CHAPITRE IV
Description des premières armes. — L'homme préhistorique et les haches de pierre. — Rapport entre le génie des peuples et leurs procédés belliqueux. — Comment l'artillerie est antérieure à la fabrication de la poudre. — Les premières bouches à feu à la guerre. — Inventions et procédés de destruction : éléphants armés, chars, feu grec ou grégeois. — Talismans de bataille et épées enchantées; formules dites cabalistiques « pour être invulnérable ». — Lois de Moïse sur la guerre. —Organisation des armées en Egypte, en Grèce, à Rome: tirage au sort, durée du service, punitions... — Les poltrons chez les Germains et les Romains. — Comment combattaient les Gaulois. — De la condition des soldats sous Charlemagne. — L'ost et la chevauchée dans les Établissements de Saint-Louis. — Un appel aux armes sous la Féodalité ; chevaliers et « lances fournies ». — Chant guerrier « du batailleur ». —Les rois, les soldés et les armées permanentes. — Instruments de destruction dans les guerres modernes : quels sont ceux interdits? — Bombardement, blessés, otages... — Sectes interdisant de porter les armes. — La guerre est-elle un mal nécessaire?...
Dans ses combats fratricides, comme dans ses luttes contre les animaux dangereux, l'homme jugeant insuffi santé sa vigueur musculaire a eu recours, dès l'origine, à des instruments spéciaux pour décupler son énergie et la violence de ses attaques. Sentant sa faiblesse relative au milieu de la nature, il a donc recherché les moyens de compenser par son ingéniosité et son intelligence la force qui lui manquait pour échapper aux dangers multiples qui l'entouraient, ou poursuivre victorieusement des entreprises contre les êtres qu'il rêvait d'asservir : de ce calcul instinctif provient l'invention d'armes destinées à conquérir ou à conserver les choses nécessaires, utiles ou simplement agréables.
Pour l'homme préhistorique, une pierre ramassée sur le sol, un bâton, durent être les premiers instruments employés; puis l'expérience aidée d'une certaine industrie lui fit imaginer la massue, les flèches armées de silex ou d'os tranchants; la hache de
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e taillée ou polie1 et plus lard de bronze , insérée dans une tige de bois sen ant de manche.
Pour fixer la hache proprement dite, les premiers hommes la liaient, au moyen de cordelettes, au manche fendu par un bout; mais leur intelligence leur suggéra aussi de faire pénétrer Le silex par une ouverture pratiquée au-dessous d'un nœud, dans une branche d'arbuste : la sève montait peu à peu et s'épanchai* par la plaie, puis en se desséchant autour de la pierre, la soudait avec le bois, de façon qu'elle fit désonnais corps avec lui.
L'arme poussait donc en quelque sorte, du sein de la terre. Or, étant donné le nombre de haches qu'un homme devait mettre hors d'usage en une seule année, comme outil ou arme guerrière, on doit croire qu'on rencontrait çà et là de petits bois, des bouquets d'arbres, où les tiges choisies portaient des pierres mortelles dissimulées sous un gai feuillage, et peut-être sous des fleurs... Contraste saisissant! l'homme choisissait des branches vives pour y greffer la mort.
Le sentiment naturel de la conservation a bientôt inspiré à l'homme l'idée d'imaginer aussi d'ingénieuses armes défensives, pour se préserver des coups de ses adversaires.
(.race aux dessins et bas-reliefs que nous avons des Chaldéens, des Babyloniens, des Assyriens et des Égyptiens et qui presque tous rappellent des scènes belliqueuses, on est fixé sur les armes protectrices que portaient les soldats des vieux empires orientaux, a savoir : le casque à jugulaires, le corselet en lames d'acier cousues sur une forte toile 2, et les jambières. Le bouclier rond par le haut et carré en bas était, à la partie supérieure, percé d'un trou permettant au soldat égyptien de se rendre compte du terrain et d'observer l'ennemi sans se démasquer. I.< - Grecs se garantissaient au moyen de la cuirasse ou corselet à écailles, du bouclier rond, des jambières- et du casque.
1. L'époque néolithique est celle de la pierre polie, succédant à celle dite paléolithique rifle la pierre taillée a grande <clats. 1 m trouve, dans les musées, des cottes à écailles de bronze remontant à la XVIII" :ie, soit environ mille ans avant notre ère. 3. Ou cnémides.
