Titre donné aux supérieurs de certains monastères grecs
lants, Be dirigent vers 1<% village où rentrent à, leur suite le public et les officiants. »
Rapprochons de ce tableau le souvenir d'une cérémonie de bénédiction de la mer sur nos côtes de France, C'est entouré de
vigoureux marins et précédé «l'un groupe déjeunes filles revêtues de leur gracieux costume, mélange pittoresque de drap rouge, de dentelles blanches, de fichus irisés et de chaînes d'or, que le clergé procède chaque année à la bénédiction solennelle de la mer sue Les plages de la Manche. A Boulogne-sur-Mer, par exemple, rien de plus majestueusement beau que le spectacle qui se déroule sur la plage à ce moment. Le prêtre s'avance au bord de L'eau, prononce les prières du rituel, asperge la mer d'eau bénite et y plonge le pied de la croix. Cela fait, hommes et femmes s'inclinent avec ensemble, et tracent sur eux un grand signe de croix avec l'eau que le prêtre vient de bénir.
Comme les bizarres Fêtes de l'dne, si renommées au moyen . portent des dates assez variées dans le calendrier des réjouissances1, il nous est loisible, pour suivre l'ordre que nous avons adopté, de placer l'étude de cette fête au \k janvier, jour où, à Beauvais notamment, le paisible coursier d'Arabie était acclamé par la foule.
Bien que cet animal cher à Silène ait la réputation d'être sobre, patient, laborieux et pour ainsi dire infatigable , ce n'est point pour ces précieuses qualités qu'on le fêtait , mais uniquement à raison de divers épisodes que rappelle l'Ecriture : c'est sur un âne que la Sainte Famille fuit en Egypte; c'est sur un âne encore que Xotre-Seigneur entre à Jérusalem, sans parler de l'ànesse fameuse du devin Balaam!
D'ailleurs, à l'âne tyrannisé par l'homme est devenu le baudet rétif, indocile et vindicatif que l'on sait, il n'en est pas moins vrai qu'il participait jadis de la noblesse attribuée à la race chevaline : ne voit-on pas les héros d'Homère se complimenter en se traitant « dîmes fringants »? Bref, si l'Ane a dégénéré, la faute en serait donc à son maître : voilà qui donnerait un peu raison ù,
1. A Son?, la Fête des ânes avait lieu le 1er janvier; à Rouen, le 25 décembre.. .
la cruelle boutade d'un écrivain humoristique, prétendant « que l'homme a donné ses vices à l'àne, sans avoir su lui emprunter ses vertus ».
La Fête de l'âne est, croit-on, originaire de Vérone [ d'où elle se répandit dans toute la chrétienté du moyen âge. En France, on la célébra d'abord à Beauvais : « Après avoir choisi une jeune fille bien apparentée, la plus belle qui se pût trouver, on la faisait monter sur un ânon richement enharnaché; on lui mettait entre les bras un joli enfant : elle figurait ainsi la Vierge-Mère. Suivie de l'évoque et du clergé, elle marchait en procession depuis la cathédrale jusqu'à une autre église, entrait dans le sanctuaire avec sa modeste monture, allait se placer près de l'autel, du côté de l'Évangile, et aussitôt la messe commençait. »
Plusieurs auteurs ont prétendu que l'usage était de substituer aux répons liturgiques un hi-hanl irrévérencieux.
Cette opinion a été suggérée par d'étranges refrains, effectivement chantés dans quelques localités. A Sens notamment, on mettait, dit-on, l'àne au lutrin, et l'on entonnait une Prose dont voici quelques strophes traduites du latin2 :
« Des contrées de l'Orient il est arrivé un âne beau et fort , propre à porter les fardeaux. — liez, sire âne, hez!
« Cet âne a été nourri par Ruben, sur les collines de Sichem, il a traversé le Jourdain, et sauté dans Bethléem. — liez, sire âne, hez!
« Il peut vaincre à la course les faons, les daims et les chevreuils; il est plus rapide que les dromadaires de Madian . — Hez, sire âne, hez L
« Cet âne a porté dans l'église l'or de l'Arabie, l'encens et la myrrhe du pays de Saba. — Hez, sire âne, hez!
« Pendant qu'il traîne les chariots remplis de bagages, sa mâchoire broie un dur fourrage. — liez, sire âne, hez!
« Ane déjà soûl de grains, dites amen, dites amen, amen derechef... etc..
1. D'après certaines traditions, l'âne qui porta Notre-Seigneur serait venu mourir dans cette ville.
2. Orientis partibus Adventavit asinus Pulchcr et fortissim us, Sarcinis aptissim us,
Hez, Sire âne, hez! etc.. etc.
Naïf à L'origine, ce spectacle devint, avec le temps, déplacé et grotesque. L'Église finît par l'interdire dans le lieu saint , aussi bien aux fidèles qu'au clergé.
Mentionnons aussi dès maintenant, dans le même ordre d'idées, la Fête do fous que les clercs, durant de longues années, organisèrent dans certaines églises en parodiant les cérémonies du culte. Le concile de Bàle en 1431 dut intervenir. « Le saint Synode a décrété ei ordonné que les Ordinaires et les Pasteurs des paroisses s'opposent désormais à l'organisation de pareilles fêtes, à peine de sévères punitions ecclésiastiques pour le transgrcsseur. »
On admet assez communément que le Carnaval dérive des saturnales romaines, des bacchanales grecques, ou des fêtes célébrées par les Égyptiens en l'honneur d'Osiris... En tout cas, dans ces >ortes de réjouissances, l'attrait principal consistait en une tentative, ou plutôt en un rêve d'égalité : pendant quelques heures, les rangs et les classes étaient confondus, les maîtres et les chefs raillés, la justice ridiculisée, les lois méconnues.
