LIVRE VINGT-ÜNIÈME
noos avons peu de notions positives sur l’objet et sur le sort de cette députation des croisés ; mais, si on en juge par les événements qui suivirent et surtout par la bataille d’Ascalon, on doit croire que ni les chrétiens ni les musulmans d’iligypte n’avaient alors des intentions pacifiques. Nous avons parlé dans notre troisième livre des députés que l’émir d'Ëzas envoya aux croisés, maîtres de plusieurs villes de la Syrie, pour leur demander des secours contre le souverain d’Alcp. On se rappelle que ce fut une colombe qui, à la grande smprisc des pèlerins, porta à l’émir musulman la nouvelle du traité conclu avec Godefroy de Bouillon. Au reste, ce traité ne sauva point l’émir d’Ézas, qui, tombé ensuite dans les mains de ses ennemis, expia par son trépas une alliance inutile avec les disciples du Christ.
Après l’établissement du royaume de Jérusalem, il dut naître quelques rapports entre les chrétiens et les puissances musulmanes du voisinage. Dans leurs négociations avec les infidèles, les rioiiveaiix conquérants de la Palestine se bornaient à déclarer que toutes les villes de la Judée appartenaient à Jésus-Christ et à saint Pierre, dont ils étaient les serviteurs, a Pourquoi, disaient l’émir et le cadi de a Césarée aux chrétiens qui assiégeaient la ville , pourquoi voiiloz- « vous envahir notre pays et nous donner la mort, puisqu’il est écrit « que Dieu nous a créés comme vous à son image ? » Les chrétiens répondaient : a Nous n’envahissons point votre pays, mais nous rea clamons une terre qui appartient au prince des apôtres j nous ne a voulons pas vous tuer, mais le Seigneur a dit : Je suis le dieu des a vengeances, et le glaive sera tiré contre ceux qui transgressent ma • a loi'. » Tel était alors le langage de la diplomatie chrétienne et de la diplomatie musulmane. Iji plupart des villes de la Syrie payèrent un tribut aux Francs victorieux. La terreur qu’inspiraient les guerriers de la croix avait seule dicté les traités et présidait à leur exécution.
On vit ({uel(|uefois des alliances offensives et défensives entre les chrétiens et quelques princes musulmans ; mais unedéfiance mutuelle empêcha toujours que ces alliances n’eussent quelque résultat ou néme quelque durée. Les uns croyaient déplaire à Jésus-Christ en se rapprochant des infidèles; les autres redoutaient la colère de Mahomet
■ Aanales de Gdues, aar Cabro, CoU. de Munucl {BHUtlUiu ia CraiMdee).
en mêlant leurs drapeaux à ceux de la croix. Les négociations les plus remarquables des Francs et des puissances musulmanes furent celles d’Amaury, roi de Jérusalem, et du calife du Caire. Nous avons raconté ces négociations , dans lesquelles le prince des croyants , au grand scandale des musulmans, fut obligé de présenter sa main nue aux députés chrétiens. Les émirs égyptiens, qui se disputaient la faveur du calife et l’autorité souveraine, appelèrent tour à tour au secours de leur ambition les armes d’Amaury et celles de Noureddin, sultan de Damas. .A.lors on vit arriver successivement sur les bords du Nil des ambassadeurs qui flattaient l’espérance des factions, et des armées qui désolaient le pays. De part et d’autre on montra plus de bravoure que de respect pour les traités et pour les lois de la justice. Amaury, tout à la fois trompé et vaincu, se trouva enfin obligé d'abandoiiiier l’Égypte, et ce fut au milieu de toutes ces révolutions que s’éleva la puissance de Saladin , qui finit par être le maître do Dam.as , du Caire et de Jérusalem.
Avant la troisième croisade, l’histoire fait mention des rapports qui s'établirent entre les princes d’Occident et les plus puissants monarf|ues de l’Asie. Les chroniques contemporaines rapportent qu’il était parti d’Europe un envoyé de l’empereur d’Allemagne, nommé Gérard , qui fut très-bien reçu à la cour du Caire et dont il nous veste une relation qui atteste un long séjour en Orient '. De son cété Saladin , avant la prise de la ville sainte, avait envoyé des ambassadeurs en Occident , et ces ambassadeurs séjournèrent plusieurs mois à la cour de Frédéric Harberousse. Quand la croisade eut été . décidée parmi les princes chrétiens, Frédéric, plein de respect pour les lois de la chevalerie, ne voulut pas marcher contre le nouveau conquérant de la Palestine sans lui avoir déclaré la guerre par un message solennel. « Notre devoir, comme chef de l’Empire, écrivait « Frédéric à Saladin, est de défendre la ville de Jésus-Christ; nous « vous mandons que, si vous n’abandonnez pas les terres que vous « venez d'envahir, soutenu parla vertu du Très-Haut , nous tenterons U la guerre et ses hasards à compter des calendes de novembre -. » Après avoir ainsi déclaré sa résolution , l’empereur d’Allemagne cite l'histoire ancienne pour prouver au fils d’Ayoub que l’Égypte, la Syrie et beaucoup d’autres contrées d'Orient appartenaient aux suc-
Tfiycs Arnold de Lobecl, Coll, des cbroiiiqncs atlcinandcs [Bikliothèqiu de* Croisade* V * (•au'bicr Yiinuaf, Coll, des cltrouiqoes anglaises (BtU/o/à^ue de* Croisade*].