‹ Histoire des croisadesChapitre 91 sur 213 · LIVRE VINGT-UNIÊME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÊME

des barons français en Égypte, disait à Louis IX : « Vous n’éles donc a pas roi, puisque vous ne pouvez faire justice' ? r> Ces paroles expriment à la fois l’idée qu’on avait alors de la royauté et l’état de désordre où se trouvait l’armée chrétienne. On sait comment Louis IX et son armée tombèrent dans les fers des musulmans, et quelles furent les suites de la témérité aventureuse et de la bravoure indocile du comte d’Artois.

Nous ne répéterons point ici ce que nous avons dit si souvent de* ordres militaires de la terre sainte. Les hospitaliers et les templiers, les chevaliers teutons, marchaient toujours au combat comme un scid homme, et leur milice intrépide était comme le bouclier des armées chrétiennes. Ils mettaient leur gloire dans la soumission à leurs chefs, et la victoire même ne pouvait servir d’excuse à la plus légère désobéissance Malheureusement les croisés venus d'Europe ne les voyaient point sans quelque jalousie, et ne suivaient ni leur exemple ni leurs conseils.

Nous avons profilé de tout ce que nous avons trouvé dans les chroniques pour faire connaître la lactique et la discipline des croisés. Nous citerons, en terminant ce chapitre, quelques-unes des maximes militaires rapportées par Marin Sanuto dans les Secrets des fidèles de la croix, a Dans les marches et toutes les opérations guerrières, « il faut que ce qui est profitable à une armée puisse tourner à la « ruine de l’ennemi... Il vaut mieux laisser derrière soi des troupes « de réserve, que de répandre au loin des soldats en avant de l’ar- « inée... Un petit nombre d’hommes bien exercés marche sans peine « il la victoii-e ; une multitude grossière et inhabile n’est bonne que « pour fuir... La nature crée peu d’hommes avec une ftine forte et « intrépide; la discipline donne du courage à un grand nombre... « Une armée qui s’avance en désordre est toujours en péril... Dans Il toutes les choses de la vie, on peut s’amender après une faute ; (I mais, dans les combats, une faute est irréparable, et la peine suit « toujoui-s do près... Rien n’est plus heureux à la guerre que de voir « un camp bien gardé, un camp où les guerriers peuvent passer les V joure et les nuits en toute sécurité, comme s’ils avaient emporté « avec eux leur propre ville. Quand l’ennemi arrive, ils ont le temps

' Hiihiev PirU, Coll, des cbroniqQes anglaises {Bihlhthè^ae i€s CroUaiUs).

* Vojrei ou (rail de ce genre dans notre aaaltso de Gaaibicr Vinisauf [Bibliçtkèqw dtt Mdea)

« de se préparer au combat, et ne tombent pas sous le glaive comme n un vil bétail... On n’a pas besoin du glaive pour vaincre celui qui O n’a rien prévu et qui n’a pas les provisions nécessaires... Appelez a un grand nombre d’ hommes , quand vous aurez à délibérer ; pour « le commandement, agissez tout seul... Dans les actions décisives. « lorsqu’il s’agit de la vie et de la mort, il n’y a point de pardon pour « les fautes, même les plus légères. »

Ces maximes générales ne donnent pas, comme on voit, des notions assez positives sur les progrès de la tactique au temps des croisades. Mais Sanuto a soin de dire que ceux qui voudront en savoir davantage pourront l’apprendre dans les écoles, œ qui prouve au moins que la guerre était déjà une science, et qu’on en donnait alors des leçons ailleurs que dans les camps et sur les champs de bataille.

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