LIVRE VINGT-ÜNIEMB
Richard condamnaient à l'emprisonnement ceux qui refusaient de payer les sommes qu’on leur demandait au nom de Jésus-Christ '• Comme le clergé ne fut point épargné , il se plaignit avec beaucoup d’amertume. On accusait les princes croisés d’avoir décidé une guerre non en faveur de l’Église, mais contre l’Église, d’avoir livré d’avance aux fureurs des Turcs la vigne du Seigneur’. Pour se faire une idée du mécontenleraent des ecclésiastiques , il faut lire surtout les déclamations véhémentes de Pierre de Rlois. « Pourquoi fallait-il que ceux » qui combattaient pour l’Église ruinassent l’Église elle-même? leur « devoir au contraire était de l'enrichir des dépouilles de l’ennemi, O des trésors de la victoire. Les princes du siècle pensaient-ils donc a que le Christ, qui était lui-même la souveraine justice, regardât a d’un œil favorable une taxe injuste et sacrilège? Si l’opinion des « chrétiens condamnait aux flammes de l’enfer ceux qui ne donnaient a point leurs biens aux pauvres, à quel supplice devait-on condamner a ceux qui enlevaient les biens des pauvres et de l'Église’? » Telles étaient les plaintes du clergé ; mais toutes ces plaintes n’empéchèrent I)as que la dime saladine, approuvée par le chef de l’Église, ne fut levée dans tout l’Occident.
Plus tard , Innocent lit publia une circulaire adressée à tous les fidèles, aux évêques, abbés, prieurs, à tous tes chapitres, à toutes les villes et bourgs, les conjurant de fournir, chacun selon scs facultés , un certain nombre de guerriers et tout ce qu’il fallait pour les entretenir pendant trois ans’. Chacjue fois qu’on prêchait une croisade nouvelle, les papes, les conciles et les rois s’occupaient de trouver un impôt et de régler les subsides de ta guerre. Tantôt on imposait le clergé pour un vingtième de ses revenus , tantôt pour un quarantième ou nu centième. Quelquefois le clergé se trouvait seul imposé, d’autres fois ou imposait tous les fidèles, et ces sortes de tributs étaient levés avec plus de rigueur que tous les autres. Deux fois, sous le règne de saint Louis, le clergé de France adressa ses réclamations au pape, qui repoussa ses prières et menaça même les évêques de les excommunier
Les frères prêcheurs et les frères mineurs que Grégoire IX avait
' nromfitûfi, Gervals {BiblMhèquô des Croisades),
* Cbroüique (l’André, Coll, de d’Achcry {Bil/lioihèqiu des Croisades).
* Lettres de Pierre de Blois {BiUiotkique des Croisades),
* Voyei cetire lettre dans les Pièces jastiûcaÜTes du tome deuxième de notre Histoiit.
* > o}ei le Urro XIY de notre Histoire.
envoyés en Angleterre pour lever l’impôt de la croisade , épuisèrent Vilement ce royaume , dit Mathieu PAris , que beaucoup d'habitants furent contraints de quitter leurs pays et de demander Pautnône'. Tout annonce que l’Allemagne ne fut pas plus épargnée que les autres contrées dont nous venons de parler. Aussi la résistance du clergé de la Germanie fut-elle portée quelquefois jusqu’il la violence, comme on le vit au concile de Visbourg, où le neveu du légat romain fut tué , et où le légat lui-méme courut les plus grands dangers pour sa vie
Rien ne prouve mieux la disposition des esprits ou le mécontentement et la défiance des fidèles , que les précautions publiques qu’on prenait dans le treizième siècle pour lever les décimes des guerres saintes. Comme la conscience des peuples s'était révoltée contre ce genre d’impôt, il est probable qu’il ne sc payait pas avec exactitude et que ses produits devinrent insuffisants. Aussi fut-on obligé d’avoir recours à d’autres moyens. On imposa les juifs tantôt au dixième , tantôt au vingtième de leurs biens; plusieurs fois on exigea d’eux des sommes énormes. On implora aussi la charité des chrétiens , et des troncs placés dans les églises reçurent les tributs volontaires de la piété. On employa aux dépenses des guerres sacrées les legs pieux dont la destination n’était pas déterminée, ainsi que les revenus des bénéfices vacants et des liénéfices non sujets à résidence. Vers le commencement du treizième siècle, les papes dispensaient les croisés à prix d’argent de l’obligation de remplir leur vœu ; un grand nombre de ceux qui avaient pris la croix obtenaient ainsi la permission de rester dans leurs foyers , et la croisade sc poursuivait avec les trésors des riches pèlerins qui désertaient les drapeaux de Jésus-Christ Il nous reste du pape Honoré 111 une lettre dans laquelle ce pontife , pour l'instruction de la postérité, nous présente le tableau exact des sommes immenses qu’il avait envoyées au siège de Damiette, et qui étaient le produit du rachat des vœux et de la levée du vingtième*. Nous ne parlerons point ici de la distribution des indulgences, dont les croisades profitèrent peu et qui eut des suites si malheureuses pour l'Église de Rome.
' Mathieu Paris ( BÜsïMitèqtu éu Croiu4et).
* Fleury, HUI.ecclénimit., aon. IS7B.
* Malhieo Paris. Coll, fies chroniques anglaises {BiUioihèqu du Crei$aici\,
* Voici le total de ces sommes, qu'on rK)urraii ap|>ctcr le boüget de la crolude : 1Se,S13 ooccs d*or, 41, IM marcs d*argent, II.MS livres d’argf ui, 133 marcs d'or, wtÊrahoUna (moonaie