‹ Histoire des croisadesChapitre 8 sur 213 · LIVRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIEME

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fcans, tous les peuples de l'Asie, se soumissent à sa domination, cl, si l’inten’emion de la cour de Rome lui était nécessaire pour régneisur l’Orient, le chef de l’Église lui promettait le secours de ses prières et l'appui de la souveraineté pontificale.

Dans cette singulière négociation avec Mahomet II, le pape ne fui pas plus heureux qu’avec les princes chrétiens. Ceux-ci, qu’il engageait à défendre leurs propres Ëlats, lui répondaient par de vaines protestations; Mahomet, auquel il offrait la conquête du monde au nom du christianisme, se contenta de répondre qu’il était innocent de la mort de Jesus-Chritt et qu’il songeait avec horreur à ceux qui l'avaient attaché à la croix.

L’empereur ottoman venait de s'emparer de la Bosnie ; il avait fait périr dans les supplices le roi de ce malheureux pays, qui s’était soumis à ses armes. D’un autre côté, les Turcs ravageaient les frontières de rillyric et menaçaient Ragusc. L’étend.nrd du Croissant flottait sur toutes les lies de l’Archipel et de la mer d’Ionie. Les dangers de l’Italie et de l’Europe chrétienne devenaient chaque jour plus pressants. Le pape réunit son consistoire ', et lui représenta que le temps était venu d’arrêter les progrès des Turcs et de commencer la guerre sainte qu’il avait prêchée. u Le duc de Bourgogne, la république vé- 0 nitienne, étaient prêts à seconder .son entreprise. Taudis (|ue it\s a Hongrois et les Polonais s’apprêtaient à combattre les Ottomans sur O le Dniester et si>v le Danube, les Ëpirotes et les Albanais allaient « lever parmi les Grecs l’étendard de la liberté; en Asie, le sultan de a Caramanic et le roi de Perse devaient attaquer les Turcs et secon- 0 der les efforts réunis des chrétiens. » Le pontife déclara qu’il était résolu à marcher lui-même contre les infidèles. « Lorstpie les princes « chrétiens ven aient le vicaire de Jésus-Christ partant pour la guerre a sainte, n’auraient-ils pas honte de rester dans l'inaction? Chargé a d'ans et d'infirmités, il ii’avait plus que peu d’instants à vivre ; il a courait à une mort presque certaine, mais qu’importaient le lieu et « l'heure de son trépas, pourvu qu’il mourût pour la cause de Jésusa Christ et pour le salut de la chrétienté? »

Les cardinaux donnèrent un assentiment unanime à la résolution de Pie IL Dès lors, le pape s’occupa des préparatifs de son déport. Il adre.s.sa une exhortation à tous les fidèles pour les engager à le se-

* Ce e4»ijsioire eal litH en 14(3. GolicUii Persena H005 a eoasenré k discourt k pape y prooouça. lYojez liv. Xll.)

IV, t

ts HISTOIRE DES CROISADES.

coiMler dans ses desseins. Après avoir, dans cette exhortation ajiostoliquc, retracé avec une vive éloquence les malheurs et les périls de l’Église chrétienne, le pontife s’exprimait ainsi :

« Nos i>ères ont perdu Jérusalem et toute l'Asie ; nous avons perdu a la Grèce et une grande partie de l’Europe : la chrétienté n’est plus a que dans un coin du monde. En ce péril extrême, le père commun « des fidèles va lui-même au-devant de l’ennemi. Sans doute que la « guerre ne convient ni à la faiblesse des vieillards, ni au caractère « des pontifes ; mais, quand la religion est près de succomber, qui « pourrait nous retenir? On nous verra, pendant la combat, sur la « poupe d’un navire ou sur une colline élevée, donnant nos bénédic- « lions aux soldats de Jésus-Ghrist, invoquant pour eux le Dieu des a armées. Ainsi le patriarche Moïse priait sur la montagne et levait « scs mains vers le ciel, tandis qu’Israél combattait des peuples que « Dieu avait réprouvés. Nous serons suivi de nos cardinaux, d'un « grand nombre d’évêques ; nous marcherons, l’étendard de la croix « déployé, avec les reliques des saints, avec Jésus-Christ lui-même « dans son Eucharistie. Quel chrétien refusera de suivTe le vicaire de « Dieu, allant avec son sénat sacré et tout le cortège de l’Église à la « défense de la religion et de l’humanité ’

a Quelle guerre fut jamais plus juste et plus nécessaire? Les Turcs « attaquent tout ce que vous avez de plus cher, ce que la société « chrétienne a de plus saint. Si vous êtes hommes, devez-vous man- « quer de compassion pour vos semblables? Si vous êtes chrétiens, la « religion vous ordonne de porter des secoiu^ à vos frères. Si le mal- « heur des autres ne vous touche point, songez à votre propre salut, « prenez pitié de vous-mêmes. Vous vous croyez en sûreté, parce que U vous êtes encore loin du péril : demain le glaive sera sur vos têtes. « Si vous ne portez des secours à ceux qui sont devant vous, ceux Il qui sont derrière vous abandonneront aussi dans le danger.

