Notamment sous Louis XI
disparaître. » Mais quel épouvantable abus devait en faire la politique jacobine!
Ce fut sur la proposition du docteur Guillotin, député de Paris, que l'Assemblée décida, par un Décret du 21 janvier 1790, que dans tous les cas où la loi prononcerait la peine de mort, le châtiment serait égal pour tous, sans distinction de qualité ni de rang social. Prévoyant la construction de la fatale bascule, le Décret ajoutait ceci : « Le criminel sera décapité; et il le sera par F effet d'une simple machine. »
Un facteur de clavecins, un Allemand nommé Schmitt, se chargea, sous la direction du Dr Louis1, de la construction du nouvel appareil appelé souvent la Louison; et en avril 1792, le docteur écrivait à Roland, ministre de l'Intérieur : « Les expériences de la machine du sieur Schmitt ont été faites mardi à Bicêtre, sur trois cadavres qu'elle a décapités si nettement, qu'on a été étonné de la force et de la célérité de son action. »
Cette machine rappelait par sa forme la mannaïa, instrument en usage en Italie dès le xvie siècle, et qu'on employa à Toulouse, en 1632, pour l'exécution du duc de Montmorency, lorsque ce maréchal paya de sa tête l'appui qu'il avait donné au parti de la cour contre le cardinal de Richelieu2.
On s'est demandé quelle pouvait être la persistance de la vie dans le corps des suppliciés? D'après les expériences de MM. Regnard et Loye, aucun signe conscient n'a pu être constaté deux secondes après la décollation; mais les mouvements réflexes, tels que le clignement des paupières, sont possibles jusqu'à la sixième seconde. Les battements du cœur persistent pendant 25 minutes aux ventricules, et une heure aux oreillettes. Durant les deux secondes qui suivent la décapitation, les yeux demeurent ouverts, et la bouche énergiquement fermée; la tête comme le corps (cela est vérifié aujourd'hui) n'accuse pas le moindre
1. Le docteur Louis, secrétaire de l'Académie de Chirurgie, chargé de suivre les expériences de décapitation sur les cadavres de Bicêtre, déclare dans son rapport que pour assurer l'efficacité de la chute du couperet, il faut que la machine mesure au moins 14 pieds d'élévation.
2. On peut voir dans le vieux château de Nuremberg un instrument qui ressemble à la guillotine, et qui, à en croire le cicérone du lieu, daterait de plus de deux siècles.
mouvement spontané. Au boul dune minute, la lace commence à pâlir; après quatre minutes, elle se montre tout à fait exsangue.
Les exécutions allemandes ont lieu, dans le nord et le nordouest, au moyen de la hache; dans l'est on usait de « l'épée à deux mains », et dans le sud, d'une guillotine très semblable à celle de Schmitt. Aux termes de l'article 13 du Code pénal allemand, tout condamné à mort a la tète tranchée.
La décapitation n'est pas publique et se passe dans Tintérieur de la prison : n'y assistent que deux juges avec un greffier, les membres du Parquet, un ministre du culte, l'avocat et tous les détenus. En outre , le Conseil municipal (Gemcinderede) du lieu du supplice est invité à fournir douze délégués choisis parmi les notables.
Celui qui est condamné « à la hache » est amené pieds et poings liés, en bras de chemise, sur l'échafaud où se trouve placé son cercueil rempli de sciure de bois; il s'agenouille et pose la tète sur un billot recouvert dune étoffe noire. Le bourreau (Scharfrichter), après avoir lu à l'accusé sa sentence, abat la tête, et tous les assistants saluent.
Pour la mort par Ycpée le billot est supprimé : le condamné se place à genoux, le buste droit; et l'exécuteur brandissant l'épée de bas en haut par un mouvement demi-circulaire, fait sauter la tète à plusieurs pas en arrière.
La garrotte est le mode d'expiation suprême usité en Espagne, en Portugal, et dans certaines colonies. Voici comment elle a lieu ordinairement. Deux jours avant, le condamné est « mis en chapelle » en compagnie de moines, afin d'y prier et de se préparer à la mort. Au jour fatal , après avoir entendu la lecture de l'arrêt qui le condamne, il subit un dernier interrogatoire, et monte dans un tombereau attelé d'un mulet. Sur la place, on a dressé une plate-forme à laquelle on accède par un escalier de plusieurs marches; au milieu de la plate-forme s'élève un poteau auquel est fixée une petite planche destinée à servir de siège au patient; un peu plus haut, est disposé un collier de fer qui s'ouvre et se ferme avec une clavette. Derrière le poteau se
trouve un tourniquet dont la vis peut serrer ou desserrer le collier. Une fois le condamné assis sur la palette de bois, on lui prend le cou dans le collier de fer que l'on referme ensuite avec la clavette. Au signal convenu, le bourreau donne deux ou trois tours de tourniquet, et le collier en se rapprochant du poteau, étrangle l'individu. D'ordinaire le prêtre qui est présent se fait un devoir de rabattre le capuchon de la robe (hopa) sur le visage convulsé de celui qui va mourir1.
Cette horrible fin paraîtra douce, si l'on songe qu'elle remplace la désarticulation [descuartizamiento 2) , usitée jadis dans la Péninsule. Encore au siècle dernier, se voyait en effet l'écœurante exécution des criminels espagnols, au moyen du dépeçage. On les coupait en morceaux jusqu'à ce que mort s'ensuivît!
Et c'est seulement grâce au nouveau Gode pénal que ces abominations ont été supprimées.
Disons toutefois qu'au commencement de ce siècle la désarticulation était, en fait, précédée de l'étranglement, qui, dans le cas, était un acte de charité à l'égard du supplicié.
Dans la catégorie des peines de second ordre, figuraient en Espagne la mutilation des yeux, de la langue et des mains, et Yartesa3, qui rappelle beaucoup les auges, en usage chez les Perses. On y procédait en plaçant le condamné dans une espèce de baquet, de pétrin, où on l'enduisait de miel; et pendant plusieurs heures on le laissait sous les rayons d'un soleil brûlant, exposé aux piqûres des guêpes et des insectes de tout genre que le miel attirait.
Bien que la peine de Yergastole, sous le roi Humbert, ait été substituée à la peine de mort en Italie, cependant nous n'hésiterons pas à la décrire au chapitre des supplices capitaux, car dans les conditions où on l'a vue appliquée elle équivaut, en fait, à la suppres-
1. Le cadavre, revêtu d'une robe noire, a la tête couverte d'une sorte de mitre à croix de saint André. Les membres de la confrérie Paix et Charité {Paz y Caridad) accompagnent le supplicié.