M. Buonafede, p. 30. — De cruvaTroOuw, tuer ensemble
5. OJes, I, xxxi, 25 ; et les vers de Properce commençant ainsi : Brachia spectavi...
En France, ce ne fat jamais au nom d'une idée religieuse que l'on prôna Le suicide. En Russie au contraire, déjà sous Pierre e Grand, un important groupe fanatique avait recommandé La mort . libre »>, comme moyeu de sanctification. Les philipoftthins se disaient que le meilleur moyen de ne plus pécher, était de m> détruire...
Comme >i s'arracher la vie n'était point la moins réparable des tant.'»!
Ils se Laissaient donc mourir de faim, ou encore se faisaient wtferrer tout rivants.
Encore en 1897, la police russe a découvert dans le gouvernement de Kherson, à 3 kilomètres de Tiraspol, plusieurs groupes de cadavres de fanatiques qui s'étaient fait emmurer vifs, pour éviter l'antéchrist annoncé par une sorte de prophétesse, Yitalia.
Lu riche paysan de la contrée, Kovalev, a avoué devant le juge d'instruction, avoir prêté son concours à ce suicide collectif, qui semble avoir compris vingt-six personnes. Kovalev creusa toutes les tombes. Dans la première il fit entrer cinq hommes, trois femmes et deux enfants; puis il en ferma l'entrée avec des briques et de la chaux. Lorsqu'on ouvrit cette tombe, on constata que les enfants avaient tenté de se soustraire à la mort, et qur. de leurs doigts crispés, ils étaient parvenus à dégager une certaine quantité de terre autour d'eux.
Dans la seconde tombe, se trouvaient trois personnes adultes et trois enfants; dans la troisième, quatre femmes, parmi lesquelles la sœur de Kovalev. D'après ce que raconta ce dernier, le- quatre femmes assistèrent au creusement de la fosse, et lorsqu'il eut fini son travail, il leur dit tranquillement : « Maintenant tout est prêt: descendez donc si vous n'avez pas changé d'avis. » Elles descendirent, et Kovalev mura l'entrée. Dans la quatrième tombe, qui avait été décorée, se trouvaient les autres cadavres : la prophétesse elle-même, la mère de Kovalev, son frère et trois femmes.
Si Von se place au point de vue légal et critique, le suicide soulève de graves problèmes que Ton ne saurail passer sous silence : ainsi, quand un homme prête son concours à un désespéré qui
veut mourir, est-il complice d'assassinat, d'après notre code pénal, comme il l'est en pareil cas au regard de la conscience et de la loi religieuse?
Dans une thèse spécieuse, l'auteur de la Sociologie criminelle { prétend que l'homme a, tout ensemble, le droit de se détruire « et par suite celui de se faire tuer si bon lui semble, à condition que celui qui tue, agisse non seulement avec le consentement de la victime et par ses prières, mais aussi pour des motifs moraux et humanitaires (tels que la pitié, l'amitié, l'amour) ; alors, ose soutenir l'auteur, le droit de mourir et de se faire tuer concorde avec l'intention bienfaisante de l'agent, dont l'acte, en pareil cas, doit mériter l'acquittement et môme l'approbation ».
Heureusement, l'énormité du sophisme est si manifeste, qu'elle atténue de beaucoup les conséquences de cette scandaleuse théorie.
En quoi un crime deviendrait-il donc légitime parce qu'il a été commis à deux?
Dans les lignes suivantes, J.-J. Rousseau a bien mis en relief les puissants motifs qui, en dehors même du sentiment religieux, doivent détourner de cette lâcheté : « Le suicide est une mort furtive et honteuse, un vol fait au genre humain. Tu te dis inutile au monde, philosophe d'un jour? Ignores-tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans trouver quelque devoir à remplir! S'il te reste au fond du cœur le moindre sentiment de vertu, viens que je t'apprenne à aimer la vie. Chaque fois que tu seras tenté d'en sortir, dis en toi-même : Que je fasse encore une bonne action avant de mourir ! puis va chercher quelque indigent à secourir, quelque infortuné à consoler, quelque opprimé à délivrer. »
Dans notre législation, le suicide n'est pas un délit; par suite, en droit, il ne saurait y avoir complicité, c'est-à-dire participation criminelle dans le fait, si blâmable soit-il, d'encourager un désespéré à perpétrer ses funestes projets.
Cependant s'il y a la pius légère coopération, non plus intellec-
i. Enrico Ferri.
BUICIDB, PAEBICIDB, ETC. 269
luelle mais active de la part d'un tiers, — fût-ce à la demande instante ou même sur L'ordre formel de la victime, — la responsabilité de l'auxiliaire se trouve engagée Légalement. Et en effet, apporter un concours bénévole à L'exécution d'une œuvre de mort, est une complaisance inexcusable: cette compassion prétendue n'est qu'une connivence meurtrière, en dépit des arguments invoqués pour la justifier, pour la poétiser.
On peut même trouver des législations modernes qui châtient la tentative de suicide : par exemple l'article 1473 du Code pénal de 18G0, en Russie; le Code pénal de l'Etat de New- York, § 174-, et aussi la loi anglaise1. Plus d'une fois on arrive à contourner la loi en concluant à l'aliénation mentale, c'est-à-dire à l'irresponsabilité de celui qui a voulu mourir. Néanmoins dans la statistique judiciaire de ce dernier pays, nous voyons pour une seule année cent six personnes, soixante-seize hommes et trente femmes, poursuivies pour « tentative de suicide2 », et quatrevingt-quatre condamnations prononcées : plusieurs s'élèvent à cinq ou six mois de prison. Enfin au Japon, le Code de 18863 punit de six mois à trois ans Yharakiri traditionnel, c'est-à-dire les actes faits en vue de s'ôter la vie, soit directement, soit au moyen d'un concours étranger.
Citons quelques traits de l'intervention de tierces personnes dans des actes de suicide.
Le colonel Combes tua d'un coup de pistolet un de ses compagnons d'armes, qui gravement blessé sur le champ de bataille, lui demandait au nom de l'amitié de l'achever.
La comtesse Bathyani rendant visite à son mari qui était retenu en prison, lui remit un canif avec lequel il se coupa les veines afin de ne pas comparaître devant ses juges (Holzsendorff, Mord und Todesstrafe, Berlin.)
Le même cas s'est présenté en 1882, pour le comte Faello, de L'Université de Bologne, qui, poursuivi sous l'inculpation d'assassinat, reçut de sa femme un poison mortel.
Cn certain Lefloch, traduit devant la cour d'assises du Finis-