‹ Histoire des croisadesChapitre 95 sur 213 · LIVRE VINGT-ÜNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-ÜNIÈME

feirc éclater sa puissance, en lui ouvrant les portes de Sion', la déférence qu’il montrait pour les musulmans et les discours que lui prêtent les chroniques arabes, prouvent du moins que dans les négociations avec le sultan du Caire, l’empereur n’invoqua point l’autorité de l’Église chrétienne , et ne redemanda point Jérusalem comme l'héritage du fils de Dieu*. Au reste, jamais traité ne fut plus mal reçu par ceux mêmes qui devaient en profiter ; car le patriarche de Jérusalem ne cessa de dénoncer au pape et à la chrétienté cette conquête pacifique de la ville sainte comme l’ouvrage de la perversité et comme une profanation des croisades.

Frédéric cependant resta fidèle aux traités qu’il avait conclus , et conserva ses relations en Asie, malgré la cour de Rome, qui ne pouvait lui souffrir un allié ni parmi les chrétiens , ni parmi les musulmans. Quatre ans après son expédition dans la Palestine, il reçut en Sicile les ambassadeurs du sultan d’Égypte et du Vieux de la Montagne. Les députes égyptiens lui apportaient une tente magnifique , où les images du soleil et de la lune représentaient la marche des saisons et marquaient exactement les heures du jour et de la nuit*. Quelques années plus tard, nous voyons dans Mathieu Péris qu’après la sanglante bataille de Gaza le monarque allemand envoya une ambassade aux sultans du Caire et de Damas po>‘r demander la liberté des captifs, menaçant les princes infidèles non des forces do la chrétienté, mais des aigles de Rome et de la Germanie *.

Les croisades de saint Louis et lus relations de ce prince avec les musulmans rappellent à la fois des souvenirs tristes et glorieux. Nous avons vu comment les mameluks, meurtriers de leur sultan, traitaient, le glaive à la main, des conditions de la paix, et comment le roi de France triompha par sa fermeté d'une milice avide des dépouilles et du sang des croisés. Pendant son séjour en Palestine, Louis IX entrefjnt quelques relations avec les émirs du Caire et le souverain de Damas : si ces négociations ne purent point réparer les malheurs de la croisade, la charité de Louis leur dut au moins la délivTance d’un grand nombre de prisonniers chrétiens. Revenu en Europe, le monarque ne cessa d’avoir les yeux attachés sur l’Orient, où il brûlait

* Mathtev Plris, CoU. dft ehronkiMS anglaises det Croisada),

* ExinlU des aoteors arabes {Bikliothè^ de$ CroUddes).

* Godefroy le Moine, Coll, des chroniqaes allemandes {Bibliothèque dee CroUades),

* Maibien Parts, Oril. des ebroniques anglaises {Bibliothèque det Croiudte),

de porter encore rétendard do la foi chrétienne. On sait qu’il reçut plusieurs ambassadeurs du roi de Tunis j il espérait que le prince infidèle se convertirait au christianisme, et cette esjiérancc l’entraîna à la fin dans une dernière croisade où rattendaient les palmes du martyre. Nous avons vu que cette expédition malheureuse se termina par un traité conclu entre le roi de Tunis et le successeur de saint Louis ; ce traité, dont le texte arabe se conserve encore de nos jours dans les archives du royaume , est le premier acte important de la diplomatie des croisades qui soit parvenu jusqu’à nous *.

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