R. P. Baudin, Religion des nègres de la Guinée
Les populations du Haut-Ogowé entoureni d'un grand respect Les funérailles de leurs parents. Quelqu'un d'eux est-il mort"? on interroge Les fétiches pour savoir « gui a mangé Vâme du défunt », puis on enduit le cadavre d'une matière rouge, el on lui ferme les yeux; Les oreilles, ta bouche, le nez sont clos avec la même matière quia servi à peindre le corps. S'il s'agit d'un riche, on le ficelle dans un pagne de soie; une natte sert de cercueil aux pauvres. Au-dessus du lit de parade sont suspendus les fétiches, c'est-à-dire des sonnettes, des peaux de chats-tigres, des cornes de buffle et d'antilopes, des coquilles d'escargots. Les femmes, le corps peint en blanc, couleur de deuil, et assises en cercle autour du lit, poussent des cris lugubres.
Le soir venu, le mort estsortide la case, et le tam-tam retentit, l'n chant triste et monotone, des battements de mains en cadence, des sauts étranges sont exécutés dans le village et autour de la claie funèbre. Au lever de l'aurore, le cadavre rentre sous le chaume, et ce cérémonial se répète plusieurs fois.
Le jour de l'enterrement, vers le soir, des hommes, couverts d'un enduit blanc, chargent le défunt sur leurs épaules, et s'en vont en chantant dans les profondeurs des bois.
En cas de mort imprévue se voient les scènes les plus révoltantes : « De toutes parts on se précipite sur le cadavre,, le couteau à la main, et on le met en pièces pour rechercher la cause du décès. Puis, les assistants se partagent ses membres pantelants, les dépècent, jettent les chairs en un tas, et renferment les ossements dépouillés dans une marmite d'eau bouillante. A côté, sur un autre feu, est disposée une seconde marmite dans laquelle cuisent du mouton, des poules, des bananes, et du manioc, que l'on prétend être mangés par le N1 goïx, et qui, en réalité, servent à un repas succulent pour les initiés... Les femmes ri ont pas le droit de prononcer le mot de « N'goï » ; et si quelqu'un répète devant elles le nom de ce fétiche, elles se bouchent es oreilles et s'enfuient à toutes jambes. »
En général, chez les Cafres, les corps roulés dans des nattes sont confiés à la terre selon les rites ordinaires, consistant en chants,
I. Fétiche principal de3 hommes. V. R. P. Davezac, sup. de la Mission.
et en coups de tam-tam. On dépose à côté du mort un bol et une calebasse, et on élève une pyramide de pierres1. Un Mashona ne passera jamais devant l'un de ces cairns, sans ajouter pieusement son petit caillou. Le même usage , inspiré par une idée semblable, a existé pendant de longs siècles dans le nord de l'Europe, et on le retrouve encore de nos jours dans plusieurs localités... Chez les Sechuanas, un homme ne doit pas mourir dans sa hutte; on se hâte donc d'en faire sortir le malade dès que l'agonie commence : si l'enlèvement a trop tardé, la maison est abandonnée, car nul ne voudrait plus l'habiter.
C'est un sentiment analogue, sans doute, qui pousse les Matabèles à transporter les mourants loin du campement, quand tout espoir de guérison est perdu.
Dans la région du Zanguebar, quand un indigène revoit en rêve un de ses ascendants défunt, ou quand certaines maladies affectent ses enfants, on dit que Y Ombre du parent demande des offrandes; il en est de même en cas d'épidémie, de sécheresse, ou de famine.
Ordinairement alors, on construit une petite case, soit dans un carrefour près d'un baobab, d'un ficus ou d'une euphorbe, soit au fond d'une forêt, ou encore dans une grotte. A l'intérieur de l'abri choisi, on dépose comme offrande un peu de riz, des œufs, du linge rouge ou blanc, du pombé, sorte de bière africaine, etc.; on organise des danses particulières, on donne des repas, et le bon fils n'a plus ensuite qu'à entretenir ce petit temple de la piété filiale. Le tout a pour but de fixer V ombre en cet endroit, désormais consacré par les cadeaux propitiatoires qui lui sont destinés.
« Pour mieux retenir l'âme errante , écrit le R. P. Le Roy, quelques tribus anthropophages croient devoir offrir au défunt des repas de chair humaine : elles pensent que l'ombre à laquelle on sacrifie un homme, a lieu d'être beaucoup plus satisfaite que si on lui offrait seulement un coq 2. »
D'autres groupes, tels que les Wazaramo > ne se contentent pas de construire la petite case ordinaire : ils y placent une