M. Kaufïmann
2. Naja tripudians ou Cobra capello, sorte de couleuvre à chaperon.
[DE, PARRICIDE, RTC. 273
talité annuelle de 200.000 personnes, causée, accidentellement ou non. par ce venin, rien que dans l'Inde anglaise!
Le directeur de l'Institut bactériologique de Saigon1 a pu faire d'intéressantes expériences à ce sujet... In Annamite étant parvenu à s'emparer de dix-neuf serpents, les expédia àSaïgon; quatorze y arrivèrent vivants dans le baril qui les contenait. On prit du venin extrait des glandes de ces reptiles; on rétendit dans 300 grammes d'eau distillée; et une goutte de ce liquide ayant été introduite dans les veines de l'oreille de divers animaux, ils succombèrent au bout de cinq minutes à peine2.
Dans tous les pays, ce sont surtout les célibataires qui se donnent la mort, puis les veufs : les gens mariés sont ceux qui se tuent le moins. Et cependant il semblerait que les charges et les soucis de famille doivent leur rendre la vie plus difticile : or c'est tout le contraire. Ainsi, pour ne parler que des hommes, la proportion des suicidés est environ de 270 hommes mariés, contre V20 célibataires.
Une autre remarque qui contredit l'opinion commune est la suivante : novembre, décembre, janvier, c'est-à-dire les mois les plus durs, les plus pénibles de Tannée, sont ceux où l'on se détruit le moins; tandis que le beau mois de juillet voit le chifl're mensuel des suicides passer de 460 environ à 8 ou 900.
Relativement peu de morts volontaires sont dues à la misère, alors que les suicides dits passionnels sont incalculables en quelque sorte.
Ces fins tragiques sont plus fréquentes dans les grands centres que dans les campagnes; et Paris est la ville d'Europe où l'on se tue le plus... Serait-ce parce que notre capitale est celle qui offre le maximum de plaisirs imaginables?
La publicité complaisante donnée aux suicides fameux, est peut-
1. M. Calmette, v. Rev. Scientif., 23 avril 1892. Ce savant signale le chlorure d'or comme neutralisant l'action de la morsure.
2. Quel est au juste le principe actif de ce venin subtil? M. Gautier croit que le venin de ces ophidiens serait une exagération de la ptyaline, se rapprochant des éléments de l'urée. — V. aussi l'étude de M. Calmette : Archives de Médecine.
être la cause la plus active des nombreux exemples dont nous sommes chaque jour témoins. A son insu, la Presse les propage par le retentissement qu'elle leur donne, et par les détails tragiques qu'elle aime à reproduire.
A ces lectures émouvantes, la sensibilité maladive de plusieurs s'exalte ; l'imagination s'enfièvre et ravive déceptions, découragements ou douleurs qui, hier encore, sommeillaient sans danger.
Le nombre des suicides a plus que quadruplé depuis un demisiècle. De 1827 à 1830, la proportion annuelle était de cinq par cent mille habitants; cette proportion monte à dix, de 1851 à 1855; de 1871 à 1875 elle s'élève à quinze, atteint dix-sept de 1876 à 1880, dépasse vingt-deux en 1890...
Par année, actuellement en France neuf mille personnes, en moyenne, s'arrachent volontairement à l'existence.
En 1815, alors que Napoléon Ier était sur le navire le Northumberland qui le transportait à Sainte-Hélène, divers amis de l'illustre captif lui parlèrent du vague espoir qu'avait l'Angleterre de voir le vaincu s'ôter la vie, plutôt que de subir la cruelle humiliation de l'exil1. Alors l'empereur prenant la parole avec émotion répondit : « Selon moi, le suicide est le plus révoltant de tous les crimes. Ma raison ne m'offre rien qui le justifie. Comment un homme peut-il prétendre avoir du courage quand il n'en a pas contre l'infortune? Le véritable héroïsme consiste à se mettre au-dessus des malheurs de la vie : de quelque nature qu'ils soient, on doit les défier ou les combattre. »
Il n'est pas mauvais de rappeler ce noble langage à une époque où le suicide fait des ravages dans tous les rangs, et jusque dans ceux des écoliers. Ce délire invraisemblable chez un enfant : le dégoût de l'existence, avant même d'avoir eu le temps de la connaître! le découragement avant la lutte, la satiété avant le banquet, sont désormais une réalité douloureuse qui prend la proportion d'une énormité sociale et d'un scandale public. Tels sont, hélas! les fruits mortels de l'éducation sans Dieu : ne croyant plus à rien, ne trouvant pas que la vie « vaille la peine
1. Correrpond. du Dr Warden, médecin à bord du Northumberland.
de vivre », cherchant la nuit avant La fin du jour, blasphémant la Lumière du ciel, toul jeune encore, L'enfant impie rêve de
mort < l aspire au néant h pour n'être plus ennuyé ni grondé », selon le mot typique d'un de ces petits malheureux qui avait connu à peine huit printemps!
II. Du parricide. — A raison de son caractère odieux, le parricide a été frappé, de tout temps, des plus graves châtiments. Chez Les Hébreux, la loi de Moïse prononçait la peine de mort1.
La législation de l'ancienne Rome n'avait d'abord établi aucune peine spéciale contre les parricides; le législateur ne voulait pas supposer qu'un pareil crime pût jamais être commis : du moins telle est l'explication que donnent les auteurs sur cette lacune de la loi. Et effectivement le parricide demeura, sinon inconnu, du moins impuni à Rome, jusqu'à Tan 302 de sa fondation.
