideuse , leur barbe épaisse , leurs vêtements bizarres , rendaient semblables aux démons’. Un historien grec, qui parle du passage de Louis VII et de l’empereur Conrad à Constantinople, nous apprend que sous les drapeaux de la croix on voyait un bataillon de femmes couvertes de Icui's armes, qui avaient un commandant de leur sexe dont on admirait l’éclatante parure et qu'on appelait la dame aux jambes d'or*.

Trois grandes reines se rendirent en Orient pendant les cioisadcs, Éléonore de Guienne, Marguerite de France, et Bérengère de Navarre. Nous avons dit que |a cour de Richard , où se trouvaient la reine Bérengère et la fdle d'isaac , fut l’objet de quelques chansons satiriques qu’on répétait dans l’armée chrétienne*. On se rappelle que Marguerite se jeta à genoux devant son écuyer et le conjura de lui couper la tête si elle tombait entre les mains des musulmans '. Éléonore n’eut pas une aussi grande peur des Turcs. On sait quelles furent les suites de sa conduite pour elle-même et pour la France; après s’être séparée dans sa jeunesse d’un mari qu’elle avait accompagné à Jérusalem , nous la voyons dans un âge plus avancé gémir sur le sort d’un fils surpris cl jeté dans les fers lorsqu’il revenait de la terre sainte. Si cette princesse, comme épouse de Louis VH, laissa des souvenirs peu favorables à sa gloire , d'un autre côté , combien sont touchantes les lettres où la tendresse éplorée d’une mère demandait au saint-siége la liberté de Richard Cœur-de-Lion ’ !

' Albert d*Aix {Hmiothéqae 4e» Crci»ade»\

3 Chroniqoe bc>êe {Dihlioikèque de» Croi»ade»),

* Albert d’Aix (Biiiliothiqiie de» Croisade»)^

* diman, Coll, des clironiqoes grecques {BiAliotkiqiu des Croittde»)*

^ GaoUiler ViDlsaof ( BUdioikiqu de» Croitêde»),

JttiDvHIe.

' Voyez dans nos extraits des Actes de R;mer les lettres que Pierre de Blois écrivit 4 ce ssiet su ;a|>c CdcsUn U nom d’Êléonore {DMiotlUqMe de» Croitdda)

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