CHAPITRE II
Le jour de l'an et ses vicissitudes : années de treize mois, de neuf mois; journées de quarante-huit heures... — Origine des étrennes : la déesse Strénia. — Décret de 1793 «tu sujet des étrennes. — Le jour de l'an en Indo-Chine, chez les Annamites, au Japon, dans le Turkestan, en Perse, chez les Musulmans... — La fête de l'âne au moyen âge. — Fête de sainte Geneviève en 171)3. — L'Epiphanie, le gâteau des rois et la fève : recherches historiques et inédites. — La part du bon Dieu et celle de la Vierge. — La fève et Louis XIV. — Arrêts du Parlement sur le gâteau des Rois. — Le Carnaval et ses origines.
— Mardi-Gras ou Carême-Prenant : le mannequin de paille. — Cortège du bœuf violonné sous Charles VII. — Le carnaval à Rome et en Bosnie... — Pénitences publiques du Mercredi des Cendres. — La Mi-Carême et les blanchisseuses. — Les Rameaux au moyen âge : libération de prisonniers. — Les pois chiches et le jour des Rameaux en Provence.
— Semaine sainte à Séville : flagellation des pénitents sous Charles III. — Papes et Rois au Jeudi saint : le lavement des pieds. — Le Vendredi saint et la cérémonie des écrouelles. — Le Samedi saint à la Nouvelle-Grenade...
L'ordre chronologique du calendrier est si connu, il est si familier et si commode à suivre, que rien ne semble plus opportun que de s'y conformer pour exposer les particularités que nous avons recueillies, au sujet des fêtes en usage dans les nations chrétiennes.
Commençons donc par parler du premier de Van et des étrennes.
A toute époque et chez tous les peuples, le renouvellement de Tannée a été célébré par des démonstrations religieuses variées. Quoi de plus naturel en effet que de remercier le Ciel d'avoir traversé le cycle qui s'achève, et d'implorer sa protection pour celui qui s'ouvre!
Bien que l'année ecclésiastique commence au premier dimanche de l'Avent, l'Église s'est toujours associée à la célébration du jour de Van.
Rien n'est plus variable dans l'histoire du calendrier que la date de ce jour mémorable. Pour les Égyptiens, les Chaldéens,
l'année s'ouvrait avec L'équinoxe d'automne; pour les Grecs, dit L'astronome Lalande, c'était Le l septembre. Sous Romulus, les Romains comptaient Leur année à partir de L'équinoxe du printemps; niais ce fui reporté au premier janvier lors de la réforme du calendrier.
La France connut aussi nombre de dates différentes : ainsi sous les rois mérovingiens La nouvelle année se souhaitait au 1er mars; et à la Noël, sous les Garlovingiens. Au temps des Capétiens elle fut transportée à Pâques; et comme cette fétc est essentiellement variable, il s'ensuivit alors que, le nouvel an changeant d'anniversaire, le nombre de jours contenus dans chaque année subissait des variations incessantes. Ainsi par exemple , Pâques étant tombé en 13 VT le 1er avril, et en 13V8 le 20 avril, Tannée comprise entre ces deux époques se trouva avoir près de treize mois, soit exactement douze mois et dix-neuf jours, surplus dont on se débarrassa en attribuant une durée imaginaire de quarante-huit heures au lieu de vingt-quatre, aux vingt premiers jours de 13i8.
Plus tard, pour conjurer de pareilles complications, on fit dater Tannée du 1er avril.
C'est Charles IX qui par un édit de 1563, et malgré Topposition du Parlement, restitua au premier janvier l'honneur d'ouvrir Tannée.
En Angleterre, où ce renouvellement avait lieu le 15 mars jusqu'au milieu du xviue siècle, on voulut prendre pour origine la date du premier janvier, selon le calendrier julien1; aussi, pour y parvenir, dut-on décréter que Tannée 1751 n'aurait que neuf mois seulement, annonce qui produisit un profond émoi dans tout le pays.
En 1780, bonis XVI songeant à encourager le commerce des étrennes, accorda, pour la première fois, aux petits marchands le droit d'élever des boutiques le long des boulevards, à l'occasion du jour de Tan.
1. Année moyenne adoptée par Jules-César, et conservée par les Grecs et les Basses, dont le calendrier est arriv. sur le nôtre, au l'r mars 1900.
— Quant au calendrier grégorien, on sait qu'il date du pape Grégoire XIII, en 1 .
La faveur fut de courte durée.
Tout curieux, en effet, qui prendra la peine de feuilleter le Bulletin des Lois pour l'année 1793 , y trouvera un Décret déclarant que, désormais, les étrennes sont interdites comme constituant une pratique contraire à la loi, le 1er vendémiaire1 ayant été choisi comme point de départ de l'année républicaine.
Le peuple ne tint nul compte de cette prohibition qui tomba bientôt dans l'oubli, et les étrennes reparurent avec le Directoire. Mais Napoléon Ier, qui rétablit avec pompe les réceptions du jour de Tan, ne songea aucunement aux modestes boutiquiers, qui restèrent bannis des boulevards parisiens jusqu'en 1815.
Louis-Philippe qui leur avait concédé le droit de stationnement, le leur retira après 1836.
Enfin Napoléon III restitua aux marchands l'asphalte des boulevards, et depuis lors leur installation, sauf pendant le siège de Paris, n'a point subi d'interruption.
Le mot et même l'idée d'étrennes nous viendraient, croit-on, des Romains.
On en attribue l'institution au roi des Sabins qui, au dire de la légende, partagea le trône avec Romulus. Ayant regardé comme un bon augure le présent qu'on lui fit, au commencement de Tannée, de quelques branches coupées dans un bois consacré à Strénia2, déesse de la force, il encouragea dans la suite cette coutume; et les cadeaux faits à cette époque conservèrent le nom de Strenœ, d'où est venu l'expression « étrennes ». Chez les Romains déjà, les branches d'arbres et les rameaux de verveine furent remplacés par des figues, des dattes ou du miel que les clients portaient à leur patron, en y joignant parfois une pièce d'or.
Le peuple aussi, offrait des étrennes à ses maîtres : c'est ainsi qu'Auguste employa l'argent plébéien, reçu au premier de l'au, à acheter de précieuses statues figurant des divinités.
Partout pour ainsi dire la nouvelle année est célébrée, et la mode des étrennes a fait le tour du monde.
Citons d'après M. Aymé Humbert ce qui se passe au Japon.