B Vous sentez-vous la force de supporter l’opprobre et riiinnilia- « tion d’une domination barbare? restez dans vos demeures, atten- « dez-y vos ennemis ; altendez-y ces vils Asiatiques qui ne sont plus U même des hommes et qui ont l'insolente prétention de gonvemet H tous les peuples de l’Europe. Mais, si vous avez un coeur noble, un a esprit élevé, un caractère généreux, une ûme chrétienne, vous suia vrez les étendards de l’Église, vous nous enverrez des secours, vous B aiderez l’armée du Seigneur.

a Ceux qui nous aideront, Dieu les bénira ; mais ceux qui resteront « indifférents n'auront point de part aux trésors des miséricordes « divines. Que les méchants et les impies qui troubleront la paix a publique soient maudits de Dieu ! que le ciel fasse tomber sur eux O tous les fléaux de sa colère ! quMIs vivent sans cesse dans la crainte, € et que leur vie soit comme suspendue à un fil! Ni le pouvoir ni la « richesse ne les défendront pas ; les flèches du remords les attcina (Iront partout ; les flammes de l’abîme consumeront leur cœur. »

Le pontife adressait cette exhortation aux princes, à la noblesse et aux peuples de tous les pays. 11 indiquait la ville et le port d’Ancône comme le lieu où devaient se rendre les croisés. Il promettait la rémission de leurs péchés à tous ceux qui scr\’iraient pendant six mois à leurs frais , ou qui entretiendraient un ou deux soldats de la crobc pendant le même espace de temps. Il n’avait rien à donner dans ce monde aux fidèles qui prendraient part à la croisade ; mais il conjurait le ciel de diriger tous leurs pas , de multiplier leurs jours , de (îonserver, d’accroître leurs royaumes, leurs principautés, leurs possessions. En terminant son discours apostolique, il s’adressait au Dieu tout-puissant : o O toi ! qui sondes les reins et les cœurs, disait-il, tu a sais si nous avons d’autre pensée que de combattre pour ta gloire a et pour le salut du troupeau qui nous est confié. Venge le sang a chrétien qui coule sous le glaive des Turcs et qui de toutes parts c s’élève vers toi ! Jette un regard favorable sur ton peuple j conduisa nous dans la guerre entreprise pour le triomphe de ta loi ! Fais que « la Grèce soit rendue à ton culte et que toute l’Europe puisse bénir a ton nom ! n

Cette bulle du pape fut envoyée dans tout l’Occident et lue publiquement dans les églises. Les fidèles assemblés versèrent des larmes au récit des malheurs de la chrétienté. Dans les pays les plus éloignés des invasions des Turcs, et jusque dans les contrées du Nord, on prit la croix et les armes. Les uns se dirigèrent vers Ancône j les autres allèrent en Hongrie rejoindre l’armée de Mathias Corvin, prête à se mettre en marche contre les Turcs.

Le pape écrivit au doge de Venise pour le prier d’assister en personne à la guerre qu’on allait faire aux infidèles *. Il lui disait que la présence des princes dans les armées inspirait de la confiance aux

• La lettre da pape m doge de Venise est datée de Saint-Pierre de Rome , le VIII des calendes de novembre U63.

soldais et de la terreur aux ennemis. Comme le doge était avancé en Age, Pie II lui rappelait que lui-même avait les cheveux blanchis par le temps; que le duc de Bourgogne, qui promettait de suivre les croisés en Orient, avait atteint les jours de la vieillesse. Nous serons, ajoutait le saint-père, trois vieillards à la tête de Varmée chrétienne. Dieu se plaît au nombre de trois , et la Trinité qui est dans le ciel ne manquera pas de protéger cette trinité sur la terre.

Le doge de Venise hésitait h s’embarquer, mais comme l'État vénitien était en guerre avec Mahomet II et qu’il lui importait de confondre scs intérêts avec ceux de la croisade, le chef de la république fut contraint de suivre le pontife de Rome. Le duc de Bourgogne ne se disposait point à rejoindre l’armée des croisés. Le pape dans ses lettres lui rappela ses promesses solennelles. Il lui reprochait d’avoir trompé les hommes, d’avoir trompé Dieu lui-même * ; il ajoutait que son manque de foi allait jeter toute la chrétienté dans le deuil et pouvait faire échouer la sainte entreprise. Philippe, à qui Pic II avait promis le royaume de Jérusalem, ne put se résoudre à partir, dans la crainte de perdre ses États ; il se contenta d’envoyer deux mille hommes d’armes à l'armée chrétienne. 11 redoutait alors la politique de Louis XP, qui, étant dauphin , voulait combattre les Turcs, et qui, monté sur le trône, n’avait plus d’ennemis que ses voisins.

Pie II, après avoir imploré la protection de Dieu, dans la basilique des Sai nts- Apôtres , partit de Rome au mois de juin 1464. Atteint d’une fièvre lente et craignant que la vue de ses infirmités ne décourageât les soldats de la croix , il dissimula ses souffrances, et recommanda à son médecin de garder le silence sur sa maladie. Sur toute sa route, le peuple adressait au ciel des prières pour le succès de son entreprise. La ville d’Ancône le reçut en triomphe et le salua comme le libérateur du monde chrétien.

Un grand nombre de croisés étaient arrivés dans cette ville mais

* Le doc de Dourgo^ie ne fat pas le seal qui manqua de foi : François Sforce, duc de Milan» élodaiit sous divers prétextes l'accomplissement de scs promesses, reçut aussi du pape une lettre remplie de plaintes.

* Louis XI promit au pape d’envoyer soixante-dix mille bomnies contre les Turcs, si on reconnaissait les droits de Ucné d'Anjou an royaume de Naples et de Sicile, et si Genes était réunie a la France. Comme le pape ne Ot point ce que ce prince demandait, celui-ci ne voulut plus ric’' faire ]H)ur la croisade.

* Uonstrclci, ch. CVI, dit qu'un grand nombre de croisés vinrent de toutes parts pour faire I» f lierre aux Turcs, n-.ais que, ne rencontrant point de chef qu’ils pussent suivre et marchant par bandes de dix, de vingt. Us te lassèrent enfin d’attendre un général qui les réunit tous sou ses ordres , et s'en retournèrent chei eux.

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