Voyage sur les rives du Niger, par M. Jacolliot
surrLicEs capitaux 309
ciance; el la remme, immobile à ses (-(Mrs. tenait à la main une plaque de cuivre... Au bout de quelques Instants de cette mise en scène, dont nous ne parvenions pas à démêler la signification,
L'épouse, sur un signe cle son mari, plaça, à l'aide d'une pince de fer dans le brasier ardent , la plaque de cuivre qui rougit rapidement. Alors la femme retira de son pagne un paquet d'herbes variées, et se mit à les broyer avec de l'huile de palme au tond d'une calebasse. Dès que tout fut prêt, le Béninien, toujours impassible, fit encore signe à sa femme de s'approcher, et de lui prendre à deux mains le pied pour le bien assujettir; et le bourreau volontaire sortant un coutelas très acéré et calculant son coup, se désarticula la cheville en deux mouvements circulaires, vigoureusement donnés : le pied tomba sanglant sur le soll... Aussitôt la femme, saisissant la plaque de métal, l'appliqua brûlante sur la plaie hideuse qu'elle recouvrit ensuite de l'onguent d'huile et d'herbes qu'elle avait préparé, et maintint le tout à l'aide d'un long morceau d'étoffe. L'opéré, lui, avait repris son cigare, laissant à sa femme le soin de le panser. Je n'avais jamais vu, si ce n'est chez les fakirs de l'Inde, pareil sangfroid , pareil mépris de la douleur. »
Encore au commencement du xixe siècle, on vit en Egypte et à Tunis broyer des individus condamnés à mort. C'est ce qu'on appelait le tahrys, la plus affreuse exécution que l'imagination puisse rêver. On garrottait le malheureux; on le mettait dans un mortier à quatre pilons , analogue à ceux qui servent à broyer le café au Caire, et quatre hommes faisaient manœuvrer les pilons jusqu'à ce que le condamné devint une masse informe.
On se demande en vérité, si le prétendu justicier ne méritait pas autant l'exécration que le criminel lui-môme !
Il y a peu d'années Y empalement était chose commune : le buste du patient était transpercé d'un pieu de bois, ou d'une tige de fer pointue. On a vu des malheureux survivre pendant trois jours à cette atroce souffrance.
Dans la Perse, la Turquie et les régions voisines, ce supplice du //"/' est encore infligé avec la barbarie originaire.
1. En terme de blason, j>al indique un pieu posé debout et divisant l'écu de haut en bas.
En Orient, plus que partout ailleurs peut-être, l'idée d'impressionner les masses par l'éclat de la répression est une des préoccupations de l'autorité : on comprend dès lors que l'idée soit venue à un schah de Perse de remplacer le coup de glaive silencieux, par un coup de canon retentissant.
La veille du jour désigné pour l'exécution, on avait élevé sur le champ de Mars de Téhéran une forte charpente formant estrade , au milieu de laquelle était amarré un canon de gros calibre1. Une foule énorme envahit la place publique dès le commencement de la nuit; et quand l'aube se leva, une multitude compacte était là, attendant l'heure du drame judiciaire.
Le condamné Djahl-Agha, arrivé au bas de l'estrade, se jeta à genoux et pria dévotement. Puis le bourreau et ses aides l'attachèrent solidement à la gueule du canon, afin qu'il se trouvât n'avoir d'autre point d'appui que l'ouverture béante de la pièce à feu. . . Ces préliminaires achevés , la foule qui se tenait devant l'estrade se rua sur les côtés, bousculée par la troupe qui dégageait les abords. Au signal du commandant, le bourreau approcha de la lumière du canon une mèche brillante, avec autant d'insouciance que s'il se fut agi d'allumer une simple fusée. Le coup partit..., et le corps de Djahl-Agha, déchiré instantanément en lambeaux, fut projeté en l'air pour retomber ensuite aux pieds de l'assistance.
Les Afghans admettent que tout homme a le droit de se faire justice par lui-même; et malgré tous les efforts des moullahs ou prêtres pour changer leurs idées sur ce point, il est toujours impérieusement commandé par l'honneur de venger ses injures, en se constituant le propre exécuteur de ses ennemis. Et ce serait une honte pour l'offensé de manquer aux prescriptions de la coutume , comme c'est le devoir de sa famille et de sa tribu de les lui rappeler au besoin.
Telle est la puissance de ce Code non écrit, celui de « l'honneur afghan », qui est à chaque instant invoqué par ces orgueilleux montagnards.