‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 146 sur 323 · Art · texte numérisé non relu

Art

des mannequins de paille et des hommes d'étoupe, sur lesquels se vengeait la justice impuissante, quand l'accusé avait pu échapper à la vindicte publique.

Quelquefois « l'homme de paille » était mis au gibet; ordinairement il était brûlé par la main du bourreau, après que lecture de la sentence avait été faite à haute voix devant le peuple assemblé. De là vient l'expression populaire « d'homme de paille », pour désigner un mandataire apparent, un faux représentant imaginé par des gens de mauvaise foi.

Il est curieux de retrouver dans notre code civil l'expression de « jugement par effigie », pour désigner la décision rendue contre une partie non présente 1. Il y a là de la part du législateur une simple réminiscence du passé.

A l'époque des guerres de la République et de l'Empire, il se forma en France et en Prusse un Club de suicide, dont les affiliés s'engageaient à se donner la mort, dans certaines circonstances et à certaines dates prévues 2. Le dernier représentant de cette extravagante société a, dit-on, terminé ses jours en 1809. Le règlement portait que, tous les ans, « on élirait celui des membres qui serait tenu de se détruire 3 ».

L'idée n'était point nouvelle. En effet, du temps de Marc-Antoine et de Cléopâtre, le suicide jouissait en Egypte d'une telle faveur, qu'on forma une Académie ou Société des Synapothumènes4, où se réunissaient les personnes déterminées à succomber ensemble. Après la bataille d'Actium, Marc-Antoine et Cléopâtre devinrent les chefs de ce groupe, dont la grande occupation fut de rechercher les moyens les plus doux et les plus ingénieux pour finir gaiement la vie. On sait la mort d'Antoine, et celle de la belle Égyptienne ; et, bien que quelques auteurs se soient mis l'esprit à la torture afin de démontrer que la piqûre de l'aspic ne peut procurer la mort, nous tiendrons pour constante la double affirmation d'Horace et de Properce5, contemporains de cette reine illustre.

Page 1