Les mascarades françaises du moyen âge furent surtout remarquables parleurs tendances satiriques. Les souverains mêmes y étaient parfois représentés sous des travestissements burlesques; et les serviteurs, tantôt couverts de haillons sordides, tantôt au contraire drapés dans des oripeaux, parodiaient le langage et les allures de leurs maîtres, qu'ils bafouaient « pour le plus grand esbatemeut du bon public ».
Les Pères de l'Église condamnèrent vainement les plaisirs grossiers du Carnaval. Le pape Innocent III en fit l'objet de plusieurs Décrétales inefficaces; les Conciles échouèrent également, car ils s'attaquaient à. des coutumes aussi anciennes que chères au peuple.
Quelle intime satisfaction pour lui de se dire : Aujourd'hui je \.iis être l'égal de mes supérieurs... et le supérieur de mes égaux! sans compter les accessoires attrayants, danses, jeux, festins et parades qui illustraient ces journées « de grasse liesse ». Durant un instant, en effet, l'autorité était désarmée, la noblesse bernée, la police débordée, et les valets, maîtres. Un seul divertissement de Carnaval, où la plèbe pouvait se compter et sentir
la force de ses masses, faisait plus que vingt pamphlets, pour l'éveil des aspirations démocratiques qui fermentaient au fond de bien des cœurs.
Ce jour-là, le Roi régnait toujours, mais ne gouvernait pas; du moins le plus affermi, le plus aimé des monarques n'eût point osé, à l'approche de la fête, rendre une Ordonnance par trop autoritaire : il eût redouté une émeute.
Roi du jour et aussi roi d'un jour, le Peuple, souverain pour une fois, prenait sa revanche entre deux levers de soleil, et préparait, en riant, l'émancipation violente, terrible, qui fit explosion à la fin du xvine siècle.
La cour de Charles VI mit à la mode les bals masqués du Carnaval, et c'est, on le sait, dans un divertissement de ce genre que le royal insensé, déguisé en ours, faillit perdre la vie.
L'influence de l'Italie, notamment au xvic siècle, donna aux mascarades françaises une vie nouvelle. Henri III avec ses « mignons » travestis comme lui, courait par les rues de Paris « rossant les bourgeois et faisant mille insolences ».
On cite aussi une procession de prétendus sorciers, tolérée en Carnaval par Henri IV.
Le sombre et grave Louis XIII n'encouragea pas les folies carnavalesques, mais elles reprirent sous Louis XIV. Les masques avaient établi leur quartier général rue Saint-Antoine, et c'est là que Mardi-Gras tenait ses assises.
Parmi les figurants mis en scène au jour du Carnaval, il en est un dont le souvenir restera longtemps cher au peuple : le bœuf gras.
Cette exhibition agreste qui attirait un si grand nombre de curieux aurait, dit-on, une origine des plus anciennes.
Les Égyptiens, il est vrai, avaient l'habitude chaque année à l'équinoxe du printemps de porter triomphalement un bœuf, choisi parmi les plus beaux et les plus gras, qui devenait une idole pendant vingt-cinq jours; toutefois, loin de l'abattre pour le manger, on l'entourait au contraire de soins respectueux.
Les Grecs célébraient une fête semblable. Mais chez eux c'était plutôt à raison des services rendus à l'agriculture par le laborieux ruminant; et cependant, en dépit de son si utile con-
cours, on le sacrifiait au milieu des danses el des cris de joie de ceux qui prétendaient L'honorer.
On t'ait donc remonter cette attraction carnavalesque à la pins liante antiquité. Pourtant la vérité est peut-être bien pins près de nous : en effet, quoi de4 pins naturel pour nos pères, scrupuleux observateurs des lois de L'Église, que de célébrer le bœuf, c'està-dire la chair, à la veille d'entrer dans la Longue période de maigre, le carême! La signification probable du mot carnaval étant adieu à la < hait » l, ne corrobore-t-elle pas cette opinion, sans qu' 1 soit autrement besoin d'évoquer les très lointaines légendes d'Osii is?
En France, ce fut sons Charles VII que les nouveaux maîtres bouchers firent du Carnaval leur fête spéciale (pendant plusieurs siècles il n'y avait eu à Paris que quatre boucheries privilégiées), et comme le bœuf gras était accompagné d'instruments, il porta primitivement le nom de bœuf violonné. Sur son dos un jeune enfant avec des ailes représentait « le petit dieu Eros avec son carquois- ». Cette fête, supprimée en 1790, fut rétablie en 1805. Sons la Restauration, l'enfant monté sur l'animal ayant fait une chute malheureuse, on voulut interdire la cavalcade; mais les bouchers, pour ne pas perdre la tradition, remplacèrent le petit cavalier vivant, par un amour en carton, qu'on plaça sur un char orné déjeunes filles revêtues de costumes mythologiques3.
Le Carnaval de nos pères, figuré par un mannequin aux joues boursouflées, était promené pendant les jours gras; mais il avait un concurrent, bien différent celui-là! c'est-à-dire le Prince Carême, ou Carême-prenant'* , dont l'escorte se composait de marchands de marée au lien de bouchers. Tout d'abord ce
Carême » suffisamment rembourré, se montrait avec une corpulence normale; puis peu à peu il diminuait de volume, maigrissait, s'émaciait; son cortège se réduisait à proportion, jusqnïi ne plus se composer que d'un médecin et d'un apothicaire;