‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 12 sur 323 · Déesse Strenia ou Strenua · texte numérisé non relu

Déesse Strenia ou Strenua

Au lever du soleil tout le monde est déjà debout : hommes, femmes et enfants s'empressent de revêtir leurs costumes de fête, et les félicitations commencent dans L'intérieur des familles. L'épouse a déposé sur les nattes du salon les étrennes qu'elle destine à sou mari. Aussitôt qu'il se présente elle se prosterne à trois reprises; puis, le corps penché eu avant et appuyée sur les poignets, les doigts allongés dans la direction des genoux, inclinant légèrement la tète, elle lui adresse son compliment. À son tour l'époux lui offre des cadeaux ainsi qu'aux divers parents, et un déjeuner aussi somptueux que la condition le permet termine cette fête familiale.

En Chine, racontent les relations des missionnaires, les fêtes du renouvellement de Tannée, du Soon-Nin, durent dix jours. in distingue : la journée des oiseaux, celles des chiens, des brebis, des porcs; et chacune de ces dénominations indique le mets qui sera préféré ce jour-là dans la composition des repas du Céleste Km pire.

Riches ou pauvres, mandarins ou coulies, écrit de son côté M. J. Dronneau, tous les Annamites célèbrent avec enthousiasme le jour de l'an suivant leurs ressources, et rien ne saurait les empêcher de remplir les devoirs que leur imposent la loi rituelle et la piété filiale. Têt! Têt! est l'exclamation joyeuse qu'on entend le toutes parts...

Pendant les trois premiers jours surtout, la fête bat son plein : les ateliers sont fermés, les marchés déserts, et les rues ne sont olus remplies que de gens, en liesse se dirigeant vers la pagode, ou allant rendre visite à leurs parents et amis.

Mais la caractéristique la plus curieuse de cette fête, c'est la participation des morts à toutes les cérémonies; c'est l'évocation touchante des aïeux disparus, «à qui Ton rend les honneurs « qui loivenl assurer à leur Ombre le repos dans les frais bocages pielle aime à fréquenter ». Des autels sont dressés en l'honicur des ancêtres, et des offrandes de toute nature sont réunies à eur intention.

Voici quelques-uns des préjugés qui, au premier de l'an, ont îoursen Annam; ils ne sont ni plus ni moins ridicules que noin- >re de ceux répandus dans nos campagnes :

— Si les chats miaulent la nuit du premier de l'an, les bêtes féroces sont à craindre.

— Si la première visite reçue est celle d'un supérieur, c'est un pronostic d'événements heureux.

— Si l'eau de la nouvelle année pèse plus que celle de Tannée précédente, les inondations sont à redouter.

— Si les voleurs accomplissent un audacieux exploit pendant le « Têt », ils peuvent espérer une année fructueuse.

— Si ce jour-là on est obligé d'adresser des remontrances aux serviteurs, il faudra les morigéner durant toute l'année, etc..

Après les visites familiales, on se rend à la Pagode pour y faire ses dévotions. A peine le seuil franchi, l'Annamite quitte ses sandales et s'avance pieds nus, les mains jointes et l'air recueilli, jusqu'à l'autel. Là, étranger à tout ce qui se passe autour de lui, il fait les trois laies d'usage. Le laie, qui est la forme du salut de l'inférieur au supérieur, consiste à se mettre d'abord à genoux en élevant les deux mains jointes au-dessus de la tête, puis à se prosterner complètement, le front touchant le sol. Il se relève pour recommencer trois fois de suite, après quoi il prend une sorte de cornet de bambou, renfermant un certain nombre de petites baguettes, sur l'extrémité desquelles sont gravés des caractères ayant un sens cabalistique, et, suivant celle qu'il tire au hasard, l'année est jugée devoir être bonne ou mauvaise. Aussi le fidèle agite-t-il le cornet redoutable avec une vive anxiété, dans la crainte de voir sortir l'un des bâtonnets redoutés.

En Indo-Chine, notamment en Birmanie, on inaugure l'année nouvelle par une réjouissance symbolique appelée Fête de Veau, qui dure quatre jours.

Une fois les devoirs pieux remplis à la pagode où se pratiquent une série d'ablutions variées, tout le monde se répand dans les carrefours où l'enthousiasme public se donne carrière1. Dans les villes et les villages on s'asperge d'eau parfumée ou chargée de fleurs, et, par les fenêtres des maisons décorées de gracieux feuillages, on s'amuse à lancer de fines douches sur les passants.

Des bandes joyeuses, portant de l'eau dans des jarres de terre

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