Mais par suite de la corruption des mœurs, des exemples de ce forfait s'étant multipliés, la loi des Douze Tables édicta une peine exceptionnelle : le coupable était cousu dans un sac de cuir, puis précipité dans la mer. Cette sanction fut ensuite aggravée : le sac de cuir renferma avec le coupable certains animaux, à la fureur desquels il était livré : un singe, une vipère, un chien et un coq2. Au préalable il avait été flagellé jusqu'au sang, et dégradé publiquement s'il était citoyen romain. Cicéron admirait l'ingénieuse combinaison de ce châtiment raffiné 3.
La pénalité fut modifiée plus tard : quand la mer se trouvait trop éloignée du lieu de la condamnation, le coupable, d'après une constitution de l'empereur Adrien, était livré aux bêtes ou brûlé rif. Constantin rétablit le mode originaire du supplice des parricides, sans l'adjonction des animaux dans le sac employé pour l'exécution.
En France, avant 1791 4, le fils parricide, après avoir fait
1. Exode, ch. xxi. v. 17 : (( (lui percusserit patrem suuvi aut matrem, morte moriatur. »
2. L. 9. Ad. leg. Pump. (De Parricid.). — L. unie, au c. De his qui parr. — Instit. (de pub.jud.').
3. Pro Poscio, 71. — Juven., Hat. XIII, v. 154. — Quint., Instit. orat., VII, 8.
4. Muvard de Vouglans, p. 170. — Joussc, t. IV, p. 20. — Parlement de Paris, 16 décembre 1767. — Dali., XIV 594.
amende honorable, la hart au col (la corde au cou), était condamné, d'après la jurisprudence ordinaire, a avoir le poing droit coupé; puis il était mis sur la roue et rompu vif ; son corps devait être ensuite brûlé, et ses cendres jetées au vent. Lorsqu'une fille se rendait coupable de ce crime, elle était ou pendue ou livrée au feu, car les femmes par raison de décence publique ne pouvaient pas être soumises au supplice de la roue.
Le Code de 1791 ne porta contre les parricides que la peine de mort, sans autre condition que d'avoir la tête et le visage voilés jusqu'au moment de l'exécution. Ajouter des tortures préalables, semblerait à nos mœurs actuelles un acte barbare, susceptible de discréditer l'autorité de la loi, et même de développer des instincts cruels dans le peuple témoin des châtiments. Cependant le code pénal de 1810 voulut, pour augmenter la répression, que celui qui avait donné la mort à son père eût le poignet coupé avant de subir la peine capitale; et ce n'est qu'en 1832, lors de la revision du code, que cette mutilation fut supprimée.
Nous avons vu dans l'un des musées d'Anvers le billot des parricides qui, sous l'empire de la loi de 1810, servait à cette amputation. Il se compose d'une pièce de chêne longue de soixantedix centimètres et épaisse de douze environ. A l'une des extrémités de cette masse de bois, sorte de haut tabouret monté sur quatre pieds obliques, est ûxé un court montant formant équerre, et dont le haut, découpé en forme de gouttière, recevait l'avantbras du meurtrier. Au billot était attaché une sorte de coutelas massif, au moyen duquel le bourreau abattait le poignet d'un seul coup.
Une profonde entaille, visible sur la tranche supérieure, nous montra que l'instrument avait servi, et qu'il avait été rougi du sang d'un fils impie.
Le châtiment du parricide reste encore, de nos jours, entouré d'un cérémonial particulier et d'un appareil spécial, de nature à frapper vivement l'imagination des assistants. D'après la loi actuelle, le condamné est conduit au lieu de l'exécution, en chemise, nu-pieds, la tête couverte d'un voile noir; et il est ainsi exposé sur l'échafaud pendant qu'un huissier donne, à haute voix, lecture de l'arrêt de la Cour.
I Itc aflreravation de pénalité est insignifiante, si on la compare, par exemple, à L'effroyable torture prévue contre Le parricide dans les lois du Céleste Empire.
Kn effet, si les Chinois n'ont pas le sentiraenl paternel très dé-
veloppé L'abandon fréquent qu'ils font de leurs enfants le prouve surabondamment), par contre, la piété filiale est pour eux 1»' principe fondamental de La société el de la famille, à tel
point qu'assimilant le parricide au crime de lèse-majesté, on réserve au coupable la mort lente ou « supplice des couteaux », connu sous le nom de kiao.
Nous allons le rappeler brièvement; toutefois nous conseillons aux lecteurs impressionnables de tourner la page, s'ils veulent éviter la description d'un tableau véritablement affreux.
La peine du kiao consiste à dépecer le parricide tout vivant1.
Sur une place publique se dresse un gibet réservé au fils meurtrier; on l'y attache, les pieds et les mains fortement serrés par des cordes, le cou pris dans un carcan. Tout près on remarque un panier couvert, rempli de couteaux : sur le manche de chacun d'eux est désignée la partie du corps qui doit en être frappée. C'est donc le hasard, ou plutôt encore la cruauté ou l'humanité du magistrat, chargé de donner l'une après l'autre au bourreau ces lames redoutables, qui prolonge ou abrège les indescriptibles souffrances du patient. Heureux est-il quand, dès le début de l'épreuve, sort du fatal panier le couteau qui doit le frapper au cœur et faire cesser son agonie! Mais il est une première et cruelle opération qu'il ne peut éviter de subir : l'exécuteur commence toujours par lui scalper la tète. A l'exception d'un étroit lambeau qui reste adhérent au front, il en détache totalement la peau qu'il rabat sur le visage, à la façon d'un masque sanglant : puis, armé des lames, qui se succèdent dans ses mains, il découpe et enlève lentement les parties du corps indiquées par les couteaux : souvent il ne quitte son odieux déige que par lassitude. Le reste de l'horrible besogne est abandonné à la férocité de la populace qui achève ce que le bourreau n'a pu finir '-'.