‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 100 sur 323 · Ile de Java · texte numérisé non relu

Ile de Java

PIÉTÉ FILIALE ET RITES PUNÉRAIBBa 193

Le corps est entouré d'un grand nombre do pagnes : chaque parent en apportant un à cet effet, il y en a quelquefois plus de quarante. On l'expose sur une natte funèbre à l'entrée de la case, où il doit rester trois jours. Les filles ou les sœurs du défunt s'accroupissent de chaque côté avec des éventails pour écarter les mouches. On creuse la fosse dans la chambre mortuaire; c'est une tranchée profonde, au fond de laquelle est pratiquée une galerie souterraine en forme de caveau, de manière que le mort, lorsqu'il sera inhumé, ait la tète en dehors du mur, et les pieds à l'intérieur de la demeure.

Le troisième jour, après un copieux repas, une bande de noirs chargent sur leur tête le cercueil décoré d'un beau pagne et parcourent le village, pendant que les parents jettent des cauris^ à la foule qui les suit en se bousculant pour les ramasser. On procède alors à l'enterrement : le cercueil est recouvert de nattes en lianes tressées, et arrosé avec le sang d'un bouc qu'on égorge sur le bord même de la tombe. Les nègres lancent dans la fosse des cauris mêlés à des poignées de terre, et font au mort leurs adieux : « Bonne route! que Dieu te fasse arriver en paix! puisses-tu ne t'égarer ni à droite ni à gauche!... »

Dans quelques endroits, on se garde d'enfouir la tête, car la famille la retire plus tard et la transporte dans une cabanefétiche pour lui consacrer des offrandes.

Les noirs jettent hors de la case nattes, calebasses, vases et ustensiles ayant appartenu au défunt, et ils les brûlent ou les brisent en dehors du village pour lui faire comprendre qu'il va occuper définitivement des régions nouvelles, et que, n'ayant plus rien au logis qui lui appartienne, il ne doit plus y revenir. Réunis sur le bord du chemin, les parents tuent une poule dont ils jettent les plumes au vent; ils la font cuire et la mangent : c'est là ce qu'ils appellent adie-irana, ou « la poule qui achète le chemin ». Elle est supposée en effet précéder le trépassé dans son voyage mystérieux et lui montrer la route à rendre, car cette bête alerte passe pour avoir la faculté de savoir franchir toutes les barrières.

Pendant la durée des funérailles, tous les gens de la case, en si-

1. Le cauris est une petite coquille qui sert de monnaie dans l'Inde et le Sénégal.

gne de deuil, ne se lavent point et ne peignent pas leurs cheveux.

De temps en temps les noirs font des libations et des offrandes sur les tombes; et, au moyen du sort, ils consultent les défunts dans les circonstances les plus importantes de leur vie l.

D'après la croyance actuelle des habitants de la Guinée 2, il existe un Génie spécial, Abiku, qui fixe son séjour dans la poitrine des enfants. Ceux qui meurent avant l'âge de dix à douze ans sont, non pas enterrés, mais jetés dans les buissons. « ïl y a, disent-ils, dans les forêts et les déserts nombre d'esprits mauvais Abiku et Eléré qui, étant privés de tout, ont grande envie de jouir de certaines douceurs que les mortels goûtent en ce monde ; c'est pourquoi ils guettent le moment de la naissance des enfants pour s'installer dans le nouveau-né, et y coexister. »

Aussi quand un enfant crie et souffre, les nègres croient-ils que des esprits affamés ou vindicatifs, entrés subrepticement dans l'âme de l'enfant, sont en lutte avec lui; et s'il devient maigre et chétif, c'est, disent-ils, parce que les mauvais génies lui rongent en dedans toute la nourriture qu'il mange. Alors, pour jouer un tour au génie malin, ils lui offrent un sacrifice; et pendant qu'on le suppose occupé à se repaître d'offrandes succulentes, on fixe aux pieds de l'enfant des clochettes dont le tintement est destiné à anéantir les mauvaises influences, ou du moins à les tenir à distance.

Il n'est pas rare en effet de voir des négrillons dont les chevilles sont, dans cette intention, chargées de grelots et de ferrailles sonores, fardeau insupportable pour les pauvres petits. Si l'enfant que l'on considère comme hanté devient malade et va mourir, sa mère n'hésitera pas à lui faire des incisions sur le corps, et à y insérer du piment! croyant ainsi faire souffrir l'esprit méchant et le contraindre à quitter l'enfant ; car la souffrance est considérée par eux comme procédant non point de notre nature physique , mais d'une cause surhumaine.

Que de fausses interprétations commettrait un voyageur, qui n'aurait pas le temps d'étudier les raisons secrètes et le ponrquo de ces surprenantes aberrations !

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