COUP D OEIL HISTORIQUE SUR L HOMICIDE ET LE MEURTRE
M vengeance aux premiers âges. - Modalités de la loi du talion. — L'homicide en Grèce : la loi de Rhadamante. — Maléfices mortels des Romains. — Le prix du sang chez les Barbares: curieuses compositions de la loi salique. — Tarif des blessures «lie/ divers peuples. — La première loi contre le meurtre. — Ce que valait la vie chez les Goths et dans la législation grusinienne .Russie). — L'image de la Vierge et le prétendu droit de vengeance. — Anciennes coutumes de l'Irlande en cas de meurtre : lettre de sainl Patrice. — L'homicide et les blessures devant les juridictions d'Église. — Quels étaient les droits des évoques sur les clercs? — Analyse des pénalités ecclésiastiques : immunication, peines publiques, pèlerinages, jeûnes... Description du cérémonial de l'anathème. — Des différentes classes de pénitents. — Pouvait-on excommunier pour des motifs humains? — Ce qu'il faut entendre par l'excommunication des naux : textes et « sentences de mort ». — Le droit d'asile et l'homicide. — La fiction du temple ambulant et les coupables...
I. A l'état de barbarie, à l'époque où le régime de la concurrence vitale existait, non seulement entre les animaux, mais encore en quelque sorte d'homme à homme, la force individuelle tpparait comme ayant été le seul moyen originaire de repousser les agressions.
N'étant défendu par aucune organisation sociale, l'homme primitif se fait justice à lui-même; et, suivant en cela un sentiment instinctif, il exerce à l'égard de quiconque l'offense une vengeance disproportionnée et même sans mesure. L'inclination naturelle ne porte-t-elle pas à repousser l'outrage par les coups, et les coups par une atteinte mortelle? Oui, bien des fois, chez des natures violentes comme furent celles des premières tribus, le meurtre immédiat dut être la réponse directe à une simple offense.
Ainsi se comporte le sauvage quand il a été volé ou maltraité
par quelque indigène de son voisinage : ne pouvant facilement se faire rendre justice, il tue son ennemi pour avoir la sécurité.
Dans les plus anciens documents du droit hindou, on retrouve ce sentiment; on y voit que la violence est permise pour protéger les intérêts sacrés et pour assurer sa propre vie. Là se trouve une application du droit primordial de légitime défense, à défaut d'autre sauvegarde.
Quand les sociétés commencent à s'organiser, des lois positives interviennent alors, pour limiter la vengeance à une peine exactement égale au préjudice causé. Aux représailles sans mesure, la loi du talion pose en effet le principe suivant, qui, malgré sa dureté, constitue un progrès indéniable : « œil pour œil, dent pour dent, plaie pour plaie, brûlure pour brûlure, vie pour vie1. » Cette loi du talion est la première restriction apportée à la sauvage passion de vengeance, que les poètes païens ont glorifiée comme étant « le plaisir des dieux ».
Moïse a formulé un ensemble de dispositions relatives à l'homicide et à ses modalités2. L'attentat contre la vie était réputé inexcusable, et le temple de Jérusalem lui-même ne pouvait être un asile protecteur contre le meurtrier 3.
Dans l'Ancien Testament la peine du talion se rencontre en maintes circonstances; mais dès que le Christianisme apparaît l'influence de l'esprit de charité se fait sentir. Enfin, peu à peu les peuples adoucissent leurs mœurs, et l'on voit se généraliser la théorie de l'indemnité ou « composition » , qui remplace les peines corporelles par une pénalité pécuniaire variable.
Sans doute cette compensation substituée à la violence particulière était pratiquée depuis longtemps à Rome, comme chez les Germains; mais l'Église, la trouvant plus humaine, la favorisa de mille manières et contribua puissamment à la diffuser dans le monde.
En résumé, à la vengeance individuelle et arbitraire, a succédé une vengeance restreinte ou loi du talion, qui bientôt
1. ... Oculum pro oculo, clentem pro dente.,., animam pro anima exiges. Exode, XXI j Dente r., xix.