‹ Histoire des croisadesChapitre 83 sur 213 · LIVRE VINGT-ÜNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-ÜNIÈME

murs et contre lesquelles les assiégés n’avaient d’autr»! moyen de défense que l’incendie Dans les sièges de Jérusalem', de Ptolémaïs et de Damiette, les chevaliers de la croix inventèrent ou perfectionnèrent une foule de machines qui portaient l’effroi parmi les musulmans. L’histoire contemporaine ii’a point oublié la tour roulante de Godefroy de Bouillon, qui a mérité d’être mentionnée par le chevalier de Folard, et celte machine flottante, ouvrage d’un pauvre prêtre de Cologne, à l’aide de laquelle les chrétiens s’emparèrent de la tour bûtio au milieu du Nil.

Dans la première guerre sainte, on employa l’arbalète, dont Anne Comnène nous a laissé une description. On y renonça dans les croisades suivantes, parce que le concile de Latran l’avait défendue comme une arme trop homicide. Cette défense, qui fut renouvelée par les papes et par plusieurs conciles, mérite de fixer l’attention de l'histoire. On a remarqué que les croisés n’empruutèrent presque rien des musulmans pour l’ai'l de la guerre. Ce feu grégeois, qui donnait tant de peur à Joinville et à ses compagnons d’armes, ne leur inspira pas même la pensée de l’imiter et d’en faire usage contre leurs ennemis.

Une observation qu’on peut faire en l’honneur des guerriers de tous les temps, c’est que la véritable bravoure n’a jamais recherché les armes qui multipliaient la mort sur le champ de bataille. Voilà poiii-quoi les chevaliers chrétiens se soumirent si facilement aux décrets de l'Église qui leur interdirent l’usage de l'arbalète. Les armes meurlrières ôtent en effet à la valeur personnelle une grande partie de son ascendant et de sa gloire. 11 ne serait pas déraisonnable de penser que les moyens les plus actifs de détruire l’espèce humaine dans les combats ont clé révélés aux hommes par le génie de la peur. L'histoire se plaît h répéter en cette occasion que l’usage du feu grégeois commença chez un peuple qui avait perdu sa réputation militaire, et que plus lard la poudre à canon , au lieu d'être une invention des camps, fut découverte dans la solitude pacifique d’un cloître.

Dans chacune des armées chrétiennes se trouvaient des hérauts d'armes qui proclamaient les ordres des chefs et publiaient le ban par lequel on se mettait en possession des villes et des provinces. Au milieu de l’armée flottait l'étendard de la croisade, porté par un comte

t Rien n'cM plos obscur que ce qui a éié dU jusqu'à ce joor toucliaiU les macliiiu's de guerre au iMjren àgc. On peut consoUcr avec (mit {'Uitiùire de të milice francëUe, par le V. Daniel.

OU un chevalier : c’était roriflamme de saint Denis, ou l’étendard de saint Pierre, ou bien une bannière bénie par le pape. Chaque troupe ou chaque bataillon avait son drapeau particulier, autour duquel se réunissaient les croisés du même pays et parlant la même langue. On voyait sur ce drapeau les armoiries et les couleurs distinctives des seigneurs bannerets qui conduisaient leurs vassaux à^la croisade. Dans plusieurs guerres saintes, les croisés avaient une bannière que les chroniques latines appellent itanrford et que les Italiens appelaient carrocchio. Le standard était une grosse poutre surmontée d’un drapeau flottant et placée sur quatre roues. On avait coutume de confier la garde du standard à une troupe d’élite, surtout dans les combats qui se livraient en plaine ; c’était auprès de cette bannière qu’on portait les malades, les blessés, quelquefois même les guerrier.s morts dont on voulait honorer la mémoire'.

Les chroniques du temps sont rempbes de discours prononcés au milieu des combats. « Opposez une fime intrépide au danger, disait « Richard aux soldats de la croix rangés en bataille devant Joppé; « les ennemis occupent tous les chemins : tenter la fuite, c'est courir « à la mort. Recevez avec reconnaissance la couronne du martyre, a mais vengeons d’avance notre trépas, et rendons grâces à Dieu pour < la faveur qu’il nous accorde de mourir pour lui. » Un témoin oculaire rapporte que Richard, après avoir fait cette exhortation, ajouta qu’il eouju’rait la tête à ceux qui sortiraient des rangs". C’est ainsi que les chefs des croisades haranguaient les pèlerins ; nous croyons néanmoins qu’ils n’ont pas prononcé tous les discours rapportés |)ar les chroniqueurs, mais ce qu’on peut dire, c’est qu’ils marchaient toujouis à la tête de leurs bataillons, et la troujje qu’ils conduisaient était surtout encouragée par leur exemple.

Les armées chrétiennes avaient avec elles une musique guerrière qui donnait le signal des combats. Les instruments les plus usités étaient la trompette d’airain, les cornets de bois, de fer, d'or ou d’.argent, les sistres, les harpes, les timbales ou nacaircs, et les tambours empruntés aux Sarrasins. Un historien de la première croisade raj)porte que dans la foule des croisés partis pour l’Orient l’air retentis-

* Gaudiler Yinisauf notiK a laissé oae descripUon du »tûn4*ri porté dans les armées de ta ;rotsième croisade {Bihihoïkèqiu det Croitadit). Ou trouve une description semblable diuà lot auteurs arabes.

* Clirooitiue anglaise {Bibliofhcqiu det Croitûda'^

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