‹ Histoire des croisadesChapitre 7 sur 213 · LIVRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIEME

Il méditait de plus vastes projets, et, lorsqu’il arbora l’étendard du croissant au milieu des ruines de Sparte et d’Athènes, il tenait ses regards attachés sur la mer de Sicile, et cherchait une route qui pfit le conduire aux rivages d’Italie.

Le premier soin de Pie II fut de proclamer les nouveaux dangers de l'Europe. Il écrivit à toutes les puissances de la chrétienté, et convoqua ime assemblée générale à lilantoue pour délibérer sur les moyens d’arrêter les progrès des Ottomans. La bulle du pontife rappelait aux fidèles que l’Église de Jésus-Christ avait été souvent battue par la tempête, mais que celui qui commande aux vents veillait toujours à son salut. «Mes prédécesseurs, ajoutait-il, ont déclaré la guerre aux « Turcs par terre et par mer; c’est à nous maintenant de la pour- 0 suivre; nous n'épargnerons ni travaux, ni dépenses, pour une guerre < aussi utile, aussi juste, aussi sainte, d

Tous les États de la chrétienté promirent d’envoyer à Mantoue leurs ambassadeurs. Pic II s’y rendit lui-même; et, dans son discours d'ouverture, il s’éleva avec force contre l’indifférence des princes et des souverains; il montra les Turcs ravageant la Bosnie et la Grèce, prêts à se porter, comme un rapide incendie, sur l’Italie et sur l’Allemagne, sur tous les pays de l’Europe. Le pontife déclara qu’il ne quitterait point Mantoue avant que les princes et les États chrétiens lui eussent donné des gages de leur dévouement à la cause de la chrétienté; il protesta enfin que, s’il était abandonné des puissances chrétiennes, il se présenterait seul dans cette lutte glorieuse et mourrait en défendant l’indépendance de l’Europe et de l’Église.

Le langage de Pie II était plein de religion, et sa religion pleine de patriotisme. Lorsque Démosthène et les orateurs grecs montaient à la tribune aux harangues pour presser leurs concitoyens de défendre la liberté de la Grèce contre les entreprises de Philippe ou les invasions du grand roi, ils parlaient sans doute avec plus d’éloquence ; mais jamais ils ne furent inspirés par de plus grands intérêts et de plus nobles motifs.

Le cardinal Bessarion , que la Grèce avait vu naître et que l’Eglise de Ronîe avait adopté, parla après Pie II, et déclara que tout le collège des cardinaux était animé du même zèle que le père des fidèles. Les députés de Rhodes, de Chypre, de l’Épire, ceux de l’Illyrie, du Péloponèse et de plusieurs des contrées qu’avaient envahies les Turcs, firent devant le concile un récit lamentable des maux que souffraient

les chrétiens sous la domination des musulmans. Mais les ainbass.ndeurs des grandes puissances de l’Europe n’étaient point encore arrivés, et ce retard n’annonçait que trop l’indifTérence des monarques chrétiens pour la croisade. Les débats qui s’élevèrent ensuite sur les prétentions des familles d’Anjou et d’Aragon au royaume de Naples, enfin les disputes d’étiquette et de préséance qui occupèrent le concile pendant plusieurs jours, achevèrent de prouver que les esprits n'étaient point assez frappés des dangers de l’Europe chrétienne et qu’on ne prendrait pour les prévenir aucune résolution généreuse.

Le pape proposa de lever pour la croisade un dixième sur lc.s revenus du clergé, un vingtième sur les juifs, un trentième sur les princes et les séctdiers. Il proposa en même temps de lever une armée de cent mille hommes dans les différents États de l’Europe et de confier le commandement de cette armée à l’empereur d’Allemagne. Ces propositions, pour être exécutées, avaient besoin de l’approbation des souverains, et la plupart des ambassadeurs ne firent que de vagues promesses. On tint un grand nombre de conférences ; le concile dura plusieurs mois, et le pape quitta Mantoue sans avoir fait rien de décisif pour l’entreprise qu’il méditait. Il revint à Rome, d'où il écrivit de nouveau aux princes chrétiens, les conjurant de lui envoyer des ambassadeurs pour délibérer encore sur la guerre contre les Turcs.

Toujours poursuivi par la pensée de délivTer le monde chrétien et perdant chaque jour l’espoir d’ébranler l'Occident, il conçut l’idée bizarre de s’adresser à Mahomet II lui-même et d’employer toutes les forces de la dialectique pour convertir le prince musulman au christianisme. Sa lettre, qui nous a été conservée ' , offre un traité complet de la théologie et de la philosophie du temps. Le pontife oppose aux apôtres de l’islamisme l’autorité des prophètes et des pères de l’Église, l’autorité profane de Lycurgue et de Solon. Cherchant surtout à intéresser l’ambition de l’empereur ottoman, il lui proposait l’exemple du gi'and Constantin, qui obtint le sceptre du monde en recevant le baptême et en revêtant le signe sacré par lequel il lui était donné de vaincre. Le sultan n’avait qu’à reconnaître le Dieu d’où vient toute autorité, pour que les Abyssins, les Arabes, les mameluks, les Per-

* Cctie IcUre, de près de trente pages in-foUo, se (rooTe dans le recoeil des lettres de Pie 11, Ut« I, &« 390, et te lit aoasl dans Uajoaldi , ano. 1461 , d« 44 et suiv.

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