‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 102 sur 323 · Le R. P. Le Roy, Le Zanguebar · texte numérisé non relu

Le R. P. Le Roy, Le Zanguebar

PISTE FILIALK ET EUTES 1TNI.U A LUES. 197

statuette en hois ou en terre, qu'ils ornent de couleur rouge, de verroteries, de petits morceaux d'étoffe, et devant Laquelle

ils étalent leurs offrandes. C'est, croient-ils, dans cette figure de forme plus ou moins humaine, que Le mzimu ou esprit de l'ancêtre viendra s'établir. Souvent même ils mettent dans cette statuette des rognures d'ongles, des cils et des cheveux du défunt.

Voici la description de ces statuettes trouvées dans une case funéraire : la grossière figurine de terre représente un homme accroupi, appuyant sur ses genoux ses mains aux doigts longs et écartés, pour accentuer sans doute le repos et l'inaction de la tombe. Les yeux et le nez n'ont rien d'anormal, mais l'ouverture de la bouche manque totalement « car les morts ne parlent pas ». Au contraire, les oreilles atteignent un développement extraordinaire, et mesurent une hauteur presque égale à celle de la tête entière.

La dimension excessive des oreilles est intentionnelle et figurative, parce que les morts sont réputés entendre les prières de leurs descendants.

Étant donnée l'idée fétichiste, qui voit dans l'image une réalité, la figure de l'ancêtre est pourvue de ces oreilles énormes, alin que l'Esprit paternel divinisé puisse percevoir les moindres vœux de ses fils, et devenir ainsi d'autant mieux une Puissance tutélaire et bienfaisante à leur égard.

Au Zanguebar, les enfants mâles de Wa-pokomo , arrivés à un certain âge, sont l'objet d'une sorte d'émancipation en vue de leur inspirer la bravoure. Dès ce moment, le père les considère comme de petits hommes.

Dans ce but, vers l'âge de dix à douze ans, les garçons sont renfermés pendant quelque temps dans un enclos spécial, et préparés au régime viril qui les attend. « Au jour indiqué, les Bafobaro (les mineurs, les jeunes), sortent de leur retraite lavés soigneusement, huilés des pieds à la tête, parfois peints de rouge ftamboyant, ornés de chaînettes, de pendeloques, de verroteries, de colliers de toutes sortes, et habillés cette fois des plus beaux lin es qu'on gardait depuis longtemps en réserve pour la circonstance. Ainsi parés, ils se mettent en rang l'un derrière l'autre, se rendent sur la place publique où les attend la population

rassemblée, et avancent un à un, très lentement, devant le conseil des Anciens qu'ils saluent au passage. Quand le défilé est terminé, ils se livrent à une danse guerrière. Un chœur de femmes battent la mesure et chantent; puis élevant les bras au-dessus de la tête, elles frappent des mains en cadence : les hommes tournent en cercle et donnent sur le sol des coups de pied formidables. Les Barobaro se mêlent à leurs aînés jusque vers midi; ensuite ont lieu des repas, en l'honneur des nouveaux venus. »

A Madagascar, les deux grands châtiments qui, bien souvent, suffisent à amender les plus endurcis, sont la perte de leur place au tombeau des ancêtres, et la malédiction paternelle qui entraîne avec elle l'exclusion du sein de la famille. Le Hova, comme le Chinois tient plus à une tombe honorable qu'à l'existence même. Ce serait déjà un grand malheur s'il succombait trop loin pour qu'on pût rapporter sa dépouille près de celles de ses parents. Mais pour lui quel malheur irréparable, s'il en était exclu à cause de son indignité î Aussi cette seule pensée l'arrête-t-elle d'ordinaire, au milieu des plus grands désordres *.

De même, il redoute au delà de tout la malédiction paternelle, qui le marquerait, lui et sa postérité, d'un ineffaçable stigmate. En voici un exemple frappant : « Un homme du nom de Ramazava avait deux fils : l'un se fit mendiant et l'autre voleur. Le premier resta pauvre et le second devint riche ; mais à la fin le coupable fut pris, jugé et condamné à mort. Or, avant l'exécution, le père du coupable demanda la parole, et devant la famille assemblée maudit ceux de sa descendance qui ne se conformeraient pas à la loi qu'il allait leur imposer : « Fils et petit -fils de cet enfant voleur, s'écria- 1- il, et vous tous qui naîtrez d'eux, vous mendierez de porte en porte, jusqu'aux dernières générations »... Or aujourd'hui, ces descendants devenus riches par des moyens licites, forment une caste puissante. Et cependant, par respect pour la malédiction paternelle , ils

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