‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 141 sur 323 · Hominem mortuum deponere · texte numérisé non relu

Hominem mortuum deponere

3. Sine loluntate aut CûTuilio judicis..., de ramo ubi incrocatnr.

Se venger, sur un cadavre, du scandale qu'il a pu donner à La société et à la morale, ne semble pas un moyen bien efficace pour détourner les désespérés de l'obsession qui les hante; car celui qui ne tremble pas à la pensée d'aller, selon la grande expression de Bossuet, au-devant de la terrible aventure de la mort; celui qui ne prend nul souci du chagrin ni de l'ignominie qui doivent retomber sur la famille qu'il abandonne; celui enfin qui se rit des anathèmes de la religion, ne sera évidemment pas arrêté dans sa résolution homicide par la crainte de voir sa mémoire vouée à une infamie posthume.

Cependant jadis en France, le corps du suicidé était traîné sur une claie à travers la ville.

Notre ancienne législation admettait les procès au cadavre. « Puisqu'on trouve juste, dit un vieil auteur, de distribuer des honneurs après le décès d'un homme de bien, il doit être légitime dans le cas contraire de le couvrir de honte *. »

D'ailleurs cette pratique remonte à l'origine des sociétés. On sait que dans l'Egypte des Pharaons, avant d'être mise dans le cercueil, la momie des hommes illustres était apportée devant les prêtres et le peuple rassemblés ; et là, par une sorte de suffrage universel, la mémoire du défunt était ou flétrie ou célébrée : les rois euxmêmes n'échappaient pas à ce jugement populaire dont la solennité et la grandeur ne sauraient être méconnues.

C'est bien ce qu'on peut appeler le procès à la mémoire 2.

Plus tard on ne se contenta point du blâme public ; on alla jusqu'à infliger le supplice au cadavre du criminel. On peut citer par exemple le cas de Cléomène, roi de Sparte, qui, après son suicide, fut mis en croix sur l'ordre de Ptolémée Philopator, contre qui le chef Spartiate avait conspiré 3.

Plutarque raconte que de son temps, en Grèce, on intentait fréquemment des poursuites après la mort des coupables ; quelquefois même il y avait mutilation : par exemple on coupait la main du suicidé. Ainsi fut traduit en justice un certain Phrynicus accusé

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