Le II. P. Cothonay, missionnaire au Fo-kien
L'auteur du Droit de la nature1, se faisant l'écho de divers théoriciens, a soutenu « qu'il n'est pas impossible qu'on ait raison d'abréger ses jours, pour se préserver d'un grand mal ». D'autres, allant plus loin dans l'erreur, ont soutenu que la loi religieuse et l'Écriture Sainte ne défendaient pas positivement de se décharger du fardeau de la vie.
Nous répondrons que le précepte : non occides, « tu ne tueras point, » est aussi catégorique et aussi général que possible. Or se tuer, c'est encore tuer.
On a cité la mort d'Abimélech, celle de Samson, de Saûl, d'Éléazar, comme autant de suicides. D'abord, l'Écriture rapporte les faits, sans dire si elle les propose en exemple; de plus, ces trépas présentent des caractères très particuliers : le coup mortel qu'Abimélech2 reçoit de son écuyer est la juste peine des crimes par lui commis; c'est aussi en vertu du châtiment annoncé que Saûl succombe3; quant à Samson et à Éléazar4, loin de s'abandonner à la mort des lâches, l'un se sacrifie noblement pour venger sa patrie, l'autre pour délivrer son peuple5.
Grecs et Romains préconisèrent le suicide. « On ne doit blâmer celui qui succombe, dit Platon, que s'il se détruit sans l'autorisation des magistrats ou sans y avoir été poussé par le malheur6. » Lucrèce7 est de l'avis de Platon. En Grèce, comme chez les Celtes, il y avait des lieux publics, destinés à qui voulait périr : il suffira de rappeler les noms de Leucade et de Géos.
Dans son traité de la République , Cicéron écrit que le suicide est une impiété; que nous n'avons pas le droit de sortir de la prison de notre corps sans la permission du Ciel, sinon nous semblerions nous refuser à remplir le devoir dont nous avons la charge ici-bas8... On ne saurait mieux dire; mais étant donné