Dans les collections d'armes, on peut remarquer que beaucoup de casques affectent la forme de têtes de bêtes féroces; il n'y a point là une simple fantaisie, mais le souvenir exact de ce qu'était cette protection à l'origine.
En guise de casque , les guerriers se coiffaient effectivement d'une peau de bête ; et la plastique des anciens figure plus d'un héros ayant sur la tête le mufle d'un lion, dont les pattes sont nouées sur la gorge, et dont le reste de la peau sert de manteau sauvage. « Cette coiffure de cuir naturel, dit Suidas, servait tout ensemble de défense, et de protection contre le froid. »
Quand le couvre-chef était formé de la dépouille d'une bête féroce, on prenait grand soin de conserver l'aspect de la tète de l'animal, et d'arranger les dents de manière à lui donner une expression menaçante. Le cuir était souvent renforcé de lames de métal et rehaussé d'or.
En lisant Homère , on apprend que le casque de bronze de ses héros, masque à la fois les yeux, la bouche et le nez, si bien que ceux qui le portent ne sont reconnaissables qu'à certains signes extérieurs : au sommet se développent des cimiers ornés d'énormes panaches , des aigrettes multiples et des crins abondants retombant sur les épaules.
« Les soldats perses, écrit Hérodote, avaient des bonnets de feutre foulé, appelés tiares. Les Saces (peuple scythe) en portaient de semblables se terminant en pointe. Les Éthiopiens orientaux disposaient sur leur tête des peaux de front de cheval, enlevées avec la crinière et les oreilles; les oreilles se tenaient droites, et la crinière leur servait d'aigrette1.
Le légionnaire romain préféra un couvre-chef plus simple et plus pratique , une calotte de bronze avec couvre-nuque et frontal, et tout en haut, un anneau ou un bouton métallique. Quant aux ornements, ils furent réservés aux centurions seuls, pour les distinguer de leurs soldats.
« Les hastaires, dit Polybe, fixent sur leur casque un panache rouge ou noir, formé de trois plumes droites et hautes d'une coudée, ce qui, joint à leurs autres armes, les fait pa-
1. L. VII, ch. lxt et lxx. Dans le même livre Hérodote parle aussi de casques de bois, portés par les habitants de la Colchide.
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paître une fois plus hauts, el leur donne un air grand et formidable... Quant auxvélites, leur casque sans crinière est quelquelois couvert de la peau d'un loup ou de quelque autre animal, tant pour les protéger que pour rappeler à leurs eliels ceux qui ge <ont signalés dans les combats '. »
Les ornements du casque et ses emblèmes avaient donc une signification, comme dans la langue du blason.
En France, le heaume, casque de forme cylindrique, s'allongea au xui° siècle de manière à descendre jusqu'au menton, et fut percé de trous à la hauteur des yeux, de la bouche et des oreilles; ensuite cet accessoire fut rendu mobile et prit le nom de ventail ou visière. « La visière et vent ail, qui ont pris leur nom de vue et de vent, dit Fauchet2, pouvoient se lever et baisser pour prendre vent et haleine. Ge néanmoins, il estait fort poisant (pesant) et si mal aisé, que quelquefois un coup de lance bien asséné au nasal, ventail ou visière, tournoit le devant derrière. » Depuis, quand les heaumes représentèrent la tète d'un homme, ils furent nommés « bourguignotes », à cause des Bourguignons inventeurs. Le mot tête bourguignonne devint, en effet, synonyme de couvre-chef, ainsi que le prouve ce passage d'Isambert [Anciennes lois, XIII, 127) : « L'archer portera pour habillement : teste bourguignonne, cuirasse, avant-bras, cuissots et lance. »
Plus tard, le heaume reprit la forme d'un cône cambré dans le sens de sa hauteur. On y attachait une petite pièce de riche étoffe, aux couleurs du chevalier, et appelée lambequin ou lambrequin. Au-dessous était placé le cimier, ornement de fantaisie, ordinairement en cuir bouilli ou en carton verni, peint de couleurs éclatantes.
Le bassinet était un casque léger et de petite tenue, qui se portait en voyage ou dans les occasions de peu d'importance.
Le haubert, vêtement distinctif de la noblesse, consistait en une tunique de mailles qui s'arrêtait un peu au-dessus du genou.