CHAPITRE X
BES APPBOTISIONKEMENT!} BT DE L'EBTBBTIEB DES ABBÉeS COBÉTIEBBES DA^S LES CBOISADES.
’est encore un point sur lequel l’histoire nous fournit peu (le notions exactes et positives. Tous ces gueiTiers francs qui ne restaient jamais plus de vingt ou de quarante jours sous les drapeaux des armées féodales, ne connaissaient guère les moyens de s’approvisionner pour des guerres lointaines qui duraient souvent plusieurs années. Chaque chef avait sans doute la pensée de s’approvisionner pour la route , mais tous ignoraient les dUficiiltés des chemins , les distances qu’ils avaient à parcourir, et cette ignorance même retenait trop souvent les croisés dans une sécurité malheureuse. Les troupes les mieux disciplinées pouvaient à peine atteindre Constantinople sans éprouver les horreurs de la faim.
Après le siège de Nicée, où les Grecs avaient fourni à tous leurs besoins , les croisés, traversant la Phrygie brûlée, n’avaient déjà plus d’autres ressources que les épis des moissons qu’ils trouvaient dans les campagnes et qu’ils froissaient dans leurs mains '. Ce fut bien pis dans les armées qui vinrent après la prise de Jérusalem. Ayant à traverser toute l’Asie Mineure , elles prirent des vivres pour quelques jours, espérant arriver sans obstacle dans le Khorasan ou dans la terre promise. La famine et la maladie livrèrent bientôt toute cette multitude au glaive des Turcs.
Quand les pèlerins s’approchaient des côtes de la mer, des vaisseaux leur apportaient des provisions; mais ces secours n’arrivaient pas toujours à propos , et , lorsqu’ils arrivaient , les pèlerins qui manquaient d’ai^ent n’en souffraient pas moins de la disette. Les habitants des pays que traversaient les croisés fuyaient leur approche, empor-
d*Es|tagne), 75A oboles On trooTc la traduction des lettres d'Honoré III dans ie#
Pièces justificatives do deuxième volume de notre Histoire.
' Robert le Moine, CoU. de Duebesne ( BiMiotkèqHC de$ Crtitades),
mSTOIUE DES CnOISADES.
tant tout cc qu’ils avaient', de sorte que les chrétiens s’avançaient dans des contrées désertes et stériles , n’ayant pas même l’espoir que la victoire vint à leur secours et leur livrât les dépouilles d’un camp ou d’une ville prise d’assaut.
Il no s'agissait pas seulement de se procurer des vivres, mais de les transporter. 11 parait que dans les longues marches chaque croisé portail scs provisions. Ansberg nous rapporte qu’un pèlerin , traversant l’Asie Mineure à la suite de l’armée, n’avait plus qu’un pain , et qu’il tua d’un coup de flèche un musulman qui en avait neuf, ce qui l’approvisionna pour dix jours. Dès la première expédition , on employa des chariots auxquels on fut obligé de renoncer dans les chemins diflicilcs. Frédéric I en fit consti-uire une grande quantité nonseulement pour les vivres et les bagaaes. mais aussi pour les blessés et les malades; tout fut abandonné lorsqu on eui traverse le aeiroii du Dosphorc. Comment , en efiet , des voitures attelées de chevaux ou de bœufs ferrés auraient-elles pu s’avancer à travers des rochers et des précipices, sur des monts escarpés où, selon l’expression d’une chronique, les seigneurs et les prélats de l’armée, s’aidant des pieds et des mains, marchaient à la manière des quadrupèdes’?
Les historiens nous parlent des marchés que Frédéric conclut avec le roi de Hongrie pour la fourniture des bœufs et des moutons. Dans une ville hongroise, deux édifices se trouvaient remplis de farine et d'avoine à l’usage des pauvres croisés. Des commissaires assignaient à l’armée chrétienne des logements dans lesquels on devait fournir les fruits des arbres, les légumes des jiu'dins, et du bois i>our le feu. A Pbilippopolis, non-seulement on distribua des logements, mais on distribua aussi les terres, les vignes des habitants, de sorte que les pèlerins firent les moissons et les vendanges et purent s’approvisionner comme dans leur propre pays’.
U an'iva souvent aux croisés de se nourrir de leurs propres chevaux lorsqu’ils manquaient de vivres ou que ces animaux manquaient euxmêmes de fourrage. Dans un voyage de Baudouin, comte d’Edesse, à Jérusalem, les pèlerins, dit un chroniqueur, s’étant aperçus que les chevaux, pressés par la faim, ne pouvaient plus avancer, on se dé-
* Ra^ond d'AglIcs, Robert le Moine, Oiion de Deoil, Albert d'Aix, etc. {Bibliothèque det Ooi$ad(s ).
> Tagenon, Ansberg {Bibliothèque de» Cr^Uiàea)^
* Godefroj cl U Helaiim MMysM, CoU. des ciirooiiiacs sUemandM {Biüioik. de* Cniemdt*),