Œuvres du Chevalier Temple, p
G. Keyskr, Ant. sélect., p. 141 (1720),
Dès que la pensée chrétienne se diffusa dans le monde, le suicide, que les éléments gréco-romains et germains y avaient profondément enraciné, tendit à diminuer d'une façon très sensible. Entre tous les Pères, saint Augustin se prononça avec véhémence contre la théorie de la mort volontaire1. De leur côté, les Conciles protestèrent vigoureusement contre ceux « qui se défaisaient de la vie ». Le Concile d'Arles, tenu en '+52, appela « œuvre du démon la mort par le suicide » ; celui de Brague, en 563, déclara « excommuniés » ceux qui disposeraient de leurs jours. Le Concile drAuxerre en 578, et le Concile de Troyes au ixe siècle renouvelèrent les mêmes prohibitions... 2.
On sait que, dans bien des régions, lorsque d'aventure les gens du peuple se trouvent en présence d'un pendu, ils croiraient se compromettre en coupant la corde, hors de la présence d'un officier cle justice. Certes, s'il s'agissait de porter secours à un homme qui se noie ou veut se jeter dans le vide, il n'est personne qui n'intervienne avec un zèle louable pour empêcher un malheur... D'où vient donc cette abstention systématique en cas de pendaison? On peut donner l'explication suivante.
Durant tout le moyen âge, quand on saisissait un espion ou un scélérat quelconque en flagrant délit, les chefs militaires ne s'attardaient pas à instruire l'affaire, à la faire plaider contradictoirement devant une assemblée de juges. Point! On accrochait le coquin au premier arbre venu, et l'armée continuait sa route.
Souvent aussi, la justice criminelle fit pendre les condamnés aux arbres des chemins. C'est seulement au xive siècle, sous Philippe le Bel, qu'elle eut un lieu attitré pour les exécutions, et un gibet officiel dans les fourches patibulaires de Montfaucon, élevées par Enguerrand de Marigny. Jusque-là, on risquait donc en faisant une promenade bucolique de se trouver inopinément, au fond de quelque aimable solitude, face à face avec un pendu. Le premier mouvement, on le suppose, devait être de porter secours et de couper la corde dans l'espoir de rappeler l'infortuné à la vie. Mais alors, que serait devenue la