Barry
2. Le fonctionnaire chargé de la justice s'appelle un Quan-an, et son sous-ordre un Dcdoc.
de sculpteur faisant prendre à son modèle une pose académique. D'une docilité parfaite le condamné obéit à la moindre pression. Ces hommes ont le mépris absolu de la mort. Quand les jambes se trouvent écartées à point, quand la poitrine est suffisamment saillante, et le cou tendu comme il le faut, l'exécuteur lance dans sa main un jet de salive rougie par le bétel qu'il mâchonne, et marque sous la nuque du patient l'endroit ou l'arme devra frapper. Il se recule alors d'un pas... Le mandarin fait un signe ; trois roulements de gong appellent l'attention de la foule. Un silence..., un éclair lancé par l'acier..., et une tête roule au loin sur le sable. »
Jadis les femmes chinoises vouées à l'expiation suprême étaient amenées, pieds et mains liés, sur une place pour être piétinées par un éléphant, que son cornac rendait furieux en le stimulant à l'aide d'un aiguillon acéré.
Terminons par la description de quelques autres procédés de torture, qui sont la honte de l'Empire du Milieu :
La cage de bois ou de fer, trop basse pour qu'on s'y tienne debout, trop courte pour qu'on puisse s'y étendre.
Les ceps, sorte de cangue double pour les pieds : elle les emprisonne un peu au-dessus de la cheville, et les immobilise complètement.
L'odieux supplice des soufflets, est aussi d'invention chinoise. Il se donne avec des semelles de cuir, formées de quatre lames cousues ensemble. Deux exécuteurs saisissent l'accusé, et le font mettre à genoux : le premier se plaçant par derrière, le maintient par les cheveux , pendant que le second décharge vigoureusement les semelles sur le visage. Quatre ou cinq coups suffisent à faire perdre connaissance ; souvent les dents sont brisées sous le choc1 !
Enfin il y a aussi en Chine le châtiment des cent plaies, dont la description seule fait frémir...
Telles sont les épreuves et les tortures qu'affrontent nos mis-
1. Parmi les martyrs béatifiés en 1900, on peut rappeler le nom d'un saint vieillard octogénaire, Pierre Liéou, catéchiste de la mission du Kouy-Tckéou, qui endura le supplice des soufflets, sans faire entendre une seule plainte.
nonnaires quand ils se refusent à renier la croix du Christ.
A ce propos, dans an document relatif à La béatification, en 1900, des quarante-neuf martyrs des Missions étrangères, <>n voit à quels subterfuges onl recours les mandarins, pour (enter de vaincre La résistance des chrétiens. C'est ainsi qu'espérant faire apostasier le bienheureux Xavier Can, un gouverneur lit entrecroiser deux morceaux de bois (en chinois Le signe -f-, qui rappelle Y X romain, signifie le nombre dix); et interpellant Lecatéchiste, il lui dit, comme s'il s'agissait d'une simple fantaisie : m Foule aua pieds la lettre dix, et tu seras libre. » Mais le saint homme comprenant la ruse, répondit : « Plutôt mourir, que de renier l'objet de mon culte. — Eh bien, fermetés yeux, et saute seulement par-dessus, puis tu iras te faire absoudre par tes prêtres. — Un crime commis les yeux fermés, n'en est pas moins un crime, répondit Xavier Can; j'aime mieux subir le martyre, que commettre une pareille lâcheté. »
D'après le Code annamite, les enfants, les vieillards et les astronomes peuvent recevoir le prix du rachat de leur peine1.
Voici ce qu'il faut entendre par cette disposition : en principe tout condamné doit subir la peine corporelle prononcée contre lui: cependant il y a deux moyens pour certains coupables de s'acquitter, soit en rachetant la faute par de l'argent, soit en « recevant le prix du rachat ».
Mais que signifie ce terme amphibologique recevoir?... L'explication en est bien curieuse : recevoir le prix de sa faute, ce n'est certes pas toucher une prime, c'est subir la bastonnade. 11 y a plus qu'une nuance! En un mot, c'est recevoir des coups de bâton, comme l'équivalent, comme le prix du châtiment Infligé. Ainsi, tel individu est-il condamné à la prison? il aura la faculté de se libérer en acceptant d'être fustigé en échange :
Son dos paiera pour sa main ». On y voit double avantage; car, n la répression est certes plus dure, du moins est-elle plus
1. d le nnnam., p. 110, 112. Les commentateurs disent : oc Le talent doit être épar-
l'astronome coupable peut-il ordinairement racheter sa peine en subissant cent
- de truong, et en payant le surplus »(p. 71, lac. cit.). On sait combien l'astronome,
•.du avec l'astrologue, était en honneur chez les anciens Chinois. — V. les Etudes
des RE. PP. Gaubil et Amiot.
rapide; et d'autre part, l'État y trouve l'avantage de ne pas nourrir et surveiller dans les prisons une armée de délinquants. Il économise ainsi argent, et sacs de riz1!
Le rachat se fait au moyen de coups de truong , en vertu d'une commutation de peine, et d'après un tarif prévu.
Le truong constitue une peine supérieure à celle du rotin ou xuy. Le rotin consiste, en effet, en une petite baguette souple, tandis que le truong est une sorte de bâton assez gros, dont les rudes coups meurtrissent le patient : les femmes ne sont jamais soumises qu'au rotin. Cette baguette mesure deux pieds sept pouces de long, et cinq dixièmes de pouce de tour; tandis que le truong redouté a deux pieds huit pouces de long, et un pouce deux dixièmes environ de circonférence. (Code annam., p. 71.)
On distingue cinq degrés dans l'application du truong : soixante coups, soixante-dix coups, quatre-vingts coups, quatre-vingt-dix coups. Quand on administre les cent coups, on arrive à la peine maxima dans cet ordre de répression.
Les anciens codes du Cambodge ont prévu contre les grands criminels vingt et un modes de mort lente (appelée par les Cambodgiens tram-gian-hâu,) plus abominables les uns que les autres. Imaginez tout ce que le dépeçage, l'écartèlement, l'écorchage des chairs et le broiement des os peuvent offrir de plus révoltant, de plus sauvage; mettez en œuvre peignes de fer et crocs acérés, dards aigus, barres rougies et huile bouillante, pour arriver à la torture savante, à la cruauté raffinée ; et vous aurez l'idée de ce qu'était, il y a peu d'années encore, la peine de mort dans ce pays... Nous avons sous les yeux le détail de ces horreurs, et nous ne pouvons nous résigner à reproduire ici ces tableaux répugnants dont s'offenserait à bon droit la délicatesse du lecteur.
Actuellement, la décapitation est le genre de peine suprême
1. Nous pourrions citer nombre de procès criminels en France, où les frais de justice ont atteint le chiffre de 100.000 francs. Les frais de justice criminelle dépassent cinq millions par an... Que de délits conjurés, si pareille somme était charitablement consacrée à mettre à l'abri des défaillances ! On vote d'énormes crédits pour réprimer, sans penser qu'il serait autrement utile de prévenir le mal.
appliqué; cependant la mort par la lance esl encore usitée quand il s'agii d'un soldai déserteur, insubordonné ou seulement coupable d*une faute grave dans le service.
Les mutilations comme sanction des délits ordinaires étaient de six sortes : on abattait une main ou les deux mains, — on coupait les oreilles, les lèvres ou un certain nombre de doigts, — en lin on fendait la bouche plus ou moins, quelquefois même jusqu'aux oreilles! Les peines accessoires comprenaient : la chaîne aux pieds, aux reins, au cou, les entraves et les menottes.
Les supplices des sauvages se signalent par une cruauté froide qui dénote bien leur caractère.
Les Indiens de la Floride amènent le coupable aux pieds du chef de la tribu; le bourreau retend à terre, appuie le pied gauche sur son dos, et l'assomme d'un coup de casse-tète ou de massue1, comme nous ferions d'une vipère rencontrée sous nos pas dans la forêt.
Les Iroquois nouent l'extrémité des muscles de leur prisonnier à des bâtons de bois dur, sur lesquels ils les enroulent2.
Les nègres de Juida éventrent leur victime en chantant, puis lui arrachent les entrailles, qu'ils jettent à la foule : cela fait penser au chasseur qui, après avoir « servi le sanglier », livre à la meute la sanglante curée, pendant que les trompes joyeuses sonnent l'hallali.
Les anciens Cosaques du Don liaient les criminels à des arbres et les perçaient de flèches; ou encore, les attachant à la queue d'un cheval, ils les faisaient ainsi traîner sur les chemins raboteux. D'après Gmelin, les Sibériens enterraient tout vifs les coupables; il vit appliquer ce châtiment même à une femme.
Un criminaliste, le docteur Lombroso, et d'autres après lui, ont soutenu que les grands coupables présentaient certains signes physiologiques ou anatomiques aussi évidents que constants; en sorte qu'il serait possible de donner le signalement auquel on