LIVRE VINGT-DNIEME
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opsseiirs des Césars. On voit par là que Frédéric ne réclamait point la Palestine comme le domaine de Jésus-Christ ou de saint Pierre , mais comme une province de l’empire romain, ce qui parait une nouveauté dans les croisades. Le chef de l’empire germanique fait l’énumération des peuples qu'il peut appeler à défendre ses droits, et dans sa lettre il nomme «les hnliilants du Rhin, qui prennent les armes « même pendant la paix ; la jeunesse d’Istrie , qui ne connut jamais a la fuite; les Bohémiens, qui savent mourir avec joie; les Suèves, les « guerriers de la Thuringe et de la Franconie, réputés pour leur nise « et leur adresse ; les peuples des Alpes , pleins d’agilité ; les Polonais ,
« plus féroces que les bétes de leurs forêts; les Pisans, redoutables U sur les mers. » Saladin , dans sa réponse, exprime d’abord quelque surprise, puis, invoquant le nom de Mahomet, il fait à son tour le dénombrement de ses forces : a Vous nommez les peuples de votre U empire ; mais ils n’égalent pas le nombre des peuples musulmans. «Nous commandons aux Ar.abcs bédouins, qui seuls pourraient « arrêter nos ennemis ; aux Turcomans , qui suffiraient pour disperser « les gnerriei-s chrétiens; la Phénicie, l’iigyptc, la Syrie, obéissent à « nos lois; le calife do Bagdad se lèverait de son trône, s'il le fallait ,
« pour venir à notre secours. Mais qu’avons-nous besoin de tant de « forces réunies ? nos armées , qui sont entrées à Jérusalem , ne sau- « ront-elles pas défendre nos conquêtes? » Le sultan rappelle ensuite à Frédéric ’x'A revers di-s chrétiens en Asie, et le menace de porter la guerre jusqu’en Europe. «Non, ce n’est pas assez pour nous,
« ajoute-t-il, d’avoir conquis cette terre maritime oü nous sommes :
« nous passerons les mers , s’il plaît à Dieu , et protégés par la justice « divine, nous subjuguerons vos royaumes d’Occident; car, si vous « venez jusqu’ici, vous serez obligé d’emmener tout votre peuple,
« et il ne restera plus personne pour défendre vos cités et vos pro- « vinces » En même temps qu’il adressait un message à Saladin, l’empereur d’Allemagne écrivait au sultan d’Iconium, son ancien allié, pour lui demander le passage dans ses États Frédéric reçut de ce prince musulman une réponse plus pacifique; mais, lorsqu’il arriva dans l’Asie Mineure, il n’en trouva pas moins toute la population turque année contre lui. Nous avons dit ailleurs quel fut le terme de .
■ Camhlcr Vlaisiof, CoU. des cbrcniqan uglilses [BiUitthiqiu ia Crtitûia).
’ CodtfrDjr 1« Moine, CoU. dei ctironiqnei aUenteiides ^BiUldièiu du CrtItMtt),
ces négociations avec les puissances musulmanes et l’issue déplorable de l’expédition des Allemands.
Dans la troisième croisade, qui dura si longtemps , on dut sentir plus d’une fois la nécessité de parler de la paix , et les négociations se mêlèrent souvent aux scènes les plus sanglantes de la guerre. Ce fut alors que Richard montra son caractère changeant et impétueux ; Saladin, sa fermeté calme et son fanatisme prudent. Dans les rapports que le besoin de la paix fit naître entre les chefs chrétiens et les chefs musulmans , l’histoire se plaît à remarquer une sorte d’urbanité et d’esprit chevaleresque qui semblerait appartenir & un autre temps ; mais, lorsqu’on se rappelle qu’après le siège de Ptolémaïs le chef de l’armée musulmane refusa d’exécuter les traites, et que le roi d’Angleterre ordonna le massacre de plusieurs milliers d’otages et de captifs , on est bien obligé de reconnaître encore les mœurs et la diplomatie d’un siècle grossier et barbare. A la tin on conclut un traité de paix , parce que de part et d’autre on ne pouvait plus faire la guerre ; telles étaient les dispositions des puissances qui se rapprochaient ainsi par nécessité , que Richard , en quittant la Palestine, promettait d’y revenir avec une armée, et que Saladin, lorsqu’un an après la paix jurée il mourut à Damas, nourrissait la pensée hardie de porter ses armes jusqu’en Europe*.
La croisade de Frétléric II ne fut qu’une longue négociation. L’empereur avait envoyé des ambassadeurs au sultan d’Égypte. Lorsque les guerriers de la croix et les défenseurs de l’islamisme furent en présence, on ne s’occupa point de poursuivre la guerre et de livTer des combats : l’histoire montre les deux princes placés dans une situation également embarrassante; Frédéric, méprisé des chrétien.s, le sultan du Caire , maudit dos musulmans , et tous deux désirant la paix , dans la crainte de leurs alliés et de leurs soldats. Aussi une chronique du temps n’attribue-t-clle qu’è Dieu seul l’issue de cette négociation singulière, a Pendant qu’on traitait, dit Richard de Saint- 8 Germain , de la restitution de la terre sain»: j le Seigneur Jésus- «. Christ, qui est la sagesse du père, décida dans sa providence accou- 8 tumée que le Soudan rendrait à l’empereur la cité de Dieu ’.b Quoique Frédéric écrivit alors au roi d’Angleterre que Dieu venait de
■ Extniu des ulegn inkes, g LXVIII ( BiUMUfae itt Cnitaia).
’ Richard de Saiab-GemiaiD , Coll, de Huralort {BiUiotkèqu de$ Croiiadea ).