LES ANCÊTRES ET LE TRANSFORMISME
des constructions Intellectuelles qu'on ue pourrait surpasser aujourd'hui. »
C'est en ce sens que Renan Lui-même a pu écrire : « Dès son apparition , le Langage Fui aussi complet que la liaison qu'ilreprésente. »
Les collections de crânes humains recueillis parla paléontologie, nous font-ils donc voir des types très inférieurs? Les spécialistes dont le témoignage fait autorité, ont estimé que la capacité crânienne des plus anciennes tètes humaines découvertes, était de 1.-220 centimètres cubes; c'est-à-dire que le cerveau était aussi développé chez l'homme fossile que chez bien des individus appartenant à diverses races modernes ; plus même qu'il ne l'est chez certains Parisiens , d'après les recherches de M. le Dr Topinard.
On a signalé avec raison le sentiment artistique chez l'homme préhistorique, sentiment dont il n'y a point trace chez les singes. Seul l'homme a eu l'idée de reproduire sur la pierre, le bois ou l'ivoire, les spectacles qui frappaient son imagination. Citons au hasard les dessins de la grotte d'Aurensan, les gravures du superbe bâton de commandement trouvé à Mondgaudier, etc.. Ce sont bien là des manifestations esthétiques d'ordre supérieur, c'est-à-dire un travail sans aucun profit ni avantage matériel, en échange de l'effort dépensé : c'est l'art pour l'art, l'amour instinctif du beau.
Ajoutons une remarque de sens commun. Si l'homme est la dernière forme de l'anthropoïde supposé, comment n'existe-t-il pas, de par le monde, des spécimens vivants du type de transition? et comment rencontre-t-on encore des singes dans les pays où naissent et se reproduisent des hommes parfaitement distincts de l'espèce simienne?
D'autre part, pour être en droit d'affirmer qu'il existe à Y état fossile des êtres intermédiaires reliant les deux anneaux: extrêmes de la chaîne, il faudrait montrer autre chose que les débris de tel ou tel spécimen qui ne fut peut-être en son temps qu'un être exceptionnel, à supposer même ces ossements à l'abri de toute discussion quant à leur authenticité stratigraphique.
Non, tant qu'il ne sera pas établi que le prétendu précurseur
de l'homme a existé à l'état de race, les vestiges isolés sur lesquels on disserte n'autoriseront pas à formuler, à bon droit, une conclusion ethnographique. Les modifications par influence de milieu ne peuvent être invoquées ici, puisqu'il s'agit d'êtres vivant côte à côte dans la même région : évidemment, tous étant placés dans des conditions identiques, auraient dû subir les même transformations, puisqu'ils coexistent dans les mêmes zones.
Et cependant quelle infranchissable distance n'y a-t-il pas entre le plus choisi, le mieux doué des singes, et le plus vulgaire des Noirs !
Si l'homme n'est qu'un singe perfectionné, comment, de temps en temps , ne voit-on pas les descendants d'hommes inférieurs faire,, selon la loi commune, retour au type primitif, au singe originaire?
Oui, au cas où la théorie que nous combattons serait fondée, on devrait voir des femmes dégénérées donner le jour à des singes, et de jeunes bacheliers avoir pour mère une chimpanzée d'élite !
Certes! bien téméraire serait celui qui viendrait, de nos jours, formuler une doctrine catégorique sur le stade préhistorique de l'humanité1; du moins, ce qu'on peut dire, c'est que les plus anciens documents appartenant à l'histoire, révèlent déjà une civilisation étonnante, invraisemblable même.
Prenons, si l'on veut, les découvertes faites en Chaldée il y a quelques années2 par M. de Sarzec, vice-consul de France, et qui ont mis au jour des objets remontant, dit-on, à 4.400 ans avant l'ère chrétienne. Eh bien! que nous apprennent ces vestiges de l'antiquité la plus haute?... Nous font-ils voir à 6.300 ans de distance des êtres grossiers, incultes, sans croyances, sans idéal?
Nullement.
« A cette date lointaine où l'on peut entendre les premières invocations religieuses sur les bords de l'Euphrate, l'homme est déjà merveilleux, plein de rêves infinis, sachant rendre sa pensée
1. En ce qui concerne l'âge du monde, les géologues ont toute latitude, puisque le mot jour, employé par la Genèse désigne des périodes indéterminées, comme durée. Le soleil n'ayant été créé que le quatrième jour, il est manifeste que ce mot ne peut désigner une période de 24 heures.