‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 169 sur 323 · M. Henri RevoiL · texte numérisé non relu

M. Henri RevoiL

M. C. Améro raconte une de ces exécutions privées, faites en vertu de La loi du talion, par le frère d'un indigène qui avait reçu un coup mortel.

Le meurtrier, bien qu'il ne fût coupable que d'une imprudence, ei non d'un crime, fui livré au frère de la victime; et an milieu d'un grand concours de gens toujours avides d'assister à <lc pareils spectacles, on vit le vengeur jeter à ses pieds L'homme sur qui on lui donnait droit de vie et de mort : puis, après avoir tiré du fourreau un poignard tranchant, il maintint à terre le meurtrier involontaire, lui posa un genou sur la poitrine, et l' égorgea sans émotion ni hâte.

An commencement de janvier 1861, écrit l'auteur précité, un jeune missionnaire, M. Vénard, fut amené à Hanoï, ancienne capitale des rois du ïonkin, dans une cage de bois, moyen de transport que les mandarins annamites préconisent quand il s'agit de faire voyager un captif célèbre ou un grand criminel. On l'y laissa pendant une quinzaine de jours, à la porte môme du préfet, sous la garde d'une compagnie de soldats. Beaucoup de personnes de tout rang, émues de son sort et tremblant pour lui, venaient le visiter et causer amicalement avec lui. Les indigènes étaient persuadés qu'il était un habile médecin ou un astronome fameux; mais les Chefs avaient résolu la mort du saint homme qui par son apostolat émancipateur contrariait leur despotisme.

« Vint le jour de l'exécution... Le convoi se mit en marche vers l'endroit choisi, qui se trouvait à une demi-heure de la ville. Il se composait de deux éléphants et de deux cents soldats commandés par un officier supérieur. Admirable de constance et de résignation surhumaine, M. Vénard entonna d'une voix mâle et forte des chants pieux qu'il prolongea jusqu'à la sortie de la ville. Lorsqu'on fut arrivé, les soldats formèrent un grand cercle, en dehors duquel furent refoulés tous les curieux. On débarrassa le missionnaire de sa chaîne en faisant sauter, au moyen d'un marteau et d'un coin de fer, les clous qui rivaient les anneaux du cou et des pieds. Le bourreau, un bossu appelé Tue, qui cumulait les fonctions de comédien et d'exécuteur des hautes œuvres, commença par demander au prêtre ce qu'il lui donnerait d'indemnité, pour être exécuté habilement et promptement; mais

il reçut cette brève réponse, pleine d'héroïsme et de foi : « Plus Téprcuve durera, mieux cela vaudra pour mon âme. — Vous devez mourir d'une façon terrible, lui dit le bourreau pour l'éprouver; il me faudra vous couper les jointures, et vous fendre le corps en quatre. » Alors le missionnaire fut attaché à un pieu de bambou, et reçut un coup de sabre qui ne fit qu'une blessure légère; mais le deuxième coup, asséné avec une grande force, trancha presque entièrement la tête et renversa à la fois le martyr et le pieu auquel il était fixé. S' apercevant que son sabre était ébréché, le bourreau en choisit un autre, et s'y reprit par trois fois pour détacher la tête abattue. Il la saisit enfin par l'oreille, et l'éleva pour la montrer à l'officier qui présidait à l'exécution.

Les chrétiens de la localité employèrent tous leurs efforts pour retrouver la tête précieuse de leur missionnaire, après qu'elle eut été jetée dans le fleuve; ils y parvinrent et la cachèrent comme une vraie relique.

Les mœurs des populations de la Cochinchine sont devenues relativement pacifiques et les peines capitales y sont rares. Pour les indigènes on a consacré le système de la décollation, et les exécutions ont généralement lieu à Saigon sur une petite place située à l'extrémité du port. Le patient est placé à genoux, les yeux bandés et les mains liées derrière le dos. L'Annamite contemple presque toujours sans trembler les derniers préparatifs du supplice : il lui arrive même d'attendre le coup mortel en fumant tranquillement des cigarettes ; mais le sentiment auquel il obéit est bien moins l'héroïsme, qu'une extraordinaire passivité née de son irréductible croyance à la fatalité : « Cela devait être ainsi, pense-t-il... »

Les bourreaux sont réputés très habiles. Ils se servent d'un tranchant, qu'ils manœuvrent à deux mains, et presque toujours ils opèrent sans avoir lieu de s'y reprendre. Impassible, l'exécuteur essuie son sabre, et un soldat place la tête dans un panier au fond duquel se trouve une couche de sel. La famille du défunt s'approche pour recueillir le corps du supplicié; quant à la tète, elle est expédiée le jour même au chef-lieu de la province qui a servi de théâtre aux méfaits du coupable : elle y doit être

piquée un jour de marché, au sommet d'une longue perche, le visage bien expos»'1 aux regards de la foule.

De tous les châtiments appliqués en Chine il n'en est pas de plus fréquent que la bastonnade. Et non seulement ou en fait usage comme moyen de correction, mais encore comme procédé d'instruction au cours des débats « si Les réponses ne paraissent p;i^ suffisantes, les aveux assez prompts ou la dénonciation assez précise { ».

Voici comment les choses se passent : le juge chinois a devant lui une sorte de vaste étui contenant des bâtonnets de couleur, sur lesquels sont inscrits divers chiffres. A ses cotés, et sur les marches de l'estrade, on voit le bourreau couvert d'une robe rouge et coiffé d'un chapeau de fil de fer. D'une main il tient un grand sabre recourbé, et de l'autre s'appuie sur un rotin; ses aides portent les divers instruments de torture dont on pourrait avoir besoin; l'accuse, lui, est maintenu au bas de l'estrade par la chaîne qu'il porte au cou.

S'agit-il d'infliger la bastonnade? le juge ne se fatigue point à rendre un jugement, si bref soit-il! il se contente de choisir dans l'étui tel ou tel bâtonnet, le jette devant le bourreau; et celui-ci après avoir lu le nombre de coups à frapper inscrit sur le bout de bois, fait signe à des aides et se met à l'œuvre aussitôt.

La bastonnade s'inflige avec le pan-tsée, ou bâton de bambou un peu aplati vers le bas, lisse et plus mince à l'autre extrémité, afin d'être manié plus aisément. Cette peine est destinée à châtier les fautes légères et n'a souvent rien d'infamant; il n'est pas rare que l'empereur lui-même la fasse donner à quelquesons de ses courtisans, ce qui n'empêche pas qu'il ne les reçoive ensuite avec la même faveur qu'auparavant.

Le plus petit nombre de coups est ordinairement de vingt : dans cette proportion, la peine n'est envisagée que comme une simple correction paternelle; et le fustigé est même tenu, après l'exécution, de se prosterner devant le juge et « de ieremercier de l'indulgente leçon qu'il a bien voulu lui donner... » Au delà de vingt coups, on est dispensé de tout remerciement. Dans

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