‹ Histoire des croisadesChapitre 98 sur 213 · LIVRE VINGT-ÜNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-ÜNIÈME

Nous pe reviendrons point sur les népociafions des Grecs et des Francs, dont nous avons souvent parlé. Toutes les fois que les croisés négocièrent avec les maîtres de la Grèee, soit pour leur passage, soit pour les vivres, ils eurent la pensée de s’emparer de Constantinople. A la fin, Constantinople fut prise, et l’empire grec renversé : déplorable résultat d’une antipathie entre deux peuples qui s’accusaient tour à tour de trahison et ne pouvaient se rapprocher sans se haïr davantage. Quand les Grecs rentrèrent dans Byzance, des négociations s’ouvrirent de nouveau avec les Latins et surtout avec la cour de Rome : on promettait de secourir tes Grecs contre les Turcs, s’ils reconnaissaient la suprématie de l’iïglise romaine; ceux-ci promettaient de se soumettre à tout ce qu’on leur demandait, surtout dans les moments de périls. Ce fut au milieu de ces relations entretenues par la crainte, auxquelles la défiance présidait sans cesse, que l’empire grec tomba tout î» fait en ruine et que sa capitale devint enfin une proie facile pour les Barbares qui la menaçaient depuis plusieurs siècles.

Nous ferons mieux connaître la diplomatie des croisades en présentant un tableau rapide des relations que les chefs de l’Église entretinrent avec les infidèles. Le premier message des papes aux puissances musulmanes est la lettre que Lucius III écrivit à Snladin pour l’inviter à faire un échange de prisonniers '. Le sultan se montra favorable à la demande du pontife, et répondit à Lucius qu’il avait reçu sa lettre avec un cœur content et un esprit joyeux. Le frère do Saladin, à qui le pape avait écrit également, lui disait dans sa réponse qu’il le regardait comme son meilleur ami; Malek-Adhcl priait Dieu qu’il inspirât au chef de l’Église, ainsi qu’à lui-méme, ce (|u’il convenait de faire, avec le secours de la grâce divine, pour le salut des chrétiens et des musulmans^. Les termes affectueux de celte correspondance peuvent exciter d’abord quelque surprise; mais il ne faut pas oublier que le nouveau maître de l’Égypte et de la Syrie menaçait alors d’envahir la Palestine, et qu’il redoutait surtout une croisade qui pouvait l’arrêter dans ses desseins.

Lorsc]ue après la mort de Saladin, Malck-Adhel gouvernait l’empire

* Nous ne i*arieronK point de la lettre qu’ Alexandre III écrivit an soniinn d’Iconiam quinze ant aopiravant, parce que cette pièce n'est qu'eue pieuse dissertation sor les doctrines du cbrisiianisoM et n'a lucnn rapport aux croisades.

^ Annal, eedesiaat,, ano. H93.

<8t HISTOIRE DES CROISADES.

des Ayoïibiles, nous voyons s’établir de nouvelles relations ^ulre ce prince cl le pape Innocent III. Dans sa lettre au sultan, le pontife e.\pliquail la perte de Jérusalem en disant qu’il est au ciel un Dieu qui transporte les temps à son gré et donne les royaumes de ce monde à qui il veut Puis il sollicitait la clémence du prince nnisulman en faveur des captifs et des malheureux habitauts de la terre sainte. Le pape conseillait enfin au souverain de Damas do rendre aux chrétiens la cité de Jésus-Christ, dont la consen-ation était sans avantage [>our lui et devait l’entraîner dans beaucoup de périls et de sacrifices. L’histoire ne dit point que le frère de Saladin ait répondit il celle lettre d'innocent.

Grégoire IX eut aussi des relations avec les princes infidèles, mais on remarque dans ses messages un autre esprit et r.n caractère différciil. Le pape, s’adressant en mémo temps au calife de Bagdad, aux souverains du Caire et de Damas, se présentait auprès d’eux comme rinlerprèle des saintes Écritures, et les pressait de se rendre à l’évidence de la foi chrétienne. Il invoepiait tour à tour les patriarches, les prophètes et les apôtres, véritables lumières placées sur la voie des vérités évangéliques. « Ce n’est pas votre royaume que nous vous « demandons, ajoutait Grégoire, c’est vous-méme. Nous ne voulons O point porter atteinte ni à vos honneurs ni à votre puissance; notre « vu'ii le [ilus cher est de vous élever au-dessus du siècle et d’assurer « votre salut sur la terre et dans le ciel *. » Rien ne serait plus curieux sans doute que de voir comment les ]irinces musulmans, et surtout le vicaire de Mahomet, répondirent au chef de l’Église chrétienne ; mais nous n’avons trouvé aucun éclaircissement sur ce point ni dans les auteurs arabes, ni dans les historiens occidentaux.

Dans les guerres contre les 'l'iircs, les papes eurent des rapports nombreux tantôt avec les conquérants de la Grèce, tantôt avec les puissanex;s niusulmaiies de l’Égypte, de la Syrie et de la Perse. Un des p.rédicalcurs les plus ardents de la guerre sainte. Pie il, après avoir cherché dans tout l’iiiiivers des ennemis aux Turcs, eut la pensée bizarre d’opposer aux armes de Mahoiucl II les arguments de la théologie et de triompher de lui par la dialectique. Il nous reste un mémoire trcs-élendu dans lequel le souverain pontife s’efforce tour à four de convaincre l’esprit de l’empereur turc (lar des raisonnements,

> niriinnlile Saiiil>Gcmi3fn. Coll, de Muratoii {JiiWHhèqui det CrùioUê).

* Ua)iidlt]i, tccU'i , ano r::ü3.

LlVIiE vingt-u.\ii;me.

et (li‘ séJuirn son ambition en lui montrant la conquête facile de tout l'Orient et même la possession de la Hongrie et de la Bohême Dédaignant CCS messages et toutes ces négociations, les musulmans poursuivaient toujours leurs victoires. Les chrétiens se trouvaient souvent réduits à demander la paix; et tel était alors l’esprit do la diplomatie des croisades, qu’un souverain pontife remercia l’empereur d’Allemagne de l’avoir compris dans un traité de paix conclu avec Soliman

Rien n’annonce plus la décadence des guciTes saintes que ces négociations des papes. Dans les premières croisades, on s’occupait surtout de conquérir les royaumes des inridèles; la conversion des princes musulmans devint ensuite la grande .ifl'aire des pontifes, parce que renthoiisiasme belliqueux commençait à s’éteindre et qu’il devenait plus facile de trouver des arguments que des soldats. Au reste , ces dernières tentatives ne réussirent pas plus (pic les précédentes, et Dieu permit que tous les pays dont on avait contesté la possession tantôt par de pieux raisonnements, tantôt par l'épée des croisés, restassent au pouvoir des ennemis de l’Évangile.

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