‹ Histoire des croisadesChapitre 97 sur 213 · LIVRE VINGT-UNIËME · texte numérisé non relu

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liens, et que parmi eux les plus petits défaisaient sans cesse ce qu'avaient fait les plus grands'. Celait un phénomène dans les croisades, surtout dans les derniers temps, qu’une trêve fût respectée jusqu’au Jour de son expiration. Jamais on ne fut arrêté en Occident, lorsqu’on prêchait une guerre sainte , par la pensée que les colonies chrétiennes de Syrie se trouvaient en paix avec les musulmans. L’e*pérance de la victoire ou la crainte d'une défaite était la seule et la véritable mesure du respect qu’on avait pour les traités avec les innüèlcs.

Comme aucune puissance humaine ne pouvait garantir ni assurer l’exécution des traités, les parties contractantes invoquaient l’autorité des croyances religieuses, et se dévouaient elles-mêmes aux anathèmes que chaque religion prononce contre le parjure. Les chrétiens attestaient le nom de Jésus-Christ, et consentaient à renier le haplême s'ils violaient leurs serments. Les niusuluians prenaient à témoin leur prophète, et se déclaraient d’avance infidèles aux lois du Coran s'ils manquaient à la foi jurée. Dans certaines occasions on at ait recours îi des moyens extraordinaires i)our s’assurer de l’exactitude réciproque à remplir les traités. On voit quelquefois dans l’hisloire les chrétiens et les barbares mêler leur sang dans une coupe et le boire en signe d'alliance et de fraternité L’observation des lois de la paix ou de la guerre ne fut pas toujours garantie par ces différentes j)récautions, et tel était le mépris qu’on avait pour la sainletc des serments, que de part et d'autre on se plaignait à peine de la violation du droit des gens, et que la rupture d’une trêve ne causait point de surprise.

Quand le sultan de Dam.as fut mort, dit une vieille chronique, toutes les trêves furent mortes ’. Ces ex(>ressions naïves peignent très-bien le désordre et la confusion de celle époque malheureuse. Les chrétiens, dans leur état d’abaissement, ne négociaient plus pour la puissance, mais pour la vie. 11 est allligeant de voir ces tristes restes de la grandeur des Francs, pour qui les traités n’étaient plus auc des actes

• Exlrsits des aalcurs arat)C«. § XCIV {Hibliothèquc àct Crohitdn)»

* Joinville rapporie on exemple de celle cooinme en parhnl lîe q’jeltj*ies dictallers (jnl avalent s/’joorné parmi les BnrUarc^. l'ne rlirrniifae manosrriic, dont nons avons donné TexiraU dans la BiWolkfqut dit Crûitadet^ raconte que Saljtlin et le comte de Tri|>oli burent ainsi de Icor sang pour s'assurer de Ictir fol muinclle. (!c« divers exemples nous rappellent ce que dit Sallustc lans son rerît de la roitspirailon de Cviiüna.

^ Couiimuitor de Gui laumc de Tjr, Coll. amp’, de M^itconc [ïî.Uic*Mqu( des Crolsadtt).

de soumission : on exigeait qu’ils démolissent leurs forteresses, et ils les démolissaient ; qu’ils renonçassent à toute alliance avec les peuples d’Europe, et ils y renonçaient; ainsi les faibles enfants du royaume de Godefroy, dans leurs dernières relations avec les musulmans, désavouaient en quelque sorte leurs frères d’Occident, et tremblaient de rappeler la gloire des eroisades.

Quand l'Orient ne \ it plus les années de la croix, les traités de commerce devinrent le seul objet des négociations avec les iniisnlmans. 11 est curieux de voir avec quelle sagacité toutes les diflieidtés sont prévues dans ces pièces diplomatiques, et quel esprit de ruse et de prudence présidait à leur rédaction. Plusicure nous ont été conservées par les historiens orientaux ; lorsqu'on les lit avec attention , on juge que les puissances musulmanes craignirent longtemps le retour des guerres saintes, et qu’elles ne cessèrent point d'avoir pour les chrétiens de l’Occident les défiances et les préventions que leur avaient inspirées les croisés.

Nous ne parlerons point ici des rapports des Francs avec les Tartarcs : les peuples de la Tartarie ne se montrèrent sur le tliéétre des événements que vci's la fin des croisades et lorsque les colonies chrétiennes tombaient en raine. La nation mogole tenta plusieurs fois de pousser ses conquêtes jusqu’en lïgypte, et, dans les vicissitudes de la guerre, elle fut tour à tour l'alliée des musulmans et des chrétiens. Les Tartares, lorsqu’une fois ils curent passé l’Euphrate, envoyèrent souvent des ambassadeurs aux rois de l'Europe, et ceux-ci de leur côté adressèrent aux Tartares plusieurs messages'. On a conservé dans les archives de France deux lettres écrites à Philippe le Bel par le chef de celte nation barbare Les Tartares, qui n’avaient point de religion nationale, embrassèrent à la fin la religion musulmane qui dominait en Asie. Il est probable que, si les nations chrétiennes leur eussent offert l’espoir d’une puissante alliance, ils auraient embrassé le christianisme, et cette conversion des peuples mogols à l’Evang’de aurait pu changer la face du monde.

* M. Abel Réomsat a compté neuf icuUlWcs faites par les priuces chrétiens pour se lier avec les Hûgois, el jusqu'ii quinze aiiitaesadcs envoyées par 1rs Tartares en Europe, piincipalcment aux papcH cl 301 rois de France. RcItUions poUtiques det rm de France atcc Ict empereiws tuosoUt dau> les nouveaux Mémoires tic l’Acddeiuie des losrriptions, t. VI cl l. VU.

> Outre CCS deux lettres, dont Tune csl uu rooleau de illx-huil ponces de luut sur neuf pieds do longueur, il eu existe une autre de Raton adressée au grand maître de l'ordre teatouique. Cette derutère est citée dans le Thesaurue Epistolictu de Lacrosse, 1. 1, p. 